La boîte à proverbes, 5

par Laurent Albarracin et Jean-Daniel Botta. Lire tous les épisodes

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La terre est noire parce que la Terre produit la nuit en passant devant le soleil. La nuit est la terre sortie du terrier de la Terre. La nuit est la taupinière de la Terre dans le ciel.

Les ombres ont des taupes de T-shirt. La nuit est un terrier à portée du torse.

La nuit porte un T-shirt angora floqué d’une multitude d’étoiles.

La nuit est une manie de laisser l’alphabet aux batraciens.

Le batracien coasse comme le bâtard de l’homme et du chien. Il aboie des quoi en remuant la moufle.

La grenouille gonfle des airbags d’ego lorsqu’elle abuse du je.

La grenouille dans sa mare est plus large qu’un bœuf.

La grenouille est le pacemaker du bœuf.

La grenouille est à l’affût : elle est le fauve de son plouf.

La grenouille est le chewing-gum du fauve, le chewing-gum gastronomique du fauve.

Le crapaud est une grenouille dont l’élastique a craqué : son slip lui est tombé sur les chevilles comme une bouse.

Au théâtre, le crapaud est le souffleur du pétomane.

Dans la rue, le crapaud est le soufflet des caves, la pédale Wah Wah des enfers.

Le crapaud est l’hernie du diable, l’hernie d’apesanteur du diable.

La bouche du crapaud lui fend la moitié du corps pour qu’on puisse l’ouvrir comme une boîte. À l’intérieur, une gluante grappe de perles.

Le diable se constitue à mi-corps d’œufs de crapaud. Les abdominaux du diable viennent de l’étreinte des crapauds. Le diable se fend et se recolle : le diable est le diable de s’accoupler avec lui-même à chaque seconde.

Le diable est divisé pour régner. Il surgit de sa boîte comme une boîte qui boite. On l’entend claudiquer dans les portes qui claquent.

Le diable est livré dans sa housse à l’intérieur des gens. Au cinéma on voit le diable travailler en direct au truquage du caractère. Les portent claquent.

Il faut prendre des gants avec les gens. Il faut prendre les gens avec des gants. Sinon ils se claquemurent dans des maisons qui tremblent.

Pour faire ami-ami avec les gens, on se déshabille afin de répandre la nudité des mains.

Échanger une poignée de main c’est vider sa main dans celle de l’autre en la pressant comme un tube de dentifrice pour remplir sa main en retour.

Filles et garçons descendent des doigts.

Filles et garçons descendent des doigts comme ils dégringolent du pis de la vache.

Les pis des vaches montrent du doigt la présence.  

Ce que le pis de la vache désigne, son lait le brouille.

L’apparition se fera dans un aquarium de lait.

L’apparition est toujours un miracle parce que l’apparition est l’appariement de ce qui n’est pas et de ce qui est.

Ne jamais laisser à l’abandon ce qui n’est pas, en lui accolant ce qui est.

L’abandon est une sorte de jardin, le plus opulent des jardins qui soit, le jardin de l’abandon.

L’abandon calme tout ce qui est rectiligne. La grande allée a perdu le contrôle des graminées.

Le vide ça va, ce dont la nature a horreur, c’est plutôt du taille-haie.

Le vide pend comme le bras gauche de celui qui se brosse les dents. 

Le vide est comme la manche qui existe d’un bras qui n’existe pas. On est toujours plus ou moins sur le point de l’enfiler et ce serait alors l’apparition.

La chemise a retiré les bras du singe pour l’apparition de l’homme en tant qu’escalope de salut militaire.

L’emmanchement du bras fait branche. Le débranchement du singe de l’arbre fait l’homme.

L’homme a quitté le baobab pour l’arbre à Christ.

En se multipliant l’homme a oublié le b.a.-ba.

L’homme s’est multiplié en nouant l’eau avec des spaghettis. Les spaghettis c’est l’imbroglio de bondage de l’eau.

Les pâtes sont un sac de nœuds sans le sac, un galop de pattes auquel ne manque pas la colle du galop.

Le galop collé est la galipette.

Faire une galipette, c’est se courir sur le haricot.

Se courir sur les aisselles, grimper son haricot et se faire émaner un soleil.

Fariner un pain dans la roulade du soleil.

Mettre à son soleil une muselière de pain.

Ne bride pas ton soleil, mais tu peux harnacher ta pluie.

Le soleil, la pluie, que choisir ? On se laisse décaler les profils par le clair-obscur.

Le brouillard hésite jusqu’à la goutte d’eau qui tranche le col du vase en faveur de la pluie.

Filmer le brouillard avec un vase. Viser novembre. Disposer des vases comme des collets d’éclaircies.

Marcher dans le frais du jour. Mettre le bulletin du soleil dans une urne sans fond. Recueillir la pluie dans des soliflores percés d’épines.

Les couche-tôt attendent la rosée, s’éveillent en attendant que le premier animal blesse l’oreiller.

La rosée est comme la trace dans la rosée d’une bête dans la rosée. L’empreinte partout d’un foulement de l’herbe.

La rosée déplace l’adresse du sédentaire, la maison glisse. Le soulard attend que la rosée lui rapporte sa maison.

La rosée c’est des charniers de charnières et des tombereaux de gonds répandus dans l’herbe : la porte qu’elle ouvre multiplie les portes.

Ne bats pas ta porte, attends la rosée. La rosée donne l’illusion du « partout » que les portes tentent de desservir.

Il faut battre sa porte pendant qu’elle est verte. Il faut qu’une porte soit ou verte ou rouge.

Une porte est une croix portant le pain, le manteau et l’adieu.

La porte renversée sur deux tréteaux fait une table que les convives ouvrent en mangeant. Les convives opèrent la table comme des chirurgiens de l’amitié.

Pour le chirurgien, il y a une portée de violons dans chaque porte. Claquer une porte est un lâcher de violons dans le chemin de vie. Quelle que soit ton adresse, l’épaisse forêt viendra récupérer ses violons dans ta porte.

Dans chaque porte qui grince couine le cordon ombilical du violon. Dans chaque violon se lamente une porte oubliée.

La porte médit sur le violon, le violoniste débutant est débordé par la médisance des portes. Le débutant hisse le corbeau avec le cordon ombilical du violon. Le violon prouve le vertige du corbeau.

Le corbeau hisse le drapeau en berne. Le corbeau plante l’étendard mouillé comme pétard.

L’étendard a épuisé sa réserve de vent. Dans les labours, les corbeaux sont des solistes du sillon ; ils considèrent les champs comme une fabrique de lignes d’horizon.

Les corbeaux scient les lignes de linge du sol. Les corbeaux rassemblent les signes du soleil dans la corbeille du singe. L’étendard a flapi sous les huées.

Le linge est la véritable armée du drapeau. Être le linge est une habitude soignée de traverser l’horizon. Quand viennent les corbeaux, le linge range le vent.

L’armoire du vent est une chambre à coucher dehors. Les drapeaux y battent comme des ailes de linge et comme des draps de peau.

L’armoire est l’arbre généalogique du linge. Le drapeau témoigne de l’air du pays. Esseulé, le linge cherche la source de la chair. 

L’armoire est l’armurerie du blanc où le fil de l’épée s’engorge dans des vagues de frais. L’armoire est l’amurmurerie de la fraise du blanc.

L’armoire à tibias, l’armoire à grande ourse, l’armoire imite les bienfaits du cercueil. Le mort est celui qui séquestre son squelette.

Dans la penderie, le cintre en fil de fer est un squelette schématique, avec son col en point d’interrogation et ses épaules vacantes.

La penderie est le remonte-pente de toute une vie.

La corde du pendu est le tire-fesses de l’âme.

Le pendu enfouit son asthme dans un cheval.

À l’absence du cheval, le cheval est un remède de cheval.

Aller à cheval est la façon de perfectionner son absence.

Le cheval claque la langue de ses sabots pour se faire venir. Le cheval marche en enfilant ses pattes comme des bottes d’équidistance.

La forme du cheval fait reculer les excès d’absence qui fondent le paysage. Au bout du paysage il y a une cicatrice dans la pierre où l’on peut voir le commencement cheval.

Les chevaux déplacent des montagnes.

La montagne met ses flaques à la verticale pour faire le portrait des chevaux.

(à suivre)

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