Le Grand hasard légendaire (1/2)

par Julien Boutonnier

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J’entends souvent dire que la mort est un textile sommaire. Or je ne peux me résoudre à ne pas remarquer que le monde est presqu’une scène. Quant à ce bruit de pas dans les yeux, oui, bien, mais de quelle approche tragique recueillons-nous là l’indice ? Et cette approche, ne pourrait-elle pas au demeurant constituer une ligne de fuite ? 

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Je ne sais pas si dans la voix les choses se désertent. Le monde consent-il à se laisser durablement emporter par nos usages de la langue ? Et si nous convenions que seul un seuil hasardeux y trouve matière à vagabonder ? Et si nous entendions l’union fortuite de l’os et du rêve ? Et pourquoi pas ?

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C’était au bord du fleuve. Frère Ours et moi regardions les gestes de l’eau avec toute l’innocence dont nous étions capables. Mais voilà que les dates ont giclé sous les saules, ruisselantes d’avenir et de chaos – péripéties en tout genre, âneries technologiques, tendresse et mort… Depuis les aboiements du fleuve scandent le noir, jour après jour, scandent le noir, heureux hélas. Sans cesse une étendue jambes ouvertes fait le pays, hélas heureux. Hélas heureux de pays.

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Hier encore, Frère Pluvier, mon dentiste, affirmait ceci qu’il y aurait une lumière assise dans ma bouche. Auparavant, des propos qu’on avance sans doute un peu à la légère dans quelque colloque incertain m’avaient porté à croire comprendre qu’une clairière siège à l’arrière de la voix. Mais qu’importe à vrai dire, pourvu que reste la désorientation propre à la saveur.

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Je me souviens le rendu des robes, quand enfant j’observais les dames s’asseoir après les jeux. Les tissus sous les chaises semblaient bouger pour exprimer quelque message de vérité : comme un ricochet de la contingence, ou bien les oiseaux peut-être, les oiseaux de hasard, et Mélanie Daniels. 

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Ace Ventura, pet detective, me reproche d’affirmer que la transparence d’une date est intenable. C’est pourtant un énoncé de la plus stricte vérité. Trouverions-nous que dans les mains ces écorces de bouleaux font une mémoire ? Non, bien sûr que non, hé bien, ces brèches fragiles, ne dirait-on pas des bouches ?

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Je suis tombé amoureux d’un visage, avec vue sur l’arrière-pays. Par-delà cette claire-voie des entrailles, je contemple à plus soif les arbres au loin dans ce que l’eau ne finit pas de remuer.

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J’écoute de temps à autre couler le petit filet d’eau dans l’état de mort généralisé. Ce qui m’émeut, avec ce qui ruisselle ainsi, c’est que dans l’instant le sang change de nom. Désormais, comment pourrait-il se nommer autrement que le Grand hasard légendaire ?

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Sigmund Freud n’a jamais dit que l’oubli est un ressac qu’on épingle au hasard des choses. C’est une remarque à laquelle personne ne songe. Mais les chocs sourds d’une chevelure longue, qu’en ferait-il ? Je regarde une dame assise dans la salle d’attente : un visage possède le vide qui court.

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S’il est certain que seul un meurtre réalise un gain nécessaire à la vérité, il n’est sans doute pas pour autant bienvenue de se détourner de la façon qu’ont les cendres de répondre d’une histoire. Debout dans la succession, ne sont-elles pas un parfait motif d’émerveillement ?

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4 commentaires sur “Le Grand hasard légendaire (1/2)

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