Le mal essor (1/2)

par David Huguet

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Ce corps oblige à mourir sans le moindre sursaut et s’applique à l’écrire de patience malléable et de mains dératées.  

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Tous les clous sont les mêmes à heurter le temps que l’ombre remembre à égalité des pieds.

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Avec les années, la résistance de la langue à se détester, son point de douleur, sa trame tout du long du dos à procéder en tout comme d’un solipsisme noir.

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Vivre d’abrasif enseigne, à sa façon presque insolite d’introduire de la pensée, qu’il n’entre dans le cœur du monde qu’une petite cérébralité sans conséquence.

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Monstrueuse dictée des choses pour excessives coutures, le cri en est au clan des fissurés une avance sur solde.

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Boussole renversant les trois-quarts d’un corps, le cri est ce cursus un peu timide un peu mauvais joueur revalorisant l’homme rétréci par les hommes.

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Branlante corde de l’être fourrageant les côtes au plus fort du pacte conclu avec son mort qu’elle s’emploie toujours à contredire, un sceau droit sur la tête pour guide et pour remède.

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Les os, un nœud de fatigue par quoi ils se touchent. L’os ne compte aucun diminutif.

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Bastion reclus : la face grignotée du sage comme du bousillé. Leur musique atone faite pour engourdir la loi trop pensive logée entre ses deux pôles, comme entre deux silex, entre le refus grinçant du champ et la litanie des hommes coupés.

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Le cri, son idiotie cabrée, son cirque, son casque hurlant, son amoralité fière et déjà cassée dont le porteur est reconnu de loin à ses fièvres, à sa morsure mal portante qui n’en finit pas, qui malmène et viole la voix.

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Le cri faisant toute la tonsure du visage en sorte de fresque autoritaire. La trame réciproque qui s’accapare la craquelure supposée des mains occupée à trancher leurs deux obscurités.

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A l’endroit de la crise, calme, reposée et presque tranquille, pas de contre-courant, juste une démence légère et sans témoin.

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Sentir sa larme grandir sous le pilon comme à l’arraché des poings, attaquer sa haine la tête pendue à ses rapides, à coups de fumées tristes et tellement actuelles.

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Dans la confluence des gouffres, les hoquets que l’on réfute pour éloigner les nerfs.

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On n’y refoule rien que l’exacte chirurgie d’un moi agglomérée de matière, la plus dure tauromachie pour munitions, le vide pour cartouchière.

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Éclats de suicide d’où toute la mer monte : seule la cruauté d’un manque nous engage.

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Une ronce faramineuse alliée à un haut de cœur.

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Un silence dont on ignore encore ce qu’il y faut de crues dans le ventre comme dans les mots pour s’y faire chevaucher la peau de naissance et l’itinéraire d’un mort.

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Ma langue : mon équipière déçue.

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Je me situe entre le militant et le capitaliste hébété. Je m’en arrange comme d’une fissure entre blessés.

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Je m’organise comme on renvoie l’enragé à sa barque de visions et de mauvais acide, en lui préférant les contours désavoués de la nécessité à son art nouveau de la rotation.

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Dans les déraillements du blanc, dans leur creux et par les fonds : l’image sillonnée de bleus où tous les puits se ressemblent et gueulent en permanence aux ébullitions.

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Marchant, désirer faire exploser le remugle intérieur. Une fois considérés sans paroles tout le périmètre parcouru et le temps passé à presque s’émouvoir soi-même de l’influx des couteaux dont regorgent les mots. Indéfiniment troublé de ce qu’en boucles, on retrouve leur chimie lourde et fascinée.

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Il faudrait pouvoir précisément circonscrire de pures zones de sauvagerie et de liberté et pouvoir être à l’envers de son cri. Ne serait-ce que pour contenter son crime, il faudrait pouvoir paramétrer sa propre imbécillité.

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Les autres nous préfèrent toujours en morceaux. La douleur que c’est de se l’entendre dire ne vaudra jamais la torture que c’est de l’accepter.

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Le primitivisme hanté de la lumière, sa rondeur dénuée d’artifice, sa vérité carencée et comme envieuse d’elle-même à la fois m’attriste, m’affole et m’incite à écrire comme tout ce qui retarde au plus haut degré la chute et la décomposition des corps.

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Le cri comme moyen de défense propre à enfoncer le clou et toute la vie. 

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Le cri est notre réponse la plus sérieuse aux vases communicants.

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Le cri est un muscle catastrophique. Il y flotte un pied revêche à sa flaque dont le cercle, tout à la fois physique et cérébral, ne sature qu’un court instant sa requête au vide d’une énergie presque suffocante. Et parce qu’il s’élève contre toute forme étouffée de mensonge et de pitié, il y transpire plus qu’il n’y plane un espace presque infantile de sédition débordant toute tentative, devenue soluble en lui et bel et bien piégée, d’en réchapper ou de faire retour, innocenté, vierge sinon moins fourbu, aux oxydes, à l’air.

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L’état dans lequel je me vois plongé par un certain quotidien m’affecte d’une position assez singulière d’animal grinçant, évadé de longue date d’on ne sait quel endroit primal, toujours un peu sonné, irascible et en suspens, tout son petit monde coincé entre plafond et plancher, mal effrité qu’il est dans ses couvertures. Il en va souvent ici pour soi d’une absence presque totale de repères. Il n’y a guère que la lumière qui préserve d’une ouverture s’évertuant, par moments tous glacés, à l’en distraire un peu. C’est, fatigué et en pleine nuit, qu’on se rend compte qu’une bosse petit à petit s’est formée. Il n’est pas rare alors qu’à ce stade la solitude commence.

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Il y a des gerçures qui ne corrigent rien.

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Il y a des matins comme ça (d’une crypte sans histoire ou pleine de tics et de gravats), on ne sait pas quoi s’inventer d’autre, qu’à se ronger les sangs.

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La lassitude est-elle le dernier de nos mouvements qui soit crédible ?

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Toutes les blessures ne sont là que pour violenter la langue, la pousser à bout de son inaptitude et de son incapacité chronique à la béance.  

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Le cri est ce truisme anachronique. Le cri est définitivement seul et foutrement morbide, Zénon ayant rendu l’âme depuis un certain temps maintenant.

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Tout ce que le cri gagne sur la colère, il le perd en subtilité furieuse, en désespérance médusée.

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Contraintes rapprochées à quoi se suspendre les yeux, en sacs ivres de mors et de blés râpeux.

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J’ai cette peau négligente obscurément pénétrée et au plus court par l’entêtement de coteaux supposés assez forts, assez remplis de pudeur, pour dépasser ce qu’elle comporte d’entailles et d’herbes.

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De la pauvreté et de l’alternance en matière sexuelle : on ne se débarrasse pas si facilement de ce chien mouillé.

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Allez savoir pourquoi on s’interroge tant sur soi ?

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Notre exhibitionnisme à tous : son rabot pompier, tout à la fois dur et bouleversé, sa cohorte de monstres indignes et hors de portée.

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Dans une moindre mesure, le cri (de savoir frôler l’humilité) nous renseigne.

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Instable et rompu à la gestion des hontes molles et si nombreuses que toute la masse importe, le cœur n’est pas un simple mot mais un prétexte à l’indicible.

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Chacun gère comme il peut sa propre maladie, sa propre vitalité désordonnée.

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Après délibérations, ne rien exclure, pas même les couteaux (symboliques s’entend).

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Il y a un certain lyrisme accordé au fil barbelé.

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