Suite portugaise (2/2)

Par Laurent Fourcaut. Lire ici le premier épisode : « Porto »

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2- Lisbonne

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NOUVELLE ÈRE

Pauvre cher Pessoa la Place du Commerce
n’a pas perdu le Tage mais l’horde de tou
ristes mondialisée chevauchant les sesterces
l’abâtardit à mort et pourtant le grand Tout

plane le soir venu sur le fleuve la herse
du commerce imbécile qui coupe du tou
r que fait le monde brut en tournant qui vous berce
bousille les artères du Lisbonne tour

si la rue des Doradores existe encore ?
saturée de vitrines pour viles pécores ?
l’ère du vrai analphabète a commencé

obnubilé par ce qu’il appelle les marques
imprimées sur son œil qui le dévouent aux Parques
tel le Marché : il remonte à la Ligue hansé
atique

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REVIVISCENCE

Le soir ayant fraîchi il tombe sur le Tage
un long pétrolier est planté là or tantôt
au musée Gulbenkian voguant sur l’héritage
de l’antique Égypte un fabuleux petit to

tem une barque solaire donc non l’outrage
du cargo front-de-bœuf aux mânes du Bateau
mais l’éperdu continu effaré hommage
aux dieux du monde courbe en lame de couteau

le tramway surgrinçant en avatar moderne
de la barque cosmique aux new hydres de Lerne
fait consciencieux la nique qu’il en soit béni

rejeton d’Apis il va labourant l’asphalte
puisse-t-il écraser qui vit dans le déni
du besoin de sacré – qu’à tout le moins ils caltent

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DE L’ÉLÉMENTAIRE

Quel étrange destin que celui de ce cloître
monastère dos Jerónimos à Bélem
des hommes s’y cloîtraient dans un puits entre quatre
murs ouvert sur le divin id est sur l’élém

entaire or une foule de pékins que châtre
la photo à jet continu tuant la rem
inonde le quadrilatère en idolâtre
de ces riens accablants que récuse le tem

ple où fut transférée trente ans de ça la dépouille
de Pessoa qui tint pour rien sa pauvre bouille
et adorait la pierre blanche du templum

où donc a fui le sens religieux du monde ?
pas dans cette gargote où la bouffe est immonde
peut-être là après que ça aura fait boum

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MATIÈRES

En dépit de son âge il paraît toujours neuf
ce Tage tellement large à son embouchure
qu’il endure sans mal les vexations les teufs
atroces sur ses bords les déjections les chiures

de la ville où Europe oblige on se sent veuf
d’adéquation au sol et aux maisons qui churent
avec l’Haussmann du coin et ses édiles keufs
du business en marche c’est consternant ? sure

mais descendant le soleil dore les rameaux
de l’arbre en portugais pour dire bois le mot
est madeira autant dire matière-mère

il fait face à la matière liquide du
fleuve où l’eau de mer entre en tant que résidu
du déluge au complexe arôme de primaire

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