Pluie de météores, 3

par Virginie Poitrasson. Lire le premier épisode et le deuxième.

.

.

– Additionner méthodiquement les précipités. Précipités après précipités.

– Dire le tranchant des choses. Explorer sa terreur sourde.

Once more into the breach, retourner sur la brèche, dear friends, once more, et chercher l’effet rebond.

– C’est encore dans l’écart – corps – que nos fantômes s’agitent.

– Interroger spectres et émanations au bord des fontaines, dans les maisons, avec des dés. Les lancer et noter leurs retombées.

– Ouvrir et refermer, ouvrir et refermer chacune des mains, sentir le creux de la paume.

– Passer de l’une à l’autre pour exécuter une danse conjuration.

– Éprouver jusqu’au bord les choses. Procéder par sauts, par transitions, lorgner le précipice.

– Amas noir.

– Circonstancier sa peur, de gauche à droite. Placer une pierre dessus et patienter.

– Les lignes de perspective révèlent la matière invisible. Tout est réversible.

– Le chien sort (enfin) les crocs. Ma peur est à terre, rampante, le sol se tend. Que m’attend-il au tournant ?

– La catastrophe agit par elle-même, active le décompte, corps figés dans l’attente : un, dix, sept, quatorze, cinquante-neuf, vingt-trois, zéro.

– Être dedans. Nous n’y sommes plus, dans la catastrophe et nous sommes pourtant à jamais dedans.

– La peur est outrancière.

– Notre cri répercute la lumière des choses. Nous voilà phénomènes à notre tour.

– Cortège de clameurs. Peur de la crainte, appréhension de la trouille, redoute de l’effroi. Le point final étant au final le point le plus effrayant.

– Déplacer syllabe par syllabe notre voix loin de la sidération. Solaire ou lunaire.

– Méandres du corps.

– Nous sommes des êtres obliques, emplis de trous de terreur.

– Chacun porte sa réserve de désarrois. Face aux cadavres.

– Trouver refuge dans les océans aux cavernes carnivores, dans les montagnes aux blocs d’éboulis.

– Sortir de sa tanière : ouvrir les sons, abattre la lumière, façonner le sol et embrasser ses noirs événements.

– Creuser et enlever l’envers et retomber encore : être à jamais les récipients de la peur.

– Faire de l’effondrement notre matière première. Issue de toutes les issues.

– Retour de la danse conjuration : cabrioles battues, saut frappé, fouetté glissé, entrechats envolés, petits bats, battements, bats fermés, jeté ouvert, arabesques demi-pliées et tout en incliné.

– Géométrie du rythme. Successions du mouvement comblant l’horizon.

– Incorporer le cri. Faire basculer les événements.

– Tomber à l’envers ou à l’endroit.

– Nous portons notre propre attraction. Empreinte négative.

– Et le tournoiement. Peur de la crainte, appréhension de la peur.

– Terreur de mon carré. Effroi de ton diamètre. J’ai peur, à chaque seconde où je respire, à chaque moment que je vis. À-pic.

– Nous, séquence statique. À perpétuité. Point tournoyant épouvante. Saisie.

.

.

extrait inédit de Tantôt, tantôt, tantôt.

[Illustration : « Plage au clair de lune », tableau de Léon Spilliaert]

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s