Le poème à la ligne

par Michèle Métail

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Quand à l’automne 1972, je traduisis en français un mot allemand qui montre dans cette langue la capacité à créer des mots composés à volonté :

der Donaudampfschifffahrtsgesellschaftskapitän

soit : le capitaine de la compagnie des voyages en bateau à vapeur du Danube

je ne pensais pas m’embarquer pour une si longue traversée. Introduisant un nouveau substantif en début de phrase : la femme (du capitaine), tout en faisant disparaître le dernier nom : le Danube, je calibrais une sorte de matrice en six mots, que je n’hésitais pas à nommer vers. J’amorçais là un processus dont l’objectif s’inventa peu à peu : utiliser une fois et une fois seulement tous les substantifs existants, de toutes les langues et dialectes, passés ou présents, ce qui laissait une certaine marge de manœuvre… Chaque nouveau vers commence par un mot sujet qui, répété à cinq reprises en tant que génitif, s’éloigne peu à peu jusqu’à disparaître. Ajouter un nouveau mot signifie ajouter une ligne, un vers. Ce tourbillon lexical menait bien au-delà de tout horizon prévisible, c’est ainsi que « Compléments de noms » fut vaillamment sous-titré « Poème infini ». Les vers continuent de s’accumuler, créant une lente et jubilatoire modulation qui n’hésite pas à se jouer de la langue, à déjouer ses attentes.

Ce poème hors-gabarit nécessitait un mode de diffusion ouvert. Je nommais « Publications orales » les lectures publiques au cours desquelles j’en lisais un extrait. Je revendiquais même que « la projection du mot dans l’espace représente le stade ultime de l’écriture ». Quelques dizaines de milliers de vers plus tard, la matérialité du texte évolua à travers divers supports pour aboutir à de longs rouleaux, tout d’abord dactylographiés, puis manuscrits au pinceau et à l’encre de Chine, s’enrichissant parfois d’insertions peintes à l’acrylique : reproductions de panneaux de signalisation relevés le long du fleuve, enseignes, logos en rapport avec son nom etc. La durée d’une lecture qui varie de dix minutes à plusieurs heures se mesure donc aussi en mètre de papier déroulé. Avant d’être publiés, les 2888 vers de « Le cours du Danube », en référence aux 2888 km du fleuve, furent conçus à l’occasion du quarantième anniversaire du poème [1]. Calligraphiés sur cinq lès de papier mesurant chacun dix mètres de long sur cinquante centimètres de large, ils firent l’objet d’une exposition. [2]

Cette réflexion sur la longueur du poème est indissociable de celle concernant la forme, la structure d’un texte, sa règle d’écriture, si bien qu’elle irrigue l’ensemble de mon travail. Elle se concrétise dans des textes fondés sur la combinatoire et donc potentiellement infinis, dans des énumérations organisées en listes à partir d’expressions d’usage (ensembles par nature finis), dans des formes panoramiques ou des variations à partir d’une succession de formes brèves dont l’agencement constitue un plus vaste ensemble. L’expression d’une longueur est soumise à des unités de mesure variable, ce peut être le nombre de mots, de syllabes, de lettres par ligne ou même le nombre de chapitres ou de pages …

Ainsi dans « Mandibule, mâchoire » qui traite de l’inscription du texte dans le corps, de l’oralité, de la phonation, de l’articulation, du souffle. Le recueil se compose de 26 poèmes de 26 vers chacun, soit 676 vers. [3] Cette forme fixe fut choisie en hommage à l’alphabet, « nombre d’or » de la poésie qui organise plusieurs autres textes.

Dans « Cent pour cent »[4]  comme l’indique son titre, ce chiffre est déterminant. Cent versets à la fois indépendants et partie de l’ensemble s’enchaînent en une longue litanie qui se fonde sur le choix de cent mots comportant la syllabe cent quelle que soit son orthographe et dont les lettres qui le composent sont les seules autorisées dans le verset. Cette syllabe n’est pas écrite en lettre mais en chiffre. Ainsi le verset 1 généré par le mot centenaire, autorise l’emploi des lettres A.C.E.I.N.R.T. : « Cicatrice tacite, ce récit entraîné en titre incertain, trace tenace, ce 100tenaire ancien, itinéraire incarné en écrit ».

Avec les « Portraits-Robots » [5] il s’agit de rassembler une galerie de personnages dont la silhouette est constituée par la superposition d’expressions d’usage relatives aux parties du corps, en jouant sur les sens propre et figuré : pied de l’escalier, jambe de force, œil du cyclone, bouche d’égout, dents de scie etc. Lors d’une lecture publique, chaque expression inscrite sur une languette est détachée de son support, un carton à encoches, et tombe sur le sol. Les languettes accumulées à la fin visualisent le caractère combinatoire de la forme. Elles sont virtuellement disponibles pour d’autres assemblages qui donneront naissance à d’autres personnages. Les 1072 lignes de l’ensemble, sans permettre des combinaisons infinies, offrent malgré tout quelques possibilités de variation… 

Plusieurs textes sur le paysage empruntent, sous une forme versifiée, un mode de représentation panoramique. « Les horizons du sol » [6] est précisément sous-titré panorama. Le recueil se compose d’une suite de 14 vues sur Marseille, au format 24 lignes de 48 lettres par ligne, sorte de cadrage poétique. Les vues s’enchaînent, le poème compte ainsi 336 vers. Dans « L’Envers, Canal » [7], poème en 497 vers se déroulant le long du Landwehrkanal berlinois, les 36 ponts ou passerelles qui l’enjambent ont déterminé le découpage en strophes, alors que dans « Cadastre »[8] c’est le rapport à l’image qui a déterminé le format-photo des poèmes en extrapolant celui des tirages réalisés dans la ville 10×15 cm converti en dizain de 15 lettres par vers. La suite elle-même est organisée selon le format du négatif 24×36 avec un choix de 24 photos et 36 poèmes. Dans « La route de cinq pieds »[9] poème relatant des voyages à travers la Chine, le Japon et Taiwan depuis 1985, le vers pentasyllabique de la poésie chinoise classique contribue à l’allongement du poème qui compte déjà plusieurs dizaines de milliers de vers en une phrase unique, sans ponctuation exceptées quelques virgules. Se limiter à cinq syllabes exclut d’emblée un certain nombre de mots, le découpage syllabique oscille entre cinq mots d’une syllabe et un seul mot de cinq syllabes. Ce vers apparaît en France dans le décasyllabe à césure médiane (5+5) surnommé le taratantara. L’effet de roulement qu’il génère fait écho aux longues traversées du pays durant lesquelles les images perçues se télescopent. Cette forme à la fois calibrée et ouverte, pourrait se poursuivre à l’infini, du moins tant qu’un nouveau voyage reste envisageable.

Dans « Le paysage après Wang Wei »[10] enfin, la superposition de « traits de mots » se calque sur la technique picturale des « rides » utilisée par le peintre-poète au huitième siècle, accumulation de lignes calligraphiées qui esquissent un paysage. Divisé en vingt vues, le poème compte au total 5945 vers.

Cette prépondérance des formes longues constitue bien une sorte de poétique. Elle est présente aussi dans une série d’œuvres commencée en 1979 qui explore l’aspect visuel du texte écrit, jusqu’au détournement de certains codes de communication et de leur alphabet (morse, braille, signaux à bras …). L’emprunt au domaine des arts plastiques de diverses techniques permet de quitter la page, d’agrandir l’espace habituellement dévolu au texte qui se situe alors au point d’articulation entre visible et lisible, entre l’écrit et l’image qu’il génère. Là encore les unités de base du texte écrit que sont la ligne, le trait, la page et même la tourne, fondent l’organisation des Gigantextes. Dans ces œuvres exposées, le visiteur est un lecteur, il entre dans un processus de construction de sens au temps distendu, au décryptage ralenti dans un espace à parcourir, comme l’œil parcourt la page.

Dans le Gigantexte N°1 « Folio » (1979) [11], les 21 expressions d’usage contenant le mot livre sont chacune inscrites sur les doubles pages de 144 carnets à spirales disposés dans une casse en bois (2,50 x 1m). Les lettres découpées dans des papiers de différentes couleurs et collées sur les pages se combinent avec des couleurs de fond variables, sans que jamais n’apparaisse deux fois la même association. Il faut tourner 144 pages avant de lire l’expression suivante, mais une lecture dans l’épaisseur des 6624 pages de l’ensemble permet de créer des expressions nouvelles qui n’étaient pas contenues au départ dans la liste des 21 expressions de référence. Par une tourne partielle et l’emprunt de lettres dans une autre combinaison de couleurs, Livre d’images peut devenir livre de rage, ivre de rage, livre mage etc. Ce texte combinatoire peut même basculer dans l’abstraction d’une mosaïque de couleurs, du vertige de l’infini aux vestiges de la langue, lorsque seuls quelques fragments de lettres sont encore identifiables.

Quant au GIGANTEXTE N° 13 : « TRAVERSÉE » 2014 [12], il est le fruit d’une collaboration avec les architectes Catherine Rouan et Stéphane Raguenet, qui conçurent « Le phare bleu ». Placé au fort de Niolon face à la ville de Marseille qui était en 2013 Capitale européenne de la culture, ce dispositif émettait des textes poétiques convertis en morse visuel. Il prolongea ses émissions une partie de l’année suivante. « Traversée » est aussi un texte infini. La phrase de départ joue sur une homophonie : « Un paysage s’épelle au long cours, au long court ». Chaque lettre est retranscrite selon le code Morse et les deux adjectifs long et court sont mis en abyme, ils se répètent ad libitum, sachant que long commence par un signal court et que court commence par un signal long ! Le texte se déploie dans la durée mais aussi dans l’espace puisque cette lumière bleue était visible à plusieurs kilomètres.

UN PAYSAGE S’ÉPELLE AU LONG COURS, AU LONG COURT,

COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG LONG LONG COURT COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT LONG COURT COURT LONG LONG LONG LONG COURT LONG LONG COURT …

Le GIGANTEXTE N° 16 « Les 500 inconnues de l’ère Heisei » 2022 [13], traite de la longueur du poème sous un angle plus paradoxal. En 1989, première année de l’ère Heisei, lors d’un voyage au Japon, j’ai découvert près de Kumamoto sur l’île de Kyushu un petit temple perdu dans un coin de campagne à Kimpo zan. Durant des années un moine solitaire y avait sculpté dans la pierre l’assemblée des 500 arhats, les disciples du Bouddha qui répandirent sa doctrine après son entrée en Nirvana. Par la suite, au cours de voyages en Chine, à Taiwan et au Japon, j’ai recherché d’autres représentations de cette célèbre assemblée dans de nombreux monastères. J’ai ainsi collecté des estampages, des reproductions peintes, des livres détaillant le nom de chaque disciple accompagné d’une notice biographique et d’un numéro d’ordre, le même dans toutes les séries.

La 28° année de l’ère Heisei (2016) lors d’un nouveau voyage à travers le Japon, j’ai découvert l’œuvre que consacra Murakami Takashi aux Cinq cents arhats. Elle était exposée au Mori Art Museum de Tokyo. Dans une peinture de cent mètres de long réalisée en 2012, l’artiste a repris ce thème séculaire dans une éblouissante fresque colorée pleine d’humour et de références historiques, dans laquelle chaque personnage est identifiable.

Durant neuf semaines j’ai parcouru le pays à petite vitesse, en trains régionaux, en autocars, observant la vie loin des sites touristiques et découvrant au passage de nouvelles variations sur ce thème des 500 arhats, comme à Onomichi. C’est ainsi que m’est venue l’idée de contrebalancer l’image de cette assemblée, exclusivement masculine, par des portraits de 500 inconnues, croisées au hasard des déplacements. Loin des pouvoirs surnaturels, c’est ici la banalité du quotidien qui l’emporte.

LES FICHES SIGNALÉTIQUES

              Capture d’écran 2022-05-13 à 16.39.54

Que ce soit dans la pierre ou dans le bois, les 500 arhats sont généralement tous représentés à la même échelle. J’ai donc choisi de réaliser une fiche signalétique pour chacune des inconnues, en prenant comme norme une feuille à deux-cents cases utilisée au Japon pour calibrer les manuscrits : le Genko-Yoshi. À raison d’une lettre par case, l’ensemble des 500 textes comptent donc 100 000 signes. Ici la lettre écrite au pinceau et à l’encre de Chine se présente à l’état brut, sans accent, sans cédille, sans apostrophe, le œ sans la ligature comptant pour deux lettres. Chaque inconnue est dotée d’un numéro, tracé au pochoir et colorié au crayon de couleur rouge. L’uniformité de la représentation sous forme de fiche signalétique est ensuite déconstruite par la disposition verticale du texte.

À LA TOISE

Le texte compact se déploie ici en autant de silhouettes composées d’un mot-à-mot, d’un ligne-à-ligne. Les 200 lettres communes à toutes les fiches signalétiques génèrent des textes dont le nombre de mots varie, mis à la verticale ligne à ligne, ils sont compris entre trente et cinquante-deux lignes. Le texte centré évoque une silhouette, à chaque fois singulière. Il est dactylographié en « American Typewriter », référence aux vieilles machines à écrire des commissariats de police…

Capture d’écran 2022-05-13 à 16.47.48          

Les 500 textes numérotés ne sont pas classés dans l’ordre du voyage mais par nombre de lignes, dans un ordre croissant, si bien que la silhouette d’une fillette pourra paraître plus grande que celle d’une adulte selon les mots employés. Plus les mots sont courts, plus il y a de lignes. Par conséquent ce classement ne tient pas compte des effets de saison, entre les bords ensoleillés du Pacifique au Sud et la première neige sur la région de Tokyo à la fin du voyage.   

LE NUANCIER

Ces portraits sont dépourvus de couleurs, ils sont en noir & blanc, comme les photos figurant autrefois sur les fiches signalétiques. J’ai toutefois relevé quatre couleurs sur chaque inconnue, en m’inspirant d’un célèbre nuancier « La collection complète des combinaisons de couleurs » publié en 1933 par Sanzo Wada. Nommer les couleurs est un travail de représentation et d’imagination. L’énumération de ces 2000 noms forment une sorte de litanie en 500 lignes.

JAUNE VIF ♦ ORANGE CLAIR ♦ ROUGE ORANGÉ ♦ VERT PÂLE
ROSE MAUVE ♦ BLEU INDIGO ♦ BLEU OUTREMER ♦ GRIS CLAIR
ROSE THÉ ♦ BEIGE BRUN ♦ ROSE TYRIEN ♦ VERT ÉMERAUDE
BEIGE FONCÉ ♦ SÉPIA ♦ BLEU ACIER ♦ BLEU CLAIR
NOIR ♦ OR RICHE ♦ ROSE CARMIN ♦ VERT INTENSE
LIE-DE-VIN ♦ MARRON GLACÉ ♦ OCRE ROUGE ♦ NOIR
VIOLET POURPRE ♦ ROSE BONBON ♦ VIOLINE ♦ AUBURN
BLEU DE PRUSSE ♦ BLANC ♦ OR FONCÉ ♦ NOIR
GRIS FONCÉ ♦ GRIS TOURTERELLE ♦ ROSE PÂLE ♦ MAUVE
BLANC NACRÉ ♦ BORDEAUX ♦ ROSE PÂLE ♦ VERT OLIVE
BLEU MÉTALLISÉ ♦ CARMIN ROSÉ ♦ ROSE BONBON ♦ BLEU MARINE
GRIS CLAIR ♦ BEIGE FONCÉ ♦ BRUN VAN DYCK ♦ BEIGE CLAIR
BEIGE FONCÉ ♦ ÉCRU ♦ CHAIR CLAIR ♦ BORDEAUX
JAUNE DE NAPLES ♦ OCRE BRUN ♦ ROSE PÂLE ♦ MARRON
VERT SAPIN ♦ BEIGE CLAIR ♦ OCRE DORÉ ♦ SIENNE BRÛLÉE
MARRON GLACÉ ♦ JAUNE PÂLE ♦ JAUNE ORANGÉ ♦ BLEU CIEL
SÉPIA FONCÉ ♦ BISTRE ♦ VIEUX ROSE ♦ JAUNE SOLEIL
NOIR ♦ BLANC ♦ GRIS ARDOISE ♦ ROUGE GRENAT
MAUVE CLAIR ♦ ROSE PÂLE ♦ ROSE FUCHSIA ♦ AUBERGINE
BLEU DE PRUSSE ♦ ROSE CHAIR ♦ BLEU VIOLET ♦ VIOLET POURPRE
MAUVE CLAIR ♦ GRIS SOURIS ♦ MAUVE FONCÉ ♦ ROUGE FRAISE
VERT OPALE ♦ VERT THÉ ♦ BORDEAUX ♦ ROSE INDIEN
NOIR ♦ BRONZE ♦ GRIS CHAUD ♦ GRIS ARDOISE
BLEU ROI ♦ ROSE FUCHSIA ♦ BLEU LAVANDE ♦ VERT D’EAU
MAUVE FONCÉ ♦ ROUGE CRAMOISI ♦ GRIS DE PAYNE ♦ ROSE INDIEN
GRIS PÂLE ♦ VERT WAGON ♦ VERT THÉ ♦ GRIS FONCÉ
NOIR ♦ BLEU MARINE ♦ OR CLAIR ♦ ROSE BENGALE
NOIR ♦ BLANC ♦ ARGENT ♦ NOIR MAT
BRUN CLAIR ♦ NOIR ♦ BEIGE BRUN ♦ MARRON GLACÉ
JAUNE PAILLE ♦ TERRE DE SIENNE BRÛLÉE ♦ BLEU PÂLE ♦ VERT SAPIN
GRÈGE ♦ ROUGE DE VENISE ♦ LIE-DE-VIN ♦ GRIS CHAUD
BLEU TURQUOISE ♦ VIOLET ♦ ORANGE ♦ ROSE CARMIN
BLANC ♦ ROSE INDIEN ♦ ROSE PÂLE ♦ VERT SAPIN
BLEU TURQUOISE ♦ CHAMOIS CLAIR ♦ NOIR ♦ ROUGE ÉCARLATE
MAUVE CLAIRE ♦ ROUGE FRAMBOISE ♦ NOIR ♦ VIEUX ROSE
JAUNE ORANGÉ ♦ TURQUOISE FONCÉ ♦ TURQUOISE CLAIRE ♦ MAUVE PÂLE
OLIVE BRUNÂTRE ♦ BRUN VAN DYCK ♦ ROSE CARMIN ♦ VERT PRAIRIE
AUBERGINE ♦ BEIGE ROSÉ ♦ ROSE TYRIEN ♦ VIOLET FONCÉ

Si ces 500 portraits peuvent faire l’objet d’une publication, l’ensemble est également conçu pour être exposé en combinant les trois parties. Les « Fiches signalétiques » constituent les éléments d’une immense mosaïque, chaque Genkô-Yôshi mesure 17,5 cm X 25 cm. Le « Nuancier » se déploie sur un long rouleau suspendu, mais le texte préenregistré est aussi à diffuser dans l’exposition. L’énoncé de chaque groupe de quatre couleurs est séparé par une ponctuation sonore, un coup sur un bol japonais, instrument présent dans tous les monastères bouddhistes. « À la toise » se présente sous forme de projection, en prenant pour référence la taille moyenne d’une femme japonaise : 158,3cm. La longueur moyenne d’un texte étant de 41 lignes, les projections s’ordonnent autour de cette équivalence : 158 cm = 41 lignes. La longueur du poème se mesure alors en hauteur. Le texte debout apparaît grandeur nature.


[1] « Le cours du Danube en 2888 kilomètres/vers … l’infini. » Les presses du réel. Al Dante.2018 [2] « Gigantexte N°12 ». Exposition du 28 septembre au 24 novembre 2012. Centre International de Poésie. Marseille. [3] « Mandibule, Mâchoire (Poèmes désarticulés & collages) avec une partition de Louis Roquin « Mandibule Music ». La Chambre 2000. Repris dans « Mono-Multi-Logues » Hors-Textes & Publications orales (1973-2019). Les presses du réel. Al Dante. 2020 [4] « Cent pour cent » en collaboration avec Louis Roquin. Ed. F. Despalles. 1998. Texte repris dans « Mono-Multi-Logues ». Les presses du réel. Al Dante. 2020 [5] « Portraits-Robots ». Les presses du réel. Al Dante. 2018 [6] « Les horizons du sol. Panorama ». CipM / Spectres Familiers. 1999 [7] « L’envers, Canal » dans « Berlin : Trois vues & rues ». Tarabuste 2019 [8] « Cadastre » dans « Toponyme : Berlin. Dédale – Cadastre – Jumelage – Panorama ». Tarabuste 2002 [9] « La route de cinq pieds ». Tarabuste 2009 [10] « Le paysage après Wang Wei. Vingt vues à traits superposés (Chine 2011). Lanskine. 2021 [11] Voir « Michèle Métail. La poésie en trois dimensions ». sous la direction de Anne-Christine Royère. Les presses du réel. Al Dante. 2019 [12] Op.cit. [13] « Les 500 inconnues de l’ère Heisei ». Exposition du 1er au 24 avril 2022. Le Lieu. Centre en art actuel. Québec. Canada

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2 commentaires sur “Le poème à la ligne

  1. Tout à fait fascinant…
    (‘Fascinant’ étant ici à prendre dans son sens plein, et non pas comme superlatif familier.)
    Fascinante déjà est la façon dont le seul énoncé du dispositif est, semble, à lui seul, l’oeuvre même…
    À part ça, il se trouve que, dans mon domaine de prédilection (la composition musicale) je suis très… aimanté, par cet horizon (?) de l’œuvre « infinie »… Celle qui ne peut avoir d’autre clôture que son existence.

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  2. Merci de votre commentaire qui me fait remonter à la source du Danube. En effet une œuvre musicale majeure influença sa conception : » In C » du compositeur (répétitif) américain Terry Riley ! J’avais eu la chance en 1972 d’assister aux répétitions d’un groupe qui en fit un enregistrement (Le GERM). Le Danube a une double source et poésie et musique ne sont jamais très éloignées l’une de l’autre.

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