L’amour du monde

[sentier critique] par Pierre Vinclair

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À propos de Gary Snyder, Collected Poems (Jack Shoemaker & Anthony Hunt eds.), New York, Library of America, 2022.

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Le copieux volume des Collected Poems (1080 pages) que vient de publier la Library of America (collection moins luxueuse, plus patrimoniale que la Pléiade) regroupe l’essentiel de la poésie de Gary Snyder depuis Riprap (1959) jusqu’à This Present Moment (2015). Il contient des livres célèbres comme la traduction des poèmes de Han Shan ou Cold Mountain (1965), mythifiée par Kerouac dans ses Clochards célestes [Dharma Bums, 1958], mais aussi Turtle Island (1974, prix Pulitzer 1975) ou Mountains and Rivers Without End (1996), un long poème fait de séquences partiellement autonomes et composé sur une période de quarante ans — dont Japhy Ryder, le double de Snyder dans le roman de Kerouac, disait :

Je vais composer un nouveau poème, très long, intitulé Fleuves et Montagnes sans fin. Je l’écrirai sur un rouleau qui réservera sans cesse des surprises à celui qui le déploiera, de sorte qu’il oubliera au fur et à mesure ce qu’il a lu un peu plus tôt… Je mettrai trois mille ans à l’écrire et il sera plein de détails utiles sur la conservation des sols, l’administration de la vallée du Tennessee, l’astronomie, la géologie, les voyages du Hsuan Tsung, la théorie de la peinture chinoise, le reboisement, l’écologie océanique et les chaînes alimentaires. (trad. Marc Saporta)

Sans doute le poète Gary Snyder ne peut-il pas être tenu responsable des propos du personnage Japhy Ryder dans le roman d’un autre ; reste qu’une telle déclaration est intéressante pour se plonger non seulement dans Mountains and Rivers Without End, mais plus générale-ment dans le volume des Collected Poems. On y trouve en effet articulées quelques dimensions essentielles de la poétique de Snyder : le poème long ; l’influence asiatique ; l’intégration du savoir (scientifique, historique, esthétique) comme matière première du poème ; l’utilité (pratique, politique) comme l’un de ses effets recherchés ; l’horizon écologique enfin.

Compositions

On le pressent, une telle poétique, au moment où elle se formule et dans sa manière de s’inspirer des cultures asiatiques, doit beaucoup à l’œuvre de Pound. Dans la postface [Afterword] à son premier livre, Gary Snyder explicite ce qui le rapproche et ce qui le sépare de l’auteur des Cantos :

J’ai grandi avec la froideur de la poésie du vingtième siècle, ses arêtes sévères et son élitisme à toute épreuve. Ezra Pound m’a introduit à la poésie chinoise, et j’ai commencé à étudier le chinois classique. Lorsqu’il s’est agi d’écrire à partir de ma propre expérience, le modernisme en sa plus grande part ne collait pas, sauf dans son effort vers le chinois et le japonais. (p. 39, ma traduction)

Autrement dit, si l’œuvre d’Ezra Pound a permis à Gary Snyder de s’orienter vers les poésies asiatiques, c’est comme un tremplin, à délaisser une fois la direction donnée (et avec lui, le modernisme « froid » et « élitiste » des Américains), pour trouver de nouvelles ressources dans le style des poésies chinoise et japonaise :

Il ne fait aucun doute que ma lecture des poèmes chinois, avec leur concaténation de monosyllabes, leur netteté — et le cliquetis des sabots de mulets — a nourri [mon] style. (ibid.)

On pourrait ajouter, parmi les caractéristiques empruntées à la poésie chinoise et qui structureront durablement l’art de Snyder, l’élision du sujet grammatical (et par conséquence le goût de la forme en -ing), les descriptions, le recours aux parallèles, le retour des rimes (sonores, ou graphiques — par exemple « while » avec « white ») — comme dans cette strophe du deuxième poème de Turtle Island :

Following forest west, and
rolling, following grassland,
tracking bears and mushrooms,
eating berries all the way.
In Finland finally took a bath:
________________ like redwood sweatlodge on the Klamath—
all the Finns in moccasins and
pointy hats with dots of white,
netting, trapping, bathing,
singing holding hands, the while.
(p. 288)

Suivre la forêt vers l’ouest, et
onduler, suivre les prés,
traquer les ours, les champignons,
manger des baies tout du long.
Ai pris finalement un bain, en Finlande :
________________ comme une hutte de séquoia sur le Klamath—
les Finlandais en mocassins et
chapeaux pointus à pois blancs,
pêchant, piégeant, se baignant,
chantant main dans la main, un moment.
________________________________ (ma traduction)

On le voit bien, la langue de Snyder est caractérisée par une transparence, une manière de renvoyer aux objets, qui l’éloigne considérablement du modernisme en général et de la poésie d’Ezra Pound en particulier. Dans la même postface à sa traduction de Han Shan, il écrit :

Du Fu a dit, « Les idées d’un poète doivent être nobles et simples ». Le Zen dit « Les gens ignorants adorent la nouveauté tapageuse. Les gens bien faits [cooked people] se plaisent à l’ordinaire ». Il y a des poètes qui proclament que leurs poèmes sont faits pour montrer le monde par le prisme du langage. Ce projet est honorable. Mais il existe aussi un autre travail, celui qui consiste à voir le monde sans aucun prisme de langage, puis de faire venir cette vision dans le langage. Cette dernière a été la perspective de la plus grande partie des poésies chinoise et japonaise. (p. 40, ma traduction)

À suivre Snyder, on pourrait ainsi opposer la poétique moderniste, adossée à une linguistique (l’opération poétique consistant à montrer le monde, mais à travers le prisme du langage) et la poétique asiatique, adossée à une spiritualité (l’opération poétique succédant à une intuition, une vision ou une vision intérieure et même, une illumination), dans laquelle la question linguistique ne se pose pas à un niveau théorique. Dans un entretien plus récent avec The Paris Review, il développe :

[Le bouddhisme zen] m’a appris quelque chose sur la nature de la pensée qui m’a amené à la conclusion — malgré certains linguistes et les théoriciens littéraires d’acabit français — que le langage n’est pas le lieu où nous commençons à penser. Nous pensons avant le langage, et les images-pensées n’entrent dans le langage qu’après un certain moment. Nous avons des processus de pensée fondamentaux qui sont prélinguistiques. Une partie de ma poésie consiste à remonter à ces processus.[1]

Pour Snyder, du reste, la poésie « est un art oral. Les gens devraient écouter les mots non dits [the unsaid words] qui résonnent autour des bords du poème. » Une telle manière de voir est particulièrement adaptée à la poésie chinoise classique[2], puisque les vers (une succession de 4, 5 ou 7 idéogrammes dont les liens syntaxiques ne sont pas spécifiés au même point que dans notre poésie) semblent s’y donner sous la forme d’un sens « en pièces détachées », qu’il revient au lecteur de reconstituer pour accéder à la vision. Le sens du poème, autrement dit, n’est pas dans le poème.

Cette influence de la poésie asiatique ne relève pas d’une imitation bornée ; elle est aussi une sorte d’hommage amusé, et parfois parodique, à une poésie qui se prend peut-être moins au sérieux que la poésie moderne occidentale, comme dans le poème suivant qui rejoue à la fois la parataxe border-line des poèmes chinois et la grenouille du haïku de Bashô :

Old Pond

Blue mountain white snow gleam
Though pine bulk and slender needle-sprays;
________      little hemlock half in shade,
________      ragged rocky skyline,

________     single clear flat nuthatch call:
________     down from the treetrunks

________     up through time.

At Five Lakes Basin’s
Biggest little lake
________      after all day scrambling on the peaks,
________      a naked bug
________     with a white body and brown hair

________     dives into the water,

Splash! (p. 422)

Voici une tentative de traduction :

Vieil étang

Montagne bleue neige lueur blanche
Malgré pins en vrac et spray d’aiguilles fines ;
________ petite pruche à moitié dans l’ombre,
________ horizon rocheux déchiqueté,

________ un seul cri clair de sittelle plate :
________ du haut des troncs d’arbres

à travers le temps.

À Five Lakes Basin
Le plus grand des petits lacs
________ après une journée à grimper les sommets,
________ un insecte nu
________ au corps blanc et cheveux bruns

________ plonge dans l’eau,

Splash !

Le poème et l’action

La composition du poème, disait plus haut Snyder, n’est pas une fin en soi. Elle s’inscrit dans un horizon d’action politique, et plus particulièrement pour lui, écologique : « Toute l’histoire de la poésie chinoise est pleine de grands poètes qui ont joué un rôle dans leur société, répond-il à une question de The Paris Review. Et en effet, c’est aussi mon cas. »[3] Mais comment un poème peut-il agir ? Quel type d’effet peut-on raisonnablement attendre d’une composition de quelques lignes de mots, dont les agencements syntaxiques qui plus est, sont si hasardeux ?

Là encore, Snyder a dû chercher à sortir de la tradition occidentale et trouver des modèles hors du canon moderniste. La poésie asiatique n’est ici pas sa seule source d’inspiration : parallèlement aux recherches ethnopoétiques de Jerome Rothenberg (l’auteur de la somme que représente Les Techniciens du sacré[4]) il a trouvé dans les poésies des « premières nations », c’est-à-dire des Indiens d’Amérique, un second modèle. Le titre même de Turtle Island, le grand recueil de Snyder, renvoie à la manière dont plusieurs groupes Amérindiens nomment leur continent. On trouve par exemple dans ce livre ce poème, écrit d’après un chant iroquois :

Prayer For The Great Family

Gratitude to Mother Earth, sailing through night and day—
________ and to her soil: rich, rare and sweet
_________
_______ in our minds so be it.

Gratitude to Plants, the sun-facing, light-changing leaf
________ and fine root-hairs; standing still through wind
________ and rain; their dance is in the flowering spiral grain
_________
_______ in our minds so be it.

Gratitude to Air, bearing the soaring Swift and silent
________ Owl at dawn. Breath of our song
________ clear spirit breeze
_________
_______ in our minds so be it.

Gratitude to Wild Beings, our brothers, teaching secrets,
________ freedoms, and ways; who share with us their milk;
________ self-complete, brave and aware
_________
_______ in our minds so be it.

Gratitude to Water: clouds, lakes, rivers, glaciers;
________ holding or releasing; streaming through all
________ our bodies salty seas
_________
_______ in our minds so be it.

Gratitude to the Sun: blinding pulsing light through
________ trunks of trees, through mists, warming caves where
________ bears and snakes sleep— he who wakes us—
________
________in our minds so be it.

Gratitude to the Great Sky
________ who holds billions of stars— and goes yet beyond that—
________ beyond all powers, and thoughts
________ and yet is within us—
________ Grandfather Space.
________ The Mind is his Wife.

________________ so be it.

________________________ after a Mohawk prayer (p. 303)

Voici une tentative de traduction :

________ Prière pour la grande famille

Gratitude à la Terre Mère, naviguant nuit et jour —
________ et ses sols : riches, rares et doux
________________ dans notre conscience qu’il en soit ainsi.

Gratitude aux Plantes, feuille au soleil changeant de lumière
________ et beaux poils racinaires ; immobile dans le vent
________ et la pluie ; leur danse est une graine en spirale qui fleurit
________________ dans notre conscience qu’il en soit ainsi.

Gratitude à l’Air, portant le Martinet qui s’élève et la Chouette
________ silencieuse à l’aube. Souffle de notre chanson
________ brise claire de l’esprit
________________ dans notre conscience qu’il en soit ainsi.

Gratitude aux Êtres sauvages, frères enseignant leurs secrets,
________ libertés, manières ; qui partagent avec nous leur lait ;
________ autonomes, courageux et ouverts au monde
________________ dans notre conscience qu’il en soit ainsi.

Gratitude à l’Eau : nuages, lacs, rivières, glaciers ;
________ retenant ou libérant ; coulant à travers tout
________ nos corps les mers salées
________________ dans notre conscience qu’il en soit ainsi.

Gratitude au Soleil : lumière pulsée aveuglante à travers
________ les troncs d’arbres et les brumes, les grottes chaudes où
________ ours et serpents dorment — lui nous réveille —
________________ dans notre conscience qu’il en soit ainsi.

Gratitude au Grand Ciel
________ détenant des milliards d’étoiles — et va encore au-delà —
________ au-delà de tous pouvoirs et pensées
________ et pourtant est en nous —
________ Grand-Père l’Espace.
________ La Conscience est sa Femme.

________________ ainsi soit-il.

________________________ d’après une prière mohawk

On voit dans le même temps, me semble-t-il, la nature de l’opération en jeu, ses vertus et ses risques : il s’agit moins pour Snyder de faire une prière iroquoise (ce qui n’aurait sans doute guère de sens) que de chercher dans cette tradition des ressources (et des formes) pour nommer (et sommer) ce qui pour lui compte vraiment. Il ne joue pas à l’iroquois, puisqu’au lieu de renvoyer à ce qui est sacré pour eux, il rend hommage à l’important pour lui : il en appelle au respect de la Terre et des vivants. Particulièrement intéressant et significatif me semble ici la répétition du vers « dans notre conscience qu’il en soit ainsi », qui témoigne qu’il ne s’agit pas, dans cette prière, de sommer les esprits (comme pourrait le faire un chamane amérin-dien), mais bien de parler aux êtres humains (ses lecteurs) et d’agir concrètement sur leur conscience (puisqu’ils lisent). Si bien que ce vers agit en quelque sorte comme manière de conjurer l’écueil New Age : Snyder peut compter sur la performativité de son poème (car, par la lecture, des consciences sont bien branchées sur son poème et il peut donc agir sur elles) sans croire ou faire semblant de croire à l’action d’énergies surnaturelles.

Du reste, si les références extra-occidentales (aux poétiques asiatiques, au bouddhisme, au coyote comme figure du trickster, etc.) continueront de trouver leur place dans les poèmes de Snyder, il cherchera aussi à penser l’agir propre du poème hors de ce qu’en disent ces systèmes culturels : je veux dire, sans essayer de croire ou de faire croire qu’il compose des prières ou des poèmes de cour. Dans ce cadre, me semble particulièrement significatif la proportion croissante, au fil du temps, des poèmes de ce que l’on pourrait appeler un agir domestique, comme on le voit dans le recueil Axe Handles — où son fils Kai est très présent. On retrouve ainsi par exemple, dans le poème qui donne son titre au livre, la poétique « chinoise » (comme dans l’absence de sujet au verbe « showing ») et la leçon pragmatique des amérindiens (le poème agit), mais ré-axée dans l’horizon d’une adresse plus personnelle :

Axe Handles

One afternoon the last week in April
Showing Kai how to throw a hatchet
One-half turn and it sticks in a stump.
He recalls the hatchet-head
Without a handle, in the shop
And go gets it, and wants it for his own.
A broken-off axe handle behind the door
Is long enough for a hatchet,
We cut it to length and take it
With the hatchet head
And working hatchet, to the wood block.
There I begin to shape the old handle
With the hatchet, and the phrase
First learned from Ezra Pound
Rings in my ears!
« When making an axe handle
________________                 the pattern is not far off. »
And I say this to Kai
« Look: We’ll shape the handle
By checking the handle
Of the axe we cut with— »
And he sees. And I hear it again:
It’s in Lu Ji’s Wên Fu, fourth century
A.D. « Essay on Literature »-—in the
Preface: « In making the handle
Of an axe
By cutting wood with an axe
The model is indeed near at hand. »
My teacher Shih-hsiang Chen
Translated that and taught it years ago
And I see: Pound was an axe,
Chen was an axe, I am an axe
And my son a handle, soon
To be shaping again, model
And tool, craft of culture,
How we go on.
_______________(p. 383)

Voici une tentative de traduction :

Manches de hache

Un après-midi de la dernière semaine d’avril
En train de montrer à Kai comment lancer une hachette
Un demi-tour et elle se fiche dans une souche.
Il se souvient de la tête de hachette
Sans manche, dans l’atelier
Et va la chercher, il la veut pour lui.
Un manche de hache cassé derrière la porte
Est assez long pour faire une hachette,
Nous le coupons dans la longueur et l’emmenons
Avec la tête de hachette
Et la hachette de travail, au bloc de bois.
Là, je commence à façonner l’ancien manche
Avec la hachette et la phrase
D’abord apprise d’Ezra Pound
Résonne à mes oreilles !
« Lors de la fabrication d’un manche de hache
________________ le modèle n’est pas loin. »
Et je le dis à Kai
« Regarde : nous façonnerons le manche
En le comparant au manche
De la hache avec laquelle nous avons coupé… »
Il voit bien. Oui j’entends encore :
C’est dans le Wên Fu de Lu Ji, IVe siècle
Avant J.-C. Son « Essai sur la littérature » ​​— dans la
Préface : « Quand on fabrique le manche
D’une hache
En coupant du bois avec une hache
Le modèle est vraiment à portée de main. »
Mon professeur Shih-hsiang Chen
A traduit et enseigné ça il y a des années
Et je vois : Pound était une hache,
Chen était une hache, je suis une hache
Et mon fils un manche, bientôt
Prêt à façonner à nouveau, modèle
Et outil, métier de culture,
Voilà comment on continue.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce poème où l’on retrouve, condensées, les références à la vie quotidienne de Gary Snyder (qui exerça le métier de bûcheron), mais aussi aux classiques chinois et à Ezra Pound, le tout dans une fable où l’agir du poème joue à deux niveaux : à l’intérieur du texte, c’est un poème (chinois) qui enseigne quelque chose à Snyder (via Pound et Chen) et à Kai (via son père) ; et par le texte même, qui apporte au lecteur une réflexion à méditer sur la culture, l’éducation, l’enseignement. Ce double agir ressortit à une conception somme toute raisonnable (loin de la magie en tout cas), plutôt classique de l’effort du poème, auquel Snyder, quels que fussent ses engagements écologiques, ne demandait pas de sauver la Terre. Dans l’entretien déjà cité avec The Paris Review, alors que Weinberger lui demande ce qu’il fera, maintenant que Mountains and Rivers Without End, qui lui a demandé 40 ans de travail, est achevé, Snyder répond : « Ce que je veux faire maintenant, c’est retrouver le jardin et le camion, aller avec les jeunes dans les déserts, au bord des rivières et peut-être dans des villes, et renouer avec un groupe de vieux amis. Et puis revenir à la prose et aux épineux problèmes de notre temps. »[5] Snyder semble en effet confier à la prose (on en trouve en fort petit nombre dans ce volume, regroupés sous le titre « Plain Talk », c’est-à-dire « Franc parler » ; il ne faut pas hésiter à lire en intégralité les essais du recueil Le Sens des lieux, ainsi que La Pratique sauvage) son engagement le plus manifeste, le plus politique — au sens de la bataille des idées.

Est-ce à dire que la poésie n’ait pour lui guère de rapport avec l’écologie politique ? Non ; simplement il n’en retourne ici ni d’un engagement, ni d’une dénonciation ou d’une lutte (contre des idées politiques ou un système néfaste). Il s’agit bien plutôt d’une forme d’amour : la poésie doit, répond-il à The Paris Review, « nous faire aimer le monde plutôt que de nous faire craindre la fin du monde. Fais-nous aimer le monde, c’est-à-dire le non-humain aussi bien que l’humain, et alors nous commencerons à mieux en prendre soin. »[6]

Se battre avec la prose contre les problèmes du temps, mais aimer le monde, dans et par le poème — et faire aimer ce monde. Sur Turtle Island et ailleurs.

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[1] in « The Art of Poetry » No. 74, Interviewed by Eliot Weinberger, in The Paris Review, Issue 141, Winter 1996, en ligne. Ma traduction [2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] Trad. Yves di Manno, José Corti, 2008
[5] Ibid., ma traduction
[6] Ibid.

2 commentaires sur “L’amour du monde

  1. Bonjour, bonheur, une très belle traduction de Axe handles, il y’a si peu de traductions de Gary Snyder.
    Heureux de t’avoir rencontré en juillet à Lettres sur Cour, bonheur encore ce petit duo anglais/français.
    J’ai si longtemps vécu avec la poésie de GarySnyderc’est très émouvant de voir surgir ces poèmes, tu as les mots /le rythme il semble, oui ! A bientôt, Philippe.

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