Trois poèmes

par Henri Droguet

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RITOURNELLE

Mon tout perdu tout petit canton
chanvre écru lin trame et chaîne
sous l’énorme interstellaire noir
le grand ciel à panachées super-
novas et nébuleuses____c’est
tout nuement le crépuscule____il est 3h28
il pleut pleut sur l’estran
où les courlis rêvent et piaillent

c’est à jeter bas son grand chapeau
_________à crier nos refrains de septembre
_________à rire à la falaise tamponnée
_________la brousse d’or et rouge où les amants
_________sont à leurs plaisirs

le spectre là crispé l’ange ébaubi
masque sur masque s’arrache au vertige
à la lande (la sienne) dans la lisière au nord
à la magie décousue des brumes
par surprise sur une île fleurie
où les oiseaux se taisent et c’est
_________trop beau

pantin mélancolique_____voyant/voyeur
________________________(son oeil avale)
il défouille les bois nus et sauvages
une charmille et quelques églantines
il écoute le vacarme éloigné des orages
_________le grattement des pluies légères passagères
_________le tintamarre intarri gigues bamboches
_________de la mer vraie éternelle et pure
il reprend pied sur un nouveau rivage
cogné rincé de noirs jaunes rouges orangés indigos
outre-bleus où les grands oiseaux prédateurs
(les autres) piochent l’écorchure
_________alors il chante :

________________________« Bonjour ! Bonjour !
Dites… Quelle est votre place ?
Quelle est la mienne ?
Étroite est la porte
Étroite est la route…
__L’hiver est un décombre cru »

alors on est heureux une heure
encore____chacun se tait cela
va sans dire
__on casse son pain dans un ventu bocage
dans l’aube au loin s’entend
un rire heureux pointu
__on donne en rêverie sa langue

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quelques murs plus tard et plus loin bleus
les ogres dieux géants vocifèrent
le jour s’est mis à l’ombre.

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28 septembre 2020

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FUTUR ANTÉRIEUR
(abrégé)

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matin clair froid givre et vert cru
le ciel bas lourd encore & rouge ouvert
canton carton tiroir
aux forêts bleues et grises
la lune s’efface à travers les feuilles

la mer fumée ronflée s’embarde
déchausse un roc hors d’âge
animée capricieuse une rafale
jappe et rubato canarde
il fait tout à coup un temps insupportable

landaus landes landaulets
m’as-tu vus et pipelets
ça grabouille et ça bouture
sans bousigues ni coutures

le planqué le clampin rêveur
insomniaque ignorant hors-sol
dépossédé poucet ravi droit debout
détisse l’imposible envers… de quoi ?

un rouge-gorge intempestif
sussure sec dans un calistémon

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10 octobre 2020

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SÉQUELLE

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L’encombré cosmos l’expansif micmac
la mer évidemment gigotante lingère
très hauts très modestes roses
et pomponnants flocons
l’odeur parfumée des silex noirs
battus par la drache
someone is drawing or drowning
on the banks of the Dark River*

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toujours là-bas l’aube indécise
le ruisselis philocalique
tourtour merle moineau grive

l’enfance ce fut
se tenir dans les ombres n’être plus
qu’un lingot de silence et de nuit mâcher
sa langue fagot petit plomb
s’étendre sur un labour ou les algues
les plantes dites fourragères
rester sur sa fin

l’abîme attend
___________________________la mort vide son sac

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17 octobre 2020

* unknown poet, around 1840

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