Saints sonnets (4/4)

par John Donne. Traduit de l’anglais (GB) par Pierre Vinclair. Lire tous les épisodes.

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VIII.

If faithfull soules be alike glorifi’d
As Angels, then my fathers soule doth see,
And adds this even to full felicitie,
That valiantly I hels wide mouth o’rstride:
But if our mindes to these soules be descry’d
By circumstances, and by signes that be
Apparent in us, not immediately,
How shall my mindes white truth by them be try’d?
They see idolatrous lovers weepe and mourne,
And vile blasphemous Conjurers to call
On Iesus name, and Pharisaicall
Dissemblers feigne devotion. Then turne
O pensive soule, to God, for he knowes best
Thy true griefe, for he put it in my breast.

Si les âmes fidèles sont, comme les Anges,
En gloire, l’âme alors de mon père me voit
(Ajoutant à sa pleine félicité même)
Franchir vaillant la gueule ouverte de l’enfer.
Mais si ces âmes ne peuvent lire nos esprits
Que par des signes extérieurs, des circonstances,
Non immédiatement, comment donc pourront-elles
Éprouver de mon esprit la vérité blanche ?
Elles voient des amants idolâtres gémir,
Et de vils Magiciens blasphémateurs brandir
Le nom de Jésus, ou des Dissimulateurs
Pharisiens feindre la dévotion. Tourne-toi
Plutôt, âme pensive, vers Dieu, car lui sait
Ta douleur vraie, l’ayant mise dans ma poitrine.

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XVII

Since she whom I lov’d hath paid her last debt
To Nature, and to hers, and my good is dead,
And her Soule early into heaven ravished,
Wholly in heavenly things my mind is sett.
Here the admyring her my mind did whett
To seeke thee, God; so streames do shew the head;
But though I have found thee, and thou my thirst hast fed,
A holy thirsty dropsy melts mee yet.
But why should I begg more Love, when as thou
Dost wooe my soule, for hers offring all thine,
And dost not only fear least I allow
My Love to Saints and Angels, things divine,
But in thy tender jealosy dost doubt
Least the World, Flesh, yea Devill put thee out.

Comme celle que j’aime a payé sa dernière
Dette à la Nature et aux siens, et que mon bien
Est mort, et que son âme aux Cieux fut tôt ravie,
Mon esprit tout entier s’offre aux choses célestes.
L’admirer ici-bas invitait mon esprit
À te chercher, Dieu — oui, les flots pointent leur source —,
Quoique je t’aie trouvé, qui étanches ma soif,
Un œdème sacré, m’assoiffant, me fait fondre.
Pourquoi je mendierais plus d’Amour ? Tu courtises
Mon âme, offrant tout le tien pour le sien (à elle),
Et non seulement crains, de peur que je ne cède
Mon Amour et aux Saints et aux Anges, divins,
Mais dans ta tendre jalousie, aussi redoutes
Que le Monde, la Chair, le Diable ne t’évincent.

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XVIII

Show me deare Christ, thy spouse so bright and clear.
What! is it She which on the other shore
Goes richly painted? or which, rob’d and tore,
Laments and mourns in Germany and here?
Sleepes she a thousand, then peeps up one yeare?
Is she selfe truth, and errs? now new, now outwore?
Doth she, and did she, and shall she evermore
On one, on seven, or on no hill appeare?
Dwells she with us, or like adventuring knights
First travaile we to seeke, and then make Love?
Betray, kind husband, thy spouse to our sights,
And let myne amorous soul courte thy mild Dove,
Who is most trew, and pleasing to thee, then
When she’is embrac’d and open to most men.

Montre-moi ton épouse ardente et claire, Christ.
Quoi ! Serait-ce elle qui, sur l’autre rive, va,
Richement maquillée ? Ou pleure, dépouillée,
Dans son deuil en Allemagne et ici ? Dort-elle
Mille ans avant d’ouvrir l’œil une année ? Est-elle,
La vérité même, se trompant ? Maintenant
Nouvelle, ou caduque ? Apparaît-elle, ou l’a-t-elle
Fait, le fera-t-elle et — sur une, sept collines ?
Aucune ? Est-elle ici ou, chevaliers errants,
Devrons-nous voyager, la chercher pour l’aimer ?
Offre, gentil mari, ton épouse à nos yeux,
Mon âme aimante fasse à ta douce Colombe
Sa cour : elle est pour toi plus fidèle et plaisante
Lorsqu’elle est embrassée et ouverte à plus d’hommes.

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XIX

Oh, to vex me, contraryes meet in one:
Inconstancy unnaturally hath begott
A constant habit; that when I would not
I change in vowes, and in devotione.
As humorous is my contritione
As ridlingly distemper’d, cold and hott,
As my profane Love and as soone forgott:
As praying, as mute; as infinite, as none.
I durst not view Heaven yesterday; and to day
In prayers, and flattering speeches I court God:
To morrow I quake with true feare of his rod.
So my devout fitts come and go away,
Like a fantastique Ague: save that here
Those are my best dayes, when I shake with feare.

Ah ! pour me contrarier, les contraires s’unissent :
L’inconstance a fait naître artificiellement
Une manie constante ; à savoir, malgré moi,
Je change de serments comme de dévotions.
Autant sujette à humeurs est ma contrition
Que mon Amour profane, aussi vite oubliée :
Aussi bizarrement instable, froide et chaude,
Implorante et muette — et infinie, et nulle.
Je n’osais voir le Ciel hier ; et aujourd’hui
Mes prières et flatteries courtisent Dieu :
Demain je tremblerai de peur vraie de sa verge.
Ainsi donc mes accès de piété vont et viennent,
Comme une Fièvre fantastique : à part qu’ici
Ce sont mes meilleurs jours, quand je frémis de peur.

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