Quatre poèmes

par Kaveh Akbar. Traduit de l’anglais par Marine Cornuet

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Certains garçons ne naissent pas ils bouillonnent


certains garçons ne naissent pas ils bouillonnent
_____depuis la croûte terrestre_____atterrissent sans encombres autour
de tables de cuisine billes de fruits verts déjà

_____dans leurs bouches_____s’ils se prennent à pleurer
ils cessent de pleurer ces garçons gémissent
_____plus que les autres_____ils font au gré

du désir_____lorsqu’ils dansent leur corps plonge
_____dans l’espace et récupère_____la musique reste
dans leur sternum ils chantent des chansons à propos

__________de tempêtes puis sèchent leurs chaussures sur des vérandas
_____ces garçons sont froids leur flamme pilote ne s’enflamme pas
ils achètent la meilleure chaleur que l’on puisse acheter_____des flammes bleues

une fumée de marécage_____ils désespèrent
_____de lécher et d’être léchés_____parfois l’un d’entre eux mange
toute la nourriture d’une maisonnée ou brise chaque os

_____de sa mâchoire_____parfois l’un d’entre eux disparaît en lui-même
tel un bélier chargeant un miroir_____alors
_____ils le ressentent tous_____après les autres rêvent

de pluie leurs pupilles bouillent ils allument des bougies noires
_____et font la seule prière qu’ils connaissent_____ô seigneur
épargne ce corps_____embrase-en un autre

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Le Nouveau monde

Faut-il que je parle de la peur ?
Tant de choses ont déjà été dites
au sujet d’araignées cachées, d’aiguilles de compas
logées dans le moelleux d’un œil.

L’âme est une antilope
assoiffée lapant nerveusement
l’eau d’une piscine
dans le jardin d’un chasseur.

Ou c’est ce qu’on m’a dit. Parfois
lorsque j’écoute de la vieille musique perse
je deviens si triste que je peux sentir l’eau de rose.
C’est vraiment ce qu’il se passe.

Si la question est le chez-soi,
les réponses sincères doivent toutes être d’élégantes
contrefaçons. Doivent être saupoudrées
de sumac. Des sècheresses se produisent

sans arrêt sous le saint regard de Dieu.
Sa réponse ? Il baille
sur son trône, immortel,
s’évente à l’aide une oreille d’éléphant.

Le lion était si épuisé et engourdi
que quelqu’un aurait pu croire
qu’il pouvait
l’embrasser.

Le calcul de désespérance rend
tout miniature. Je suis tombé amoureux
avec le volume d’un lobe d’oreille
tournant autour de l’axe d’une colonne vertébrale.

Mon chéri,
comment as-tu
fini
ainsi ?

Mettons de côté l’accident. Mettons de côté
les petites douleurs. Mettons de côté les aptitudes
du corps pour le dessèchement, pour le deuil
indicible. Il n’y a plus de nouveaux mondes à rêver.

Il n’y a pas de nouveau monde.

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Portrait de l’alcoolique et son manque

J’ai perdu la pièce indépensable que je portais autour
_____du cou et qui me protégeait de toi, l’ayant laissée
chaude comme un corps dans les draps d’un minuscule lit du Vermont. Si tu
_____pouvais être quoi que ce soit au monde

_____tu le serais. Il y a tout juste une semaine on a trouvé l’œil de verre
d’un saint enterré dans une montagne. Je ne me souviens plus
_____de quel saint ou de quelle montagne, seulement
qu’ils ont dit que l’œil était chaud

dans leurs paumes. Aimes-tu
_____ta nouvelle maison, cachée
entre les plis du cerveau ? T’étreindre
_____a toujours semblé aussi improbable

_____qu’attraper du vent dans une enveloppe. A présent
tu es le plus bruyant au coucher, fredonnant comme un enfant
_____mis au coin. Cela ne m’embête pas
trop ; je n’ai jamais eu le sommeil lourd, et souvent

la mélodie est presque charmante. Et puis, si je te demande de partir
_____tu ne le feras pas. Mes mains t’aiment plus
que moi, ne voulant que te nourrir et te nourrir.
_____Ce soir je les contiens

_____mais tu as judicieusement prévu la famine.
J’essaye d’apprendre de tout cela.
_____C’est toi qui m’as enseigné que si un homme
se tient silencieux pendant assez longtemps

au bout d’un moment seul le silence demeure. Ceci dit,
_____mon envie de te plaire est absolue.
Te souviens-tu des nuits fraiches que nous avons passées
_____à vriller sur ma pelouse ?

_____Je ne portais que des shorts de basket
et une paire de sandales abimées.
_____J’ai noué mes cheveux en arrière et
ai sorti un marteau, de la corde,

un couteau. Ce que je construisais, c’était une église.
_____Tu étais le prédicateur et moi l’assemblée des fidèles,
et moi la scène et moi la croix et moi le chœur.
_____J’ai bu tout le vin et nous avons chanté jusqu’au matin.

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Palmyre

en mémoire de Khaled al-Asaad

perched’os perched’os depuis que tu es mort
il y en a qui moururent partout
la vois-tu morcelée où tu es
entre une couronne et une langue_____la question toujours
plus de dieu ou moins_____je suis tout emmêlé
dans la fumée que tu as laissée_____les herbes marécageuses
les corbeaux de papier_____l’horreur se penche et amène
sa propre lumière_____cette vie si souvent insuffisamment
éclairée_____ta peau se décolle_____tes os adoucissent
ton riche indevenir_____une sorte d’excuse

lorsque tu étais en vie tes pommettes
jetaient des ombres sur ta mâchoire_____je l’ai vu en photo
je veux plonger dans ton obscurité_____sentir
l’eau de rose_____le sable_____irremplaçable
bijou quelle portion de la carte as-tu laissé
inachevée_____il y avait tant d’araignées
ta bouche un réseau de grottes
sans lune se remplissant de poussière
la poussière s’épaississant en goudron
ta bouche s’est ouverte et le goudron jaillit

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