Habiter à Dité, 6

par Guillaume Condello. Lire les épisodes précédents

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De retour au chemin, tu avances sur rien
Sauf une herbe de mots synthétiques, fiction
Douce au pied, où ne croît nul peuple d’acariens…

Et pourquoi se bercer d’une hallucination
De vocables tendus, à part passer le temps :
Une histoire, au dodo, ne pas voir l’explosion ?

– Ou long decrescendo, lamento haletant
Des bêtes, des plantes, des choses – des humains
Aussi, lointains – ou moins : ceux-là, perdants constants

A la roulette des richesses : de la main
Arrachées. On dit spoliées. Aux premières loges,
Ils marchent aujourd’hui dans nos ruines : demain.

– Mais tout ce que tu peux, c’est dire, et dire. Abroge
L’OPA confisquant les fictions qui les fait
Tableaux tristes, tableurs de choses qu’on s’arroge,

Remonte les ressorts de tes tercets, refais
Ta machine de sens branlant qui se dégonde,
Qui du dit ennemi saura saper l’effet ?

Au sol, comme toi, vois : roulant sa boule ronde
De bouse, un géotrupe occupé à former
La sphère éphémère et odorante d’un monde

Futur – pour la troupe des œufs prêts à germer,
Conversant en silence avec plus petits qu’eux :
Dans la merde noire c’est un peuple enfermé

De bactéries, d’algues, de gros glaviots visqueux
De vers, se nourrissant des restes des vivants :
Ça recycle la mort en lui mordant la queue.

Et comme tu fixes un point vers le levant
Ça bout en toi : virus, bactéries et levures
Changeant la pourriture en nourriture avant

La mort encore – ou vie : l’une à l’autre nervure
Dans la feuille. Ou veine, irriguant la pierre blanche
Qui achève, en s’ouvrant, l’œuvre de la fêlure.

Plus loin, en noir et gris, un ivrogne qui penche :
De gros nuages ronds s’appuient sur la montagne
Et vomissent leur eau, lissant la roche étanche.

Lors ce que perd le ciel, c’est le sol qui le gagne :
Cyano-, actino-, les bactéries s’activent
Et font péter le gaz en bulles de champagne

En retournant au taf : c’est leur joie olfactive
Qui te fore le pif, c’est l’odeur de la pluie,
Echo pour l’odorat des ères primitives –

A l’origine était la pierre, et tout son fruit,
Le lego du vivant, ses machines infimes
A exploiter 7/7j et jour et nuit :

Aux écoles, aux rues, Pasteur l’illustrissime
Donna son nom, pâtre rigoureux des microbes,
Pour n’être rentables – que l’asepsie décime.

L’industrie veut sa bière, et son vin, pour le globe ?
Pasteur dresse au commerce sa population
Infime. Travailleurs invisibles au job

Enchaînés : macro ou micro, mêmes actions,
Mêmes effets. La science n’y connaît les corps
Que codés et soumis – la civilisation

Est à ce prix ? Regarde : aux colonies les morts
S’entassent, colonisés par les parasites
De ceux que les colons parasitaient à mort.

Aux plis de la montagne, le soleil hésite,
La main sur la hanche. Lumière chancelante
Avant le lendemain ? En bas, le sol palpite :

Un démodex bipède à la vie onc plus lente
Ores en expansion y étend sa dermite :
Villes, banlieues, zones commerciales supplantent

Tout – Assis, l’air absent, tu regardes le site :
Un visage. La terre est une peau ? Son herbe
Haute, une fourrure mouvante où tu t’abrites.

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