« Car cœur sur la bouche »

par Jean Lambert-wild.

Au ciel l’arbre ment
Cachant ses racines
À la hauteur de son défi
C’est le boniment pudique
De celui qui sait
Que le vent
Tôt ou tard
Le renversera
Le déracinera
L’agenouillera
De celui qui sait
L’inconstance du vivre
À monnaie de grandeur
De celui qui sait
L’élégance du mentir
À convulsion de ses feuilles
De celui qui sait
L’absence du jouir
À l’éclatement de ses bourgeons
De celui qui sait
Qu’il n’y a pas d’autre choix
Sur cette terre
Que de braver le soleil
Que de séduire la lune
Que de violer les étoiles
De celui qui sait
Qu’il faut toujours chanter
Les tempérances sèveuses
Les transes méduleuses
Des magies oubliées
Des goéties rêches
Aux sortilèges abandonnés
Aux confessions sèches
Qui font empire et miel
Du suc désespéré
De cet enfant de vipère
De cette progéniture de vers
De ce bâtard de boue
Ruisselant de peur
Dégoulinant de terreur
Qui sait que la terre
N’accueille plus ses rêves
Qui sait que la terre
N’éventre plus ses cauchemars
Qu’il n’y a plus
Autour de lui
Que lui-même
Face muette d’un râle
À bégayer
À bégayer
L’impossible honneur
D’être porté par un verbe
À bégayer
À bégayer
Secret de sève
Car cœur sur la bouche
Dressé en salive
De se tenir nu
Aux ligatures des silences
Aux accouchements des cris
Vérité
Dont l’œil de géant
Juge les aveux
À la croissance de sa cécité
Aux aveuglements
D’aimer
En ramure d’aimer encore.

*

Très bas
Au bas côté de soi
Au pas
Marchant au pas
Au pas
D’un déambulant insensé
Un pas
Fixé de jambe morte
Répété par un pas
Qui devient lieu
D’un pas abandonné
Qui va là
Plutôt que là
Où là
Plutôt que soi
Qui se lève
Qui s’assoit
Qui se couche
Qui se replie
Un pas
D’attente
Un pas
En geôle
D’un autre pas
Allant vers l’hume d’un éclair
Aperçu
Très loin
Derrière une colline
Une de ces petites buttes
Grêlées d’arbres maigres et de pierres peureuses
Que l’on gravit par hasard
À l’invitation d’une branche
Dont les doigts défeuillés
Discrètement
Promettent un chemin doux
Une sente fraîche
Derrière le triste mur des broussailles
Qui font filet des cauchemars
Des hommes et des femmes
Et des bêtes attachées aux hommes et aux femmes
Terreurs d’ensommeillés
Que des araignées aspirent chaque nuit
Et rapportent en solitude
Dans un va et vient continu
Se glissant dans les maisons
Dans les chambres
Sous les lits
Sous les langues
Procession d’affreuses tisseuses
Qui déposent en châle
Les lambeaux de nos défaites
Aux épines des plantes disgrâcieuses
Qu’un jour
Pourtant
Qu’un jour
Il faudra traverser
Pour retrouver
À flanc de nous
Les joies dormantes
Qui creusent en secret
Les veines des chemins
Où roulent les caillots des gloires fugaces
Faites de boue
D’os et de doutes
Car cœur sur la bouche
De peindre sur son visage
Les dévastations de nos colères
En rides de guerre fleurie
En tranchées de couleurs
D’aimer
En plissure d’aimer encore.

*

Il n’y a rien
Jamais
Jamais rien
Que ce rêve de gravir
Les montagnes intérieures
Aux cimes interdites
D’être surpris
Aux médiocres accolades
Lâches putains
D’adorer la défaite
De foutre le camp
De cette immense trou
Où l’homme se glisse sous son cadavre
Par tremblements d’élytres mortes
En seconde moqueuses
De faire cœur de tout.
Il n’y a rien
Jamais
Jamais rien
À perte des tendresses viriles
Mais je veux tout
Je veux
Je veux gesticuler mes bras
Les enfoncer dans ton ventre
Je veux
Je veux me dessouler de ta peau
Dérailler de toutes mes eaux
Pleurer
Suer
Cracher
Ejaculer
M’atteler à ton dos
Faire empire de ta langue
Boxer tes lèvres
Déboiser tes seins
Fourailler ta tabatière
Dormir ivre
En clamant
Que la nuit prend sa source dans ton cul
Chapelle pétrie de mes mains
Cathédrale sauvage de mon ascension
À courir devant l’inconnue
À sucer les battements de ton cœur
À faire veines de tes mots
Jamais
Jamais rien
Mais toujours
Toujours
Crier à ton sang
La soif de mon sang
Venin de mon sang
Au dégout de mon sang
Remord de boudin
Devenu tout à coup un homme
Incapable couteau aiguisé de bonne volonté
Qui tranchera d’un coup
Le nerf qui le tient debout
Jamais
Jamais rien
Mais toujours
Toujours
L’usine de mes joies
De dépenser l’obole de mes nerfs
De construire un palais
Cachés dans une pierre
La mousse d’une pierre
Caché dans un arbre
L’oiseau d’un arbre
Caché dans un mot
Encore un mot
Au sacrifice quotidien de dire
Les milles enclos de ta peau
Toujours
Toujours
En solitude
Car cœur sur la bouche
D’une entaille
Comme d’un lys
Déposé sur la tombe d’un idiot
Qui parlait plusieurs langues
Mais qui jamais ne su dire
Le vaincre monde
D’aimer
En morsures d’aimer encore.

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