Le sentiment général (1/2)

par Frédéric Forte

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1.

or ce n’est pas le moment de commencer
_ un nouveau poème il y a de la fièvre
_ à la maison et puis du ménage à faire
_ et on ne sait pas vraiment hiérarchiser
les priorités on voudrait il faudrait
_ mais la parole n’est pas toujours la chose
_ en soi la plus opérationnelle au monde
_ on pense qu’on dit souvent n’importe quoi
comment se décider à passer à l’acte
_ ce ciel-là est généralement nuageux
_ on entend des voix de dessin animé
une musique introspective qui joue
_ sur la chaîne du salon et on se prend
_ à considérer toutes choses égales

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2.

à considérer toutes choses égales
_ très vite on sombre dans le méditatif
_ par la fenêtre du tgv la vue
_ dégagée de tout impératif le corps
détendu l’esprit flotte comme en roue libre
_ on pousse quelque chose au devant de soi
_ sans chercher à en préciser la nature
_ c’est une fuite en avant oui mais le jour
a tendance à se replier sur lui-même
_ en déposant à la fin un résidu
_ de rose pâle sur l’horizon pratique
et l’on se dit qu’on pourrait s’arrêter là
_ malgré la nuit pourtant il faut continuer
_ parce qu’il y a un sujet qui se cache

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3.

parce qu’il y a un sujet qui se cache
_ on se dit on plutôt qu’autre chose on est
_ le plus commun le plus commode le point
_ le plus facile à retrouver dans la foule
pour peu que l’on cherche et bien sûr que l’on cherche
_ on ne fait que ça les visages passés
_ comme au scanner les gestes particuliers
_ fondus au collectif qui n’est pas la masse
on archive les formes sans y penser
_ en fait voilà on se rapproche et s’éloigne
_ en permanence du sujet un soleil
aveuglant et qui ne cesse jamais d’être
_ ce rhinocéros au milieu de la chambre
_ au grand jour visible de tous à l’œil nu

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4.

au grand jour visible de tous à l’œil nu
_ on peut être indifféremment l’un ou l’autre
_ mais impossible de passer tout le monde
_ en revue on est perdu dans le défi
lé coupé en deux divisé entre mille
_ branches de l’activité conduit poussé
_ à partager le sentiment général
_ au sujet duquel on ne sait trop quoi dire
car ce qu’on voudrait éprouver maintenant
_ traversant mentalement le paysage
_ c’est davantage de matérialité
par exemple on toucherait vraiment un arbre
_ et l’arbre nous toucherait vraiment sensible
_ mais inaperçu dans son clignotement

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5.

mais inaperçu dans son clignotement
_ un objet commun attend qu’on le regarde
_ que même on le fasse tourner dans la main
_ en l’examinant quasi sous tous les angles
c’est ainsi qu’on a reçu par sms
_ un dessin d’enfant aux couleurs vives forme
_ abstraite tracée du doigt sur un écran
_ geste que la définition pixélise
comment cela existe-t-il si de tout
_ corps les atomes sont des fractions d’étoiles
_ en quoi ça se transforme quand le fichier
finit par être effacé on interroge
_ du regard les lignes sans rien éclaircir
_ c’est un paysage en système binaire

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6.

c’est un paysage en système binaire
_ on dirait le ciel il est clair aujourd’hui
_ le vers est léger mais c’est vrai qu’on a tous
_ un petit côté météorologiste
parce que dans le fond les événements
_ nous regardent on envisage le monde
_ en surfaces détachables rattachées
_ les unes aux autres par des fils et voilà
le voisin du dessus se remet à nous
_ fabriquer du bruit avec ce qui lui tombe
_ sous la main comme s’il essayait d’écrire
dans une langue morse un poème lourd
_ de sens qu’on ne lit pas qui n’en est pas moins
_ quelque chose qui ressemble à une ligne

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7.

quelque chose qui ressemble à une ligne
_ dans le temps résiste à la déformation
_ nous le nez collé à la vitre on essaye
_ de ne pas trop se laisser impressionner
par tout ce qui vite nous arrive on vit
_ des sensations immédiates par exemple
_ si on pense fort à ce couteau sans manche
_ là on le fait sortir de l’anonymat
mais le fait-on l’exercice est inutile
_ ou bien une technique d’effacement
_ de tout le reste et puis bon il pleut des cordes
sans discontinuer sur les philosophes
_ comme pour dire qu’on est à peine ça
_ du monde infraordinaire presque rien

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3 commentaires sur “Le sentiment général (1/2)

  1. Bonjour Frédéric
    J’ai lu le poème à l’envers j’ai reçu la notification du message
    Fatiguée de ma journée je n’ai pas saisi 2/2
    Les premiers mots m’ont embarqués
    Comme on dit on suit
    Je suis je lis je vis j’écoute j’espère
    Un ton une musique une approche un lien
    J’ai lu 2/2 et 1/2 intimes présents dans le cour
    Ça me touche de présence d’être d’un autre
    Je sens bien et j’entends le voisin
    La fuite juste là voir l’horizon
    La couleur se voir toucher le rythme
    M’embarque au fil des mots
    m.

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