Phrases traversée par ta voix (2/2)

par Serge Ritman. Lire le premier épisode

.

si le chant de la mésange
donne des ailes au petit
forgeron de ma phrase,
tu rêves d’Espagne
quand elle trille et rougit
jusqu’à la charbonner

comment font-elles ces fleurs
blanches du cerisier
pour finir rouge dans le fruit
jusqu’à cette phrase, tu ne peux
me la redire sans me faire
pleurer en ce printemps

si ma phrase se met à rire
quand tu les photographies,
c’est que les tamaris jettent
tout ton air dans la clarté
du blanc de leurs fleurs cachées
sous l’éclat de leurs chatons roses

tu aimes les lavis de Manessier
sur les sables du Crotoy, ici
les fibres tressées de l’estran
me font souhaiter t’offrir
une phrase tellement pleine
de toutes tes alluvions
(variante : )
une phrase dont la peau
suivrait tes lignes de vie

au ras de tes rondeurs vives
et de mes rides inégales,
j’aimerais qu’en rase-mottes
cette phrase prenne une belle
vitesse égale à celle des
hirondelles de rivage

qu’une huppe fasciée
m’interpelle à distance,
me voilà houp-oup-oup
te phrasant avec un long
bec une syntaxe bocagère
pleine d’insectes stridulants

en apercevant les ondes
des graminées avec ces
blancs ponctués de jaune,
ma phrase ondulerait alors
jusqu’à t’offrir la bienveillance
d’une marguerite effeuillée

__________________à Claude Rétat
tout un dit de l’insurrection
qui devient ma phrase rêvée
surgissant comme ton dire
sans le dire, ample utopie
d’une Louise Michel avec
tous nos chemins sous la terre

du coup coupé, la cheville
que tu prends pour de l’Apolli-
-naire ne peut se perdre à
la ligne de ma phrase er-
-rante comme si un coup de
ton soleil la brûlait du coup

le jaune d’un long reflet d’arbres
pris dans les ondes de la Seine
près de Giverny en automne
depuis la rive ensoleillée, cette
phrase pourrait le tirer comme
la péniche ce pan jusqu’à toi

tu me dis souvent la couleur
de la mer change et je rêve
dans tes yeux à une phrase
tantôt verte ou bleue, serait-ce
trop rêver à un air lumineux
que de t’emporter avec elle

tu vois les gravelots épousant
la vague qui avance ou reflue,
tu te demandes sérieusement
alors pourquoi ma phrase peine
à embarquer ses moindres pièces
dans le même mouvement

la proportion est infime si
je mesure les franges éclatantes
en regard de la masse noire
ou verte ce jour, on dit bien
la bleuité mais ta phrase
gagnerait à ces éclats d’écume

qui pourrait sacraliser une phrase
quand son territoire serait fuite
par le ton de ta voix, même si
la volonté de la tenir coite
me fait répéter les vieux schémas
des donneurs de leçon en poésie

_______________d’un poème de Philippe Denis
___________________-pris aux Petits traités d’aphasie lyrique

court-circuiter la différence par
un souvenir d’enfance phrase après
phrase, mais avec la salive
de ta langue qui cherche quel
picotement dans un baiser sur
la nuque de nos oppositions

ce matin j’ai vu les vagues
lécher la plage dans des reprises
qui n’en finissaient pas comme
si ta voix allait trouver ma phrase
dans l’écume, ou alors ce serait
la bave de quelque force océanique

qu’un gravelot me tienne tête
en train de picorer méthodiquement
les restes d’un de ses congénères
pris dans les algues, me voilà
en train de rêver à une phrase
nourrie de ta voix jusqu’à plus soif

.

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