Cantique des gens

par Pierre Vinclair

à propos de :

  • Jacques Jouet, Cantates de proximité, P.O.L., 2005
  • Hans Magnus Enzensberger, Mausolée, traduit par Maurice Régnaut, Poésie/Gallimard, 2007
  • Ko Un, Dix mille vies, traduit par Ye Young Chung et Laurent Zimmermann, Belin, « L’extrême contemporain », 2008.
  • Anne Calas, Déesses de corrida, poésie/Flammarion, 2020
  • Noémie Pomerleau-Cloutier, La Patience du lichen, La Peuplade, 2021

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Voir dans le lyrisme et le formalisme deux tendances contradictoires de la poésie (à l’une, l’expression du moi et des sentiments, à l’autre l’initiative aux formes et le refus de la subjectivité), pour donner son assentiment critique à l’une ou l’autre, garantit de passer à côté de l’important. Non seulement parce qu’en rester à « exprimer des sentiments » sans se soucier de la forme dans laquelle ils s’expriment est aussi ennuyeux que de travailler à vide des machines de langage en prise sur nul enjeu existentiel, mais parce que ce qui compte, pour le poème, c’est toujours le tiers : ni moi qui l’écris, ni la forme dans laquelle il s’écrit, mais plutôt la chose — la personne, le lieu, l’événement, la structure — qui le provoque et le provoque à se faire une sorte de substitution (à tenir lieu d’elle). L’enjeu de l’écriture est-il en effet de faire du poème le témoignage des petits machins qui nous affectent ? Un jeu gratuit de la langue ? Ou la révélation de la valeur réelle des choses, telle que la dramatise une forme ? Et parmi celles qui valent, dans le vaste empire du non-moi, il y a des personnes (et certaines se font mordre) : le poème se fait hétérobiographique.

Do-Kil se fait mordre

Une jeune fille d’Okjungkol, Im-Seon
Et un jeune homme de l’extérieur de la porte ouest, Park Do-Kil, sont tombés amoureux,
Sur la colline de chez Im-Seon
Au sommet, à l’endroit du tombeau
Il y a une petite fosse.
Do-kil embrasse brusquement Im-Seon
Le chien qui a suivi
Croyant que sa maîtresse est brutalisée
Mord Do-Kil avec fureur.

Do-Kil, sa blessure à la cuisse ayant cicatrisé,
La montre avec fierté
C’est là
C’est là
Ma blessure d’amour
C’est là.

Mais Im-Seon
Suivant la volonté paternelle
Se marie chez le maire du canton de Hoehyun
Et Do-Kil
Prend pour femme une grosse fille de Hongnamdong à Kunsan
Qu’il bat souvent.

— Ko Un, Dix mille vies

Voici cinq livres : le premier chronologiquement, les Cantates de proximité de Jacques Jouet, multiplie les dispositifs formels (dont bon nombre estampillés OULIPO) pour dresser à la fois des portraits de groupes, et des individus composant ces groupes. Le second, Mausolée d’Enzensberger, publié en 1975 dans sa version originale, fait se succéder « trente-sept ballades tirées de l’histoire du progrès » souvent très ironiques, sur quelques « grands hommes » (pas de femme) essentiellement européens. Le troisième, les Dix mille vies de Ko Un, raconte les histoires de rois autant que d’inconnus, selon le vœux de l’auteur à sa sortie de prison : « Je décidai que, si je parvenais à sortir vivant, je chanterais chaque personne de ce pays que j’avais rencontrée jusqu’à présent. […] J’ai décrit trois mille et quelques centaines de personnes jusqu’à présent. », précise-t-il dans l’entretien qui clôt le volume. Anne Calas, quant à elle, s’attache à « la lignée de femmes à laquelle [elle] appartient » et son livre exprime la tentative « d’établir un lien symbolique entre mon jardin et la ville de Marseille où sont nées et ont vécu les femmes de ma famille maternelle. » (Avant-propos). La Patience du lichen, enfin, compile des portraits de Coasters, ces habitants (innus, francophones ou anglophones) du nord du Canada, vivant au-delà de la dernière route — il s’agit, pour l’autrice, de faire voir dans le poème leur existence méconnue, témoigner de leurs activités, partager leur voix :

pour faire baptiser les enfants
tshetshi shukaituakanist
vos arrières-grands-parents
nieka tshi uttanushkutapanuaut
prenaient le Saint-Laurent
pimutepan ute uinipekust
en amont
ka kutuetnain
deux semaines
dans les vents du Nord
jusqu’à Pessamit

beaucoup d’eau à traverser
pour qu’un filet détrempe
le front du futur

— Noémie Pomerleau-Cloutier, La Patience du lichen

Les poèmes de La Patience du lichen, derrière leur apparence de vers libres, se situent en réalité à la croisée de deux dispositifs qui donnent les coordonnées de chaque portrait : d’un côté la question de la parole, qui va et vient des personnages décrits (en italiques) à celle de la poétesse (en romain), et d’un autre côté celle de la merveille, qui se joue entre la description prosaïque portée par le début de chaque poème et la pointe poétique qu’apportent systématiquement, d’un pas de côté ou d’un élargissement, métaphore ou métonymie, les derniers vers. On voit bien comment une telle forme sert le projet de mettre en valeur des existences méconnues et méprisées. Et quoique le poème d’Anne Calas semble plus fiévreux, cette fièvre est tout autant une sorte de méthode pour engager une correspondance par-delà la mort (« J’écris cette lettre / intime ») avec des femmes qui ont compté. L’autrice « avance / Dans le souvenir », en variant les angles et les formules : photos commentées, sonnets augmentés, ghazals sectionnés — sans compter la question du jardin, qui se fait plus explicite dans l’un des chapitres. Guidée dans les chemins obscurs de la mémoire par le bâton rythmique du vers et ses visions, c’est comme à une archéologie d’elle-même qu’à travers ces femmes aimées Anne Calas se livre :

Je dois recherche votre portrait je dois
À votre humanité
Visage mauresque cousu aux escarmouches
Des saisons
Qui vous prédisait tant de pertes, qui ?

J’aimais les matins de cassis
La lumière baignant vos salons de papier
Je reconnais la casserole au coin
Brûlée léger au rivage des femmes

Vous cousez encore et je répare et sous le parasol
Nous descendons à l’étincelle irréductible
Considérant ce qui vous rend considérable
Et même. Encore

Votre nom s’est glissé sous la jupe Atlantique
Porté aujourd’hui soulevé et tenu
Dans les bras. Vierge à
L’enfant regarde l’objectif [en silence] — Rose-Marie.

— Anne Calas, Déesses de corrida

Jacques Jouet, lui, ne s’intéresse pas spécialement à des figures de l’intimité. Il donne plutôt dans le contemporain lambda — avec l’idée, peut-être, contre une forme de violence mais en restant léger (et cette légèreté est elle-même une pudeur qui joue contre la violence), que toute vie humaine a sa dignité. Le voici dans un collège, face à un groupe d’individus — élèves, profs, membres de l’administration — comme si c’était le jour des photos de classe :

1. C’est le 30 janvier 2001. 2. J’ai une liste de seize personnes qui seront mes « sujets », mais je ne fais pas passer de visite médicale ou ne conduis pas d’entretien psychologique. 3. Après que j’ai fait mes croquis de mots des sept premiers sujets (d’ailleurs pas forcément ceux qui étaient initialement prévus : petite désorganisation d’un jour de grève), c’est le rendez-vous pour le portrait de groupe. 4. Le groupe se forme peu à peu ; nous ne sommes pas au complet ; nous ne serons finalement qu’une dizaine. 5. Debout, assises, entre les deux (debout les fesses appuyées à la table) et puis tout le monde est assis, maintenant. 6. La plus jeune, Frédérique fait face, minoritaire et pas gênée le moins du monde. 7. Éric tripote un câble dans les mains. 8. Frédéric et lui sont les deux serre-livres du groupe. 9. Le photographe doit dire qu’on ne bouge pas, moi je n’ai pas besoin, on peut bouger. 10. Les montres ont une importance énorme aux poignets. 11. Catherine entretient la conversation. 12. Chantal et Danielle parlent plus que Véronique. 13. Édouard n’est pas là, mais je dis qu’il n’est pas là, est-ce que je ne le fais pas un peu apparaître ?

Très attentif dans ces poèmes (on le sent bien avec la dernière phrase) au pouvoir propre de l’écriture, Jouet sait aussi s’effacer derrière ses « sujets », le temps d’un « poème portrait ». Mais que peut-il, veut-on savoir, y avoir d’intéressant dans le portrait d’un individu quelconque ? L’art du poète se déploie, dans deux dimensions, sur les lignes d’une tradition poétique bien éprouvée : d’un côté, l’artisanat du vers y frappe autant des rythmes qu’il y noue des formules (ramassant toute une description de manière brève, en une image percutante) ; d’un autre, il mobilise (de façon réfléchie et amusée) l’allégorie ou l’hypallage (comme ces lunettes « mathématiciennes » révèlent l’emploi de leur porteur) :

poème portrait d’Yves Codron

La rigueur qui peut s’apercevoir
alliée à la ténacité
pour bien aller jusqu’à gagner
une agrégation tardive. Les paupières
inégalement découvertes, même les yeux bleus ouverts
sont derrière des lunettes qu’il serait idiot de dire
purement mathématiciennes (voir le portrait précédent).
Le menton est curieux, asymétrique, une scarification.

Là, c’est presque trente ans, à ce poste unique
et les bras croisés sur la chemise écossaise
attendent de pied ferme, sans hâte
la retraite prévue.
Il faut être en lutte contre des habitudes
remodeler ses cours et changer les problèmes
tisser des aiguillages entre les disciplines.

Un jour, on lira les livres en attente,
on bâtira le chemin de fer, en petit.

Un condensé de vie minuscule. Mais ce n’est pas tout, car chez Jouet, les individus apparaissent dans des groupes : ils valent pour eux-mêmes, mais aussi comme perspectives sur des organisations qui les dépassent (ici, un collège). Le poème-portrait donne alors, entre les lignes, une prise sur une institution abstraite et, parce qu’elle n’a pas de corps, difficile à décrire alors même qu’elle organise la vie de centaines de gens et produit des effets considérables sur eux. Il permet ainsi de faire apparaître un invisible tout : en en montrant les membres. Mais il permet aussi, parce qu’il ne parle jamais que d’individus, de libérer ceux-ci de leur inclusion fonctionnelle dans ce tout imaginaire (un collège n’est qu’une fiction partagée) : il met d’abord en évidence leurs propriétés singulières ou les centres d’intérêts irréductibles. C’est la dimension proprement politique — démocratique, anti-totalitaire — des cantates de Jouet, que de glisser dans ses poèmes (s’inscrivant dans une série, dans un portrait de groupe) des marqueurs de singularité absolue, grains de beauté ou cicatrices comme des allégories portant la marque non-négociable d’une valeur propre de la vie individuelle. Il en va un peu différemment chez Ko Un, où les personnes sont davantage mises en scènes pour leurs actions, dans des fables, que pour leurs propriétés dans des portraits. Malgré tout, l’accumulation des vies finit aussi par y  dessiner l’idée d’un tout — en l’occurrence, la Corée, comme entité une et unique, malgré la colonisation japonaise et la séparation nord / sud, deux événements qui sont à l’arrière-plan des Dix mille vies, un ensemble qui n’est pas exempt de nostalgie voire d’amertume (j’ai cité un poème en ouverture de ce sentier critique). Chez Enzensberger, l’entité holistique qui se dessine derrière les personnes est carrément l’Occident, en tant que sujet du « progrès ». Les « ballades », très variées formellement (des quatrains aux proses en passant par les listes), ont pour titre les initiales d’une personne, et ses dates de naissance et mort :

F. C. (1810-1849)

Un enfant gai : nous n’en savons pas moins. Les châteaux en province
étaient encore alors entièrement en bois. Dans la capitale
on s’accrochait sur le pavé. Les soirées étaient calmes.
Torches de résineux, lanternes à main et flambeaux.

Ils m’engraissent comme si j’étais un cheval. Toujours est-il
que le tsar lui offre un diamant. À part cela peu de choses qui rappellent
ces années-là : quelques billets, rosettes, violettes séchées
sous le verre de la vitrine, souvenirs de Varsovie.

Le départ pour l’ouest s’est fait attendre. Mes partitions
sont recopiées, mes mouchoirs ourlés. Paris
a suffisamment de pavés pour quatre mille barricades.
Les diligences ne sont pas à l’heure. C’est une année sanglante.

[…]

Les comtesses disent : Il tousse de façon tout à fait charmante. Cette fatigue
est difficilement explicable. Bains à Enghien. Irritabilité.
Il a quelque chose au larynx dont il meurt. Le premier crachement de sang,
La révolution de février : Mon concert n’a pu avoir lieu.

À la place un voyage en Angleterre. Il joue devant la Reine.
Le gazon est agréable, mais l’odeur du charbon !
(Absence d’engagement.) L’économie de ses ouvrages :
des canons enfouis sous des fleurs — enfouis, ou ensevelis ?

Avez-vous reconnu Chopin ? Comme Ko Un, Enzensberger s’intéresse aux actions plutôt qu’aux événements ; mais comme Jouet, il n’en reste pas au squelette d’une fable et fait intervenir beaucoup d’éléments impurs, de singularités, dans son poème. Au premier rang desquelles, comme Pomerleau-Cloutier citée plus haut, les voix, en italiques : parler de quelqu’un, c’est aussi pouvoir le faire parler. Mais le propos est opposé ici et là : dans La Patience du lichen, la citation, qui apparaissait comme une forme de revisibilisation de populations oubliées, était une manière pour la poétesse à la fois de se mettre au service d’une voix extérieure, et de la valoriser. Dans ce Mausolée d’Enzensberger, qui ressemble autant à un stand de tir qu’à un panthéon, c’est plutôt la bêtise qui affleure. Dans tous les cas, le poème essaie de renverser la table des valeurs : Pomerleau-Cloutier de faire l’éloge des oubliés, et Enzensberger de faire voir de manière réaliste (donc, avec leurs petitesses) les acteurs de cette entité étrange (et dont le caractère organique est rendu dans le livre par son côté systématique, des renvois aux personnages d’autres ballades apparaissant au sein de chacune d’elles — ainsi pour le portrait de Robert-Houdin il cite le « jeu de Turing » ou le « canard de Vaucanson » qui font chacun l’objet d’un autre chant) qu’est le « progrès ». Voici Malthus :

C’est d’accord, ses calculs étaient approximatifs. Il ne savait qu’une chose :
Ce qui grandit grandit encore, grandit toujours. La croissance elle-même croît,
la faim elle-même, elle-même la peur. Les joues roses,
en se frottant les mains il s’asseyait pour le thé, se faisait servir ses muffins
par une femme rose, toujours la même, avec laquelle, modeste et prude,
une fois par mois il couchait : une intrépide poule mouillée,
un simulateur, qui toute sa vie a joué l’homme sain,
parmi les prophètes de la catastrophe, un des plus joviaux.

Si l’on sent malgré tout une certaine affection pour certains des héros dans la filiation desquels son propre travail peut évidemment s’ancrer (en premier lieu desquels Gutenberg), Enzensberger dirait sans doute, comme Benjamin, que « le progrès est la catastrophe ». Son Mausolée est en effet une histoire critique de l’Occident, qui ne cache pas que les découvertes scientifiques et industrielles ne sont que l’autre face des colonisations et des exploitations — comme ici à propos de Humboldt :

Un être sain qui sans se douter de rien traînait avec lui
la maladie, un messager désintéressé du pillage, un courrier
qui ne savait pas qu’il était venu annoncer la destruction à cela même
que jusqu’à quatre-vingt-dix ans, dans ses Tableaux de la nature, il peignit avec tant d’amour,

On touche ici à un point intéressant : ce qui vaut à ces personnages d’être chantés, c’est qu’ils ont eu une influence objective de grande ampleur dans l’histoire. Autrement dit : que nous en sommes, que nous le voulions où nous, les héritiers. Où les livres de Ko Un, Jacques Jouet et Noémie Pomerleau-Cloutier proposaient un portrait — forcément bienveillant, sinon tendre — de personnages quelconques, anonymes, ou oubliés voire « invisibilisés » (et dont le lecteur ne partage en tout cas pas avec l’auteur d’avoir été produit par leurs actions), Mausolée s’attaque à des « héros » ayant manifestement et radicalement changé les choses pour nous tous et dans des domaines variés (de la musique à la politique, de l’économie à l’urbanisme en passant par les mathématiques, la philosophie, la botanique). Les Déesses de corrida d’Anne Calas cherchaient aussi dans les portraits de femme quelque chose comme une généalogie de sa propre voix, mais cette proximité était affective, et la poussait à la tendresse. Au contraire, Enzensberger parle de ceux qui ont compté non pas simplement subjectivement mais objectivement pour nous tous, ceux qui ont fait notre monde. Son Mausolée — fruit d’un important travail de documentation à la bibliothèque de New York — ne prend-il ainsi la peine de longuement nous présenter ces figures, que pour nous mettre devant les yeux quelque chose comme la réalité de ce qui fait l’histoire — une forme humaine souvent décevante. Son chant fait alors le contraire de la bonne conscience : prenant sur lui de dire les choses comme elles sont, il fait affleurer à la surface du poème le farcesque tragique (si l’on peut dire) dont est faite l’histoire — un « réalisme » qu’il doit peut-être à Machiavel :

Niccolo Niccolo fleur suprême de l’Europe, bourré jusque-là
de raison d’État et jusque-là d’une fabuleuse conscience

Tu as percé à jour tes lecteurs, Napoléon, Franco, Staline et moi,
tes disciples reconnaissants, et c’est pourquoi tu mérites la louange :

Pour tes phrases nues et lapidaires, pour le courage que tu as d’être lâche,
pour ta banalité profonde et pour ta Nouvelle Science

Niccolo, crapule, poète, opportuniste, classique, bourreau […]

Cinq livres, cinq manières — bien différentes — de faire du poème le lieu d’une réévaluation du réel, mais aussi, de la révélation que ce qui compte (pour l’un, pour tous) se joue dans les traits de visages, ou dans les faits et gestes, ou dans la parole des gens. Parfois naïfs et de bon sentiment, parfois ironiques et même cyniques, mais souvent justes ; tantôt repliés sur l’insondable valeur d’une matière privée et tantôt relégués à la simple observation d’un commun superficiel, mais toujours politiques — cinq fois le contraire (qu’il soit lyrique ou formaliste) du nihilisme.

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