Passages vibrants (extraits)

par Danièle Faugeras

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EN FACE DU LIT SUR LE MUR BLANC le kimono de soie (crêpe violâtre 

le kimono fléchit sur sa barre (crucifié s’infléchit (ballant mou sur la barre de bambou qui l’épaule 

dans le bâillement des pans (entrebâillement des pans verticaux du parement (la doublure (écarlate (son voile mousseux palpite comme un flux de sang chaud 

là où les grandes fleurs blanches (grandes pivoines du motif (prolifèrent (sectionnées par la coupe ou replis du drapé 

par la fenêtre ouverte dans le blanc du papier (le papier blanc du mur grivelé de contre-jour 

fenêtre ouverte (découpe dans le blanc mat du jour 

pénètre en coin rayonne 

rayonnant excepté l’ondulation rythmée (pleins et déliés d’une ombre (triple linéament de la génoise plâtrée sous la gouttière de zinc 

au-delà bien au-dessus (par-dessus l’accent sombre de la bordure de tuiles 

loin (par-delà l’ombre circonflexe des tuiles (un trissement continu fait vibrer la lumière (avec elle élucide la pénombre du dedans

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D’UNE TOUFFEUR RENVERSANTE midi gauchit la rive (ployant d’un sens unique toute fibre (faisceau récalcitrant (solitaire tige hochée au creux des blocs qui flambent 

et celle (filée rapide et lisse de confusion luisante (sans affecter pourtant la netteté des fonds 

ton regard aussi (toi ainsi que toute chose ployant 

c’est debout devant toi que se tient l’eau (courante (retentissante de cris de violences intestines par le fond soulevée en un chaos bruissant (fracas qui d’imposer silence délivre (détonement apte à tenir en suspens (souffle d’abîme (halètement qui vide à grandes lampées la stase amère des fonds 

lumière en négatif quand la masse se déchire (noir clair (infiniment mêlées l’ombre de l’air et cette brillance obscure (chevelures lisses et lourdes déliées s’ordonnant pour un autre partage (échangeurs caressants et ductiles (doigts vers les antres offerts aspirant 

puis soudain (exténuée on dirait (d’interminablement sur elle-même s’ériger l’étendue cède (s’étale (maintenant liée (moins cahotante moins entrechoquée 

coupe les espaces disloque les plans (inverse (invente le mouvement 

autre mouvement (contrordre 

et dans le sens inverse de la fuite du courant détache soudain décroche les amarres et dérive mollement (comme une barque vacille à la surface chavire (puis (d’un bloc remontant vers la source commune 

une vague minime (ride sur l’ombre mauve des frondaisons penchées

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LUMIÈRES CROISANT LÉGÈRES au cœur des gravillons éteints 

échelonnent d’un brisant le glacis irisé (veiné-bleuté des lierres (procès-pendant de langues en suspens  

déjà soupèsent probables les bourgeonnements enclins (grésil aux cils des branches 

procèdent d’imperceptible (roulant glissant couvrant de retenues le flamboiement des brousses (irrévocable marée du sec 

un signe à peine  : s’inclinent (délustrées émargeant au chevet du bassin (avant de disparaître 

comme si (d’être ainsi dites (pudiques et ombrageuses les hivernales lumières inclinaient vers le tu

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ROUGE ÉCRAN (stores tirés des paupières (la lumière s’y entrave aux arrêts elle flamboie (déjà consume l’obstacle 

ici commence (et cesse (clair ni sombre vide ni plein inerte et vibratile à la fois (entre-deux sans espace (pure couleur (originaire état de la couleur : le rouge état primaire du rien 

rouge-abîme (nulle forme encore trace pâlie empreinte (usés témoins d’un temps où la matière fondait dans les creusets du vide 

rouge-néant de l’instant (où le temps enrayé au présent s’éternise (rutilante expansion (pour n’importe quelle durée n’importe quelle direction 

l’œil (au sein d’une nuit rouge intérieurement tâtonne à la hâte il fourbit quelque mental objet (ancre au cœur de l’informe pour filer la distance 

déjà le rouge fait fond (de rouges barres se hérisse (flexibles infiniment extensibles (flottant (grille variable qui enclot et qui ouvre des passages 

et (comme si l’assurance d’une vision possible rendait l’œil moins actif (vigilant (plus distrait (c’est l’oreille à présent qui se met aux aguets 

un vacarme là-bas (tel un fauve encagé de long en large traçant sillons allées venues (frôlant la grille (pressant pour traverser se répandre se mêler 

en vain car de toutes parts un son venu du ciel (fractionné (mille acérées facettes s’unifiant gravement dans ses retombées lentes 

un chant (recomposé d’une multitude d’échos (reflet à l’infini d’infinis battements d’ailes (fait résonner l’ouvert (donne un centre à l’immensurable.

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ÉVEIL AUX BRUITS

(halètements en cascade (points morts raclés tremblés de segments (solidaires j’imagine ombre encore molle au coude émergeant doucement du bout des doigts filée (une chute (rebondissant (à faire onduler l’air immobiles les pervenches dégoulinent du papier d’un mur à l’autre voici que les obliques s’accordent

(pas secs (sur le bitume frisson (accéléré roulis (une fugue désoriente (des angles pleins accrochent sous la fenêtre une toux (enfantine des bribes (de mélodie sifflée langueur qui s’abandonne à elle-même ou au temps s’échouant (les vitres à l’unisson nasillent

(des voix (couvertes par le brouillard des sons pas un souffle une chaleur confinée plombe la chambre comme une boîte retournée le ruban en dedans (un choc creux les traverse (saccadé et rompu change de sens (puis s’arrête (fin de phrase en suspens (une crémaillère renifle (peu à peu s’aiguisant

(talons (rapides (crépitent (les voix : d’hommes (graves et proches (arraché subit rauque (un roulage mécanique s’intensifie (violent la tension paralyse (comme un remous d’eau grasse ourlant les berges marée derrière le mur un flot caverneux canalise une lumière dorée moiteur des faïences bleues (je ne vois pas je devine

la vapeur éméchée lèche la porte qui somnole (les premiers coups sonnés au campanile (je compte (affaibli le son vient de trop loin (au plus près encore râles de la matière des cris (détonations (s’interpellent superposent puis (profond (un soupir (la tension se relâche

(une pause (non pas silence (rumeur égalisant (symphonique désormais va son train

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