La boîte à proverbes, 1

par Laurent Albarracin et Jean-Daniel Botta

à Boris Wolowiec

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Dans le ping-pong, la poule ne sait plus où donner de l’œuf. Le ping-pong est le schéma du printemps.

Pour la poule la table de ping-pong est un établi de croissance. On joue au ping-pong pour tester les œufs de cosmonaute. On dit qu’un bon cosmonaute a la gravité d’une poule.

Le cosmonaute pond la nuit en ouvrant la visière de son casque. Au tableau noir du plomb les balles inventent des théorèmes de craie.

Le cosmonaute pond des poulaillers d’apesanteur, coche un œuf avec ses plombages. Enfant le cosmonaute a une craie pour noter sa taille. Ce qu’il pensa de la croissance, il l’a dit ainsi : « Mon thorax s’illustre contre moi ».

Le fil à plomb me fait une ombre de fer. Les poumons sont des sacs réglés sur la fraîcheur de l’air.

L’ombre croise le fer avec la solitude. La solitude est physionomiste (comme un videur de boîte de nuit), elle ne laisse entrer personne.

L’œil est le museau du regard entre les barreaux du visage. L’œil lape le foin avec la langue du feu.

L’œil est un sniper sentimental, la boîte crânienne du mort est encore pleine d’haleine, la boîte crânienne a un plafond sculpté au museau de chien

À tirer un fil d’haleine, c’est toute la grotte qui vient avec l’écheveau humide des parois.

L’haleine c’est le Gulf Stream des mouches. Au-dessus du lit la mouche pilote déjà dans le circuit des intestins. La mouche cherche des schémas de chance dans l’organisme des gens, des grottes.

La mouche se déplace au hasard d’être là. La mouche emprunte la voie du hasard d’être exactement là. La mouche flaire et flirte à fleuret moucheté.

Les mouches ont elles aussi des bannières de voyelles qu’elles tirent comme de petits avions publicitaires. La mouche se met en évidence dans le hasard de choisir ses habits.

La mouche tombe dans le vinaigre de sa fleur. La fleur s’épanouit sous le lampadaire du nez.

Avril, les lampadaires saignent du nez. Les lampadaires sont des cerisiers qui ont échoué. Les lampadaires sont les portemanteaux inversés de l’apesanteur.

En avril, tu fais ce qu’il plait à mars que tu fasses. En mai, tu retrouves tes clés perdues en février.

En mars on dit : « Il est fou comme une clé ». En juin, page blanche, les sourcils sont pleins de virgules. Avril, il faut changer les flaques sous Gene Kelly.

Un parapluie ne fait pas six rondelles au printemps. Il n’y a qu’à chanter pour déboulonner dans la rue les plaques de la pluie.

Les flaques font un carrelage aux canards, commence alors une querelle aquatique. Les parapluies sont utiles pour garder les voyelles sous cloche.

À la marelle de l’eau, le ciel est la dernière glissade. La cloche au cou de la vache lui sort la langue de la poche.

Les vaches font des éclipses avec les églises. Par la grosse salive d’eau bénite les vaches n’ont pas laissé échapper un mot de leur propre langue.

L’herbe est partout transfigurée dans la nef, dans le chœur, dans les travées de la vache.

La vache porte un casque antibruit pour prier, ses cornes sont les appeaux du Christ. L’église est posée, au loin l’herbe apaise les pentes.

La chèvre rebique dans le pré comme le sel relève les plats. L’esprit lèche la plante verte des pieds.

Les chèvres pensent que la lune est une pomme d’Adam de sel. La lune est une boule d’apnée tandis que le pré déplie le sauf-conduit du vent.

La lune est un yoyo d’angoisse dans la gorge du ciel, le yoyo où s’enroulent tous les caméléons du ciel.

La lune est l’hostie du loup. Le loup-garou quitte l’homme en pensant : « L’angoisse rend les muscles misérables ».

Le loup se retire du loup-garou en laissant l’homme pâle comme un linge. Puis le garou s’en va de l’homme en le laissant pour plage de galets.

Le loup garou rapporte les galets que lance le linge. L’être est à un jet de pierre de sa disparition. Le surnaturel est le haut lieu des jambes où la pâleur innove.

Ce n’est pas à un vieux linge qu’on apprend à faire dans la dentelle.

Un vieux a le meilleur linge, un singe donne son ventre aux anges.

On prête l’oreille et le flanc aux anges, mais jamais on ne les leur donne.

À flanc de colline un enfant est à lui seul un gang de pieds chauds.

L’enfant est pris jusqu’à la taille dans une marée de jambes. Il est coupé en deux par une équipe de football.

L’enfant tire des penalties contre le Christ. Le maillot de foot réchauffe plus que l’âme.

La lucarne est le coin où le ciel ne se tient plus dans les cages. Le ciel est un poisson qui revient par chacune des mailles du filet.

Quand le ciel est cassant on range les poules du mourant. Les cordes pour descendre le cercueil sont les nerfs optiques des veuves.

Chaque sanglot est un nœud à la corde vocale avec laquelle on sangle le cercueil. On sanglote comme on fait un nœud à son mouchoir.

Après l’enterrement on étend son mouchoir sur ses cordes vocales. Les porteurs de cercueil jouent au ballon. Le sol est bon pour chaque ballon.

À chaque rebond le ballon trouve que le sol est bon. À chaque rebond le ballon vérifie qu’il est rond. À chaque rebond c’est une résurrection.

Quand le ballon est bien portant on y attache les habits du mort. Le ballon est une étoile tendre dans la cage élégiaque du ciel.

L’étoile est un ballon tiré à cinq épingles : quatre épingles pour lui faire deux bras et deux jambes, et la dernière pour le crever.

Le ballon crevé épinglé deviendra insigne de shérif, insigne d’insolation du shérif. Le ballon crevé fait apparaître le visage en creux du gardien de but. Le gardien de but regarde ses mains comme un moule à gaufres divinatoire.

Le gardien de but réceptionne la pâte dans le transistor de ses gants. Il la renvoie avec la raquette du castor.

Le gardien de but est très attentionné. On n’a pas d’autre choix que d’aller vers le gardien de but. Le gardien de but est grand et a aussi un prénom sibérien.

Le gardien de but est en blanc. Le gardien de but en blanc va directement au ballon, et même à la racine du ballon.

Le gardien de but laisse venir la végétation, l’herbe entre dans la serrure du ballon. Le gardien de but fait du beurre avec le ballon. 

On obtient un ballon en barattant l’air avec le pied. Un ballon provient de l’émulsion du cuir de la chaussure dans l’air.

Le ballon vient au bien chaussé, et si quelqu’un nous fait tomber, on se frotte avec son propre cœur contre son ombre.

Si elle te vient du cœur, une poignée de paille suffira pour te réchauffer.

Il y a un soleil dans l’œuf mais la paille ne prend pas feu. Dans l’étable, dans les poèmes, la paille c’est pour passer du coq à l’âne.

Le coq couve le jour dans les oreilles de l’âne. C’est quand il lui casse les oreilles qu’il en brise la coquille et que le jour naît.

Les longues oreilles de l’âne permettent de monter le volume du coq. La meule de foin est le microphone de démesure du coq. Au delà du foin le coq éclate.

La meule de foin est abrasive pour le soleil. Quand le disque du soleil attaque la meule de foin, il provoque un jet d’abeilles musicales.

La meule de foin est la cabine d’essayage des épouvantails. Il y a une fois une meule de foin, et plus si on tient. La planète aussi est née dans le foin.

L’épouvantail est bourré de démangeaisons sans jamais pouvoir se gratter. Il faudrait qu’il éternue pour faire peur aux oiseaux.

Pour les oiseaux l’épouvantail fait un plagiat d’épouvante par le gag d’être la figure de proue de l’humour des habitants. L’épouvantail est le Vendredi du gardien de but comme le gardien de but est le Robinson Crusoé du match.

Nous ne sommes jamais que le cimier du palmier de nos îles, de ces îles que nous transportons avec nous comme des jupes à baldaquin.

L’île a commencé chez le coiffeur. L’île a commencé par des excès de sèche-cheveux. La coiffeuse écarte la civilisation comme l’employé souffleur de feuilles en automne.

Le vent dans l’île déserte est un éléphant aux yeux de biche. Le sable dans l’île déserte est fait de pots cassés nettoyés au plumeau.

Le désert est prouvé, une personne arrive, s’époussette, et aussitôt il y a un surplus dans le manteau qui engendre les alentours.

Sache que la poussière que tu mets sous le tapis déclenche en Alaska la moue de réprobation du papillon.

La terre ramène la poussière en son centre par le jeu de l’oie des maisons.

Le monde est une boule à neige avec une tour Eiffel de cendres. Le monde est un bocal avec dedans un poisson rouge de plumes.

Il faut retourner la boule à neige pour endormir une poule. La tour Eiffel est le pic à glace de la boule à neige.

La patte de la poule est le cornet à glace de sa boule de feu. L’aile de la poule est une paupière où lui mettre la tête pour l’endormir.

Le bocal du poisson rouge est le casque d’émotion de la poule sans tête. Tourner rend rouge et au fin fond de l’univers il y a une cascade de cosmos.

(à suivre)

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