Habiter à Dité, 2

par Guillaume Condello. Lire le premier épisode.

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Le jour, s’il vient : conduis, au milieu des doutes,
Ou arbres, veilleurs à défaut de venger
La nuit, ou le ciel, sa couleur en déroute :

Au ruban de goudron roule un corps rongé
Par le feu. Chemin noir : le soir. Tout s’éteint.
Flaque blanche d’un réverbère, tout mangé

D’ombre. Un autre. Nuit. Tu attends le matin,
Le jour encore à faire au milieu des troncs
Gris ou blanc : ossements, couverts de l’étain

De l’aube. Son char file au noir, électron,
Ou étoile. Les arbres défilent, morts
En sursis, devant toi ; d’autres renaitront,

Feront don, ou bien la force, de leur corps
De bois – par une réduction scientifique
A l’uniforme, ou cupidité, encore

Et pour toujours. Ou bidouillages techniques.
Dans l’incendie croît la fumée orangée
Des mots, industrieux, toujours identiques :

Le ciel effacé, sous les troncs bien rangés
En colonnes. Chiffres, tables – productifs :
Tu dis forêt, et sous les mots inchangés

C’est la foule des ombres, le corps chétif
Des choses innommées. Renommées. Matière
Indifférente – tel au travail rétif

La bête humaine – animal à dresser, fier
De ses fers. Lors sous la forêt disparait
La forêt, disparait aussi la rivière

Qui se coule au mouvement ou à l’arrêt,
Là : tu te gares. Une clope. Au carreau
Claque une pluie noire – embruns d’aucun marais

Et ses bêtes. Autour, les troncs minéraux
Luisent noir sur noir, charbon déjà, encore.
A travers, des lumières, comme aux vitraux

Ternis, bavent : c’est le soir en gerbes d’or
Qui dort – ou les néons d’un supermarché
Où coule la houle inlassable des morts.

Visions de leurs corps au rayon steak haché.
Ne ris pas : ton rictus est une rature
En pleine gueule. Ecoute plutôt : cachée,

Dans les fourrés noirs, la proie crie, qu’on capture.
Ecoute, ou brûle. Bêtes nues au terrier.
Toi, aussi bien. Entends comme l’ossature

Craque, des choses, sous les mots avariés,
Comme un lourd moteur toujours tourne en coulisses,
Vois : tous ces troncs inventoriés, dents cariées,

Dans la gueule ouverte du bois au supplice
Régulier. Alignés. Ton mégot crépite
Pour rien dire. Jette-le. Qu’on en finisse.

Tu remets le contact : derrière la vitre,
Vois, les branches brisées. Du sang s’en écoule
En phrases illisibles sur le granit.

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