Le Sentiment général (2/2)

par Frédéric Forte. Lire les 7 premiers sonnets de la Couronne.

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8.

du monde infraordinaire presque rien
ne sourd à la télévision on n’en parle
pas quelquefois on se dit qu’il faudrait plus
de brouillard de féminin de pamplemousse
plus de ces choses-là qui se font entendre
pile au moment où l’on ne s’y attend pas
mais comment faire après pour garder la ligne
qu’on s’était fixée pris dans le flou on prend
des notes à chaque instant tout a un goût
de première fois une manière d’être
là tout à la fois manifeste et furtif
quand le sentiment général nous déborde
et qu’on cherche dans le chaos un accord
qu’on voudrait tirer de soi en fin de compte

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9.

qu’on voudrait tirer de soi en fin de compte
comme une évidence ça paraît certain
vu depuis la table mais il faut sortir
de la comptabilité trop générale
sans quoi c’est sûr on ne s’en sortira pas
on pousse la porte et qu’est-ce que l’on trouve
de l’autre côté un espace à remplir
de gestes plus concrets le contraire en somme
de ce poème qui lui aussi serait
une porte mais fermée décidément
alors par la fenêtre venir au monde
ou plonger en expédition dans les branches
y passer son temps avec l’idée d’un jour
remonter exactement à la surface

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10.

remonter exactement à la surface
même avec le plan parfois c’est compliqué
la plupart du temps la notice ikea
est tenue à l’envers et l’on apprend bête
ment à nager in situ dans le fractio
nné notre cogito ergo sum est tout
sens dessus dessous on se heurte sans cesse
au principe de réalité sous cloche
on fait des bulles qui contiennent des i
dées discontinues des pensées toutes nues
à rhabiller bonjour les scaphandriers
maintenant qu’on a visité chaque faille
pour mieux se rappeler l’amont on avale
des choses voilà comme un bon gros poisson

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11.

des choses voilà comme un bon gros poisson
qui s’extrait importé peut-être d’une autre
fable dans l’instant on ne comprend pas trop
ce qu’il vient faire là et le comme même
nous échappe à moins qu’on ne souhaite être comme
lui sis tout entier dans la comparaison
être lui un poisson ou quasi et fuir
le sentiment général s’il est possible
pour mieux s’inclure dans le particulier
la douche plutôt que le bain bouillonnant
remettant les troubles du monde liquide
à plus tard pour une petite banquise
privative ou pour finir en bout de ligne
pris dans les filets de quoi on ne sait pas

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12.

pris dans les filets de quoi on ne sait pas
toujours comment répondre à la question elle
en suspens et nous avec pour un peu on
cesserait en tout mais quelque chose pousse
à dénouer les nœuds c’est la tête qui parle
ou alors le corps en tout cas le cœur n’est
que rythmique un rien qu’à soi et qui mesure
le temps des choses passées à l’intérieur
à l’extérieur le monde informe le monde
dans le flou continu des conversations
a-t-on l’impression d’être resté au bord
qu’aussi sec on se retrouve au beau milieu
pataugeant sans le savoir dans la réponse
la matière de la poésie peut-être

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13.

la matière de la poésie peut-être
ne rapporte rien juste un zeste de vert
dans l’orange crépuscule et puis rideau
de brouillard comme ça sur le paysage
du coup on opterait pour une remise
des compteurs à zéro que tout soit égal
dans la langue coucher de soleil valant
camion-poubelle ou toutes choses auxquelles
on pourrait penser si tant est que l’on pense
dans un poème et on les transformerait
en nul autre objet que celui-ci un bruit
qui s’ébruiterait jusqu’à ce qu’il s’éteigne
de lui-même ou soufflé par plus grand vacarme
cela même qu’on aimerait renverser

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14.

cela même qu’on aimerait renverser
nous renverse à chaque fois c’est une image
qu’on ne voit pas mais est-ce alors une image
et ne serait-ce pas nous les imagés
le sentiment général serait ainsi
le titre rêvé du film documentaire
dans lequel on n’arrête pas de tourner
tous en plan serré les uns contre les autres
à l’heure où l’on se parle personne encore
n’a dit coupez les lumières continuent
de clignoter et dans le long traveling
qui nous ramène à notre point de départ
on aperçoit le début de quelque chose
or ce n’est pas le moment de commencer

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or ce n’est pas le moment de commencer
à considérer toutes choses égales
parce qu’il y a un sujet qui se cache
au grand jour visible de tous à l’œil nu
mais inaperçu dans son clignotement
c’est un paysage en système binaire
quelque chose qui ressemble à une ligne
du monde infraordinaire presque rien
qu’on voudrait tirer de soi en fin de compte
remonter exactement à la surface
des choses voilà comme un bon gros poisson
pris dans les filets de quoi on ne sait pas
la matière de la poésie peut-être
cela même qu’on aimerait renverser

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