Pluie de météores

par Virginie Poitrasson

.

.

– Le cercle est sans commencement ni fin, il frise. 

– Mon corps ne semble plus rien dire alors.

– Oui, le dernier instant nous rappelle tout.

– Peu importe le calcul que je fais, les chiffres ne se soumettent jamais.

– Les heures, elles continuent de s’agglutiner.

– Il y a des ombres, des ombres de peu de chair, de peu de mots.

– Et ce mot : transmissible.

– Frôler la catastrophe, aller jusqu’où s’ouvre l’espace, jusqu’où se déploie la pensée.

– Trois chiens traversent la nuit sans laisse aucune. Ils courent sans bruit.

– Les regards savent creuser. Ils creusent des trous d’angoisse, des trous de joie.

– Au départ de mon corps, les enchevêtrements reçus, donnés, volés.

– S’appuyer sur la contre-lumière pour se recadrer. Et passer au travers.

– Comment ne pas devenir cette chose non rythmée, mise en vrac, toute de terreur ?

– Sentir mes paupières traversées par les lueurs du jour.

– Sans les mots, le temps file, ôté de ses instants, de ses steppes nuageuses.

– Tête au plancher, pieds au plafond pour retrouver ma circonférence tremblée.

– Savoir aboyer face à ce qui advient. Prendre forme. Accepter sa propre métamorphose.

– Devenir chien.

– Se rassasier par la peur qui existe entre toi et moi.

– En emplir sa bouche et la déverser en contre-bas.

– Petite mesure de silence.

– Pratiquer assidument le renversement.

– Assise, compter à l’ombre de ce qui n’est plus.

– Apprendre à se déplier, à déplier son regard, à déplier l’horizon et à guetter ce qui obstrue le monde.

– La terreur refait surface. Sans effondrement.

– Ce qui fait extrêmement peur, ce n’est pas l’infini, ni notre propre chaos, ni nos corps traversés mais l’ordonnancement absolu et implacable de l’univers.

– Ce qui fait peur c’est de voir un ordre au-dedans de ce chaos absolu.

– Et faire à chaque respiration, l’expérience de la catastrophe.

– Être encore et toujours catastrophiquement ici-bas. Appeler à la rescousse les petites mesures tremblées des feuilles.

– Décliner une par une l’identité de chaque arbre. Être chlorophylle.

– Guetter à nouveau foudres, éclairs et présages atmosphériques.

– Les choses se produisent à seule fin de signifier.

– Nos regards se croisent et se recroisent pour mieux s’entrelacer. Les nuages, eux, se heurtent afin de produire la foudre.

.

.

extrait inédit de Conjurations, météores, etc.

[Illustration : « Plage au clair de lune », tableau de Léon Spilliaert]

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s