La linea del cielo (1/2)

Par Franco Buffoni. Traduit de l’italien par Guillaume Condello

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Emily

Rentré à Columbia hier soir, depuis Amherst,
Le chauffeur de taxi qui ce matin m’a récupéré
Au séminaire de Théologie,
Un jeune Noir, beau, un peu nerveux,
M’a appelé révérend à cause de mon habit noir
Et sur le pont en direction de l’aéroport JFK
M’a demandé, je te prie, est-ce que tu crois vraiment
In the divine nature of Jesus.
Je réponds L’homme et sa parole me suffisent
Ah you too, you don’t !
Et puis le mal de gorge m’a empêché de répondre
Mais, par souci de bonne éducation poétique
Avant de faire semblant de dormir
Je m’en suis sorti avec quelques-uns de tes bibliques
(Et, à leur manière, définitifs)
Subjonctifs hypothétiques.

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Les vapeurs lentes

Les vapeurs lentes qui sur l’autre rive
Stagnent encore
Dessinent le profil de l’Amérique
Latine, avec la Mar de Plata
Au creux d’un petit golfe du Ticino.
Mais ce n’est pas un paysage,
Ce n’est qu’une carte vue du ciel
Et le fleuve, un point de repère
Pour qui, du ciel, du milieu du ciel, rejoint la piste 3 de Malpensa.
Une pluie brillante glisse sur l’aile
Grise et argentée, portant des inscriptions noires.
Le soir descend comme l’avion
Sur les bruyères. Depuis le hublot
Je vois le Campanile de Crenna empoigné par la brume.

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Vivo Larkin

Au collègue, un homme occupé
A un de ces métiers
D’entrepreneuriat individuel
Comme chauffeur de taxi
Ou faiseur de vers :
Qu’on en fasse bon usage ou non la vie s’enfuit
Je ne veux plus dire cela
Ni le traduire.
C’est nous qui nous enfuyons.
Et puis : en faire bon usage ?
Wie ? Wo ?
Dans un établissement balnéaire, au printemps,
Parmi les brins d’herbe qui émergent
Entre de petits tas de sable ancien
Avec un taxi solitaire, devant,
Au milieu de l’immense parking ?

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Passager clandestin

Je n’y ai jamais cru, à ce nouveau siècle,
Il me faisait l’effet d’un étranger inopportun :
J’avais abattu mes cartes dans les vraies décennies
Les années quatre-vingt-dix, quatre-vingt,
Soixante-dix et soixante,
Si nettes et si semblables à moi.
Maintenant que j’approche de la fin
De la deuxième décennie, même,
D’un siècle qui n’est plus si neuf –
Effronté, faisant de l’œil
A la géométrie de mes erreurs –
Je ne sais comment quitter le navire, quoi lui dire
Au terme du voyage
En cet anniversaire de la bataille de Caporetto.
Et que pourraient ajouter au paquetage des soldats
La bataille de Vittorio Veneto et le 24 di Maggio ?

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extraits de La linea del cielo (Garzanti libri, 2018).

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