Saints sonnets (3/4)

par John Donne. Traduit de l’anglais (GB) par Pierre Vinclair. Lire tous les épisodes.

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X

Spit in my face you Jewes, and pierce my side,
Buffet, and scoffe, scourge, and crucifie mee,
For I have sinn’d, and sinn’d, and onely hee,
Who could do no iniquitie, hath dyed:
But by my death can not be satisfied
My sinnes, which passe the Jewes impiety:
They kill’d once an inglorious man, but I
Crucifie him daily, being now glorified.
Oh let mee then, his strange love still admire:
Kings pardon, but he bore our punishment.
And Jacob came cloth’d in vile harsh attire
But to supplant, and with gainfull intent:
God cloth’d himselfe in vile mans flesh, that so
Hee might be weake enough to suffer woe.

Crachez-moi au visage et percez-moi le flanc,
Juifs ! Battez, moquez, fouettez, crucifiez-moi,
Car j’ai péché, encor péché, et seul celui
Qui ne pouvait commettre iniquité est mort :
Pourtant par ma mort ne peuvent être effacés
Mes péchés, surpassant l’impiété des Juifs :
Ils ont tué un sans-gloire une fois ; mais je
Le crucifie au quotidien et dans sa gloire.
Voilà pourquoi j’admire son étrange amour :
Les rois gracient, mais lui prend notre punition.
Si Jacob vint vêtu d’un habit vil, grossier,
C’était pour supplanter, dans l’espoir d’un profit :
Dieu s’est vêtu de vile chair humaine, afin
D’être assez faible pour endurer le malheur.

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XI

Why are we by all creatures waited on?
Why doe the prodigal elements supply
Life and food to mee, being more pure than I,
Simpler and further from corruption?
Why brook’st thou, ignorant horse, subjection?
Why dost thou, bull and boar, so sillily
Dissemble weaknesse, and by one man’s stroke die,
Whose whole kinde, you might swallow and feed upon?
Weaker I am, woe is mee, and worse than you;
You have not sinn’d, nor need be timorous.
But wonder at a greater wonder, for to us
Created nature doth these things subdue;
But their Creator, whom sin, nor nature tyed,
For us, his creatures, and his foes, hath died.

Pourquoi sommes-nous par tous les êtres servis ?
Pourquoi les éléments prodigues, bien plus purs
Que moi, me livrent-ils en vivres et en vie —
Eux plus simples, plus loin de toute corruption ?
Pourquoi supportes-tu le joug, cheval ignare ?
Pourquoi feindre, taureaux et porcs, stupidement
La faiblesse et mourir sous les coups d’un seul homme
Dont vous pourriez manger, vous nourrir de l’espèce ?
Plus faible suis-je, hélas, et plus que vous mauvais :
Vous n’avez pas péché, nul besoin d’être en crainte.
Mais émerveillez-vous : la nature créée
Nous soumet toutes choses ; mais le Créateur,
Que ni péché ni nature ne lient, pour nous
(Ses créatures et ses ennemis) est mort.

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XII

What if this present were the world’s last night?
Marke in my heart, O soule, where thou dost dwell,
The picture of Christ crucified, and tell
Whether his countenance can thee affright.
Tears in his eyes quench the amazing light;
Blood fills his frownes, which from His pierc’d head fell;
And can that tongue adjudge thee unto hell,
Which pray’d forgivenesse for His foes’ fierce ?
No, no; but as in my idolatrie
I said to all my profane mistresses,
Beauty, of pitty, foulnesse only is
A sign of rigour: so I say to thee,
To wicked spirits are horrid shapes assign’d ;
This beauteous forme assures a piteous mind.

Et si la nuit présente était l’ultime au monde ?
Marque en mon cœur, Ô âme, au lieu où tu résides,
L’image du Christ crucifié, et dis-moi si
Son contenu peut te causer frayeur. Les larmes
Tamisent dans ses yeux l’effarante lumière ;
Coulant du front percé le sang comble ses rides ;
Et la langue peut-elle à l’enfer t’adjuger
Qui demanda pardon pour le fiel d’ennemis ?
Non, non ; mais comme, en mon idolâtrie, j’ai dit
À toutes mes maîtresses profanes, beauté
L’est de pitié, la hideur seule étant un signe
De sévérité ; donc, je te dis qu’aux esprits
Méchants est assignée une horrible silhouette ;
Ce beau contour assure une âme de pitié.

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XIII

Batter my heart, three-person’d God, for you
As yet but knock, breathe, shine, and seek to mend;
That I may rise and stand, o’erthrow mee, and bend
Your force to break, blowe, burn, and make me new.
I, like an usurp’d towne to another due,
Labour to admit you, but oh, to no end;
Reason, your viceroy in me, me should defend,
But is captiv’d, and proves weak or untrue.
Yet dearly I love you, and would be lov’d fain,
But am betroth’d unto your enemy;
Divorce me, untie or break that knot again,
Take me to you, imprison me, for I,
Except you enthrall me, never shall be free,
Nor ever chaste, except you ravish me.

Force mon cœur, Dieu trin ! au lieu d’en rester à
Toquer, souffler, lustrer, chercher à réparer ;
Pour que je me relève, inverse-moi et bande
Ta force : casse, rase, brûle, — et fais-moi neuf.
Moi, telle une cité usurpée à autrui,
Je lutte pour t’admettre, mais oh ! sans succès.
La raison, ton agent, qui devrait me défendre
Est captive et s’avère ou faible, ou infidèle.
Alors que je t’adore et voudrais être aimé
Je sais être promis à ton pire ennemi.
Sépare-moi, dénoue ou romps ce nœud encore,
Prends-moi à toi, emprisonne-moi, puisque je
Ne serai jamais libre à moins que tu m’attires,
Non plus que jamais chaste, à moins que tu me violes.

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XIV

Wilt thou love God as he thee ? then digest,
My soule, this wholesome meditation,
How God the Spirit, by angels waited on
In heaven, doth make His temple in thy breast.
The Father having begot a Sonne most blest,
And still begetting, (for he ne’er begun)
Hath deign’d to choose thee by adoption,
Coheire to His glory, and Sabbaths endlesse rest.
And as a robb’d man, which by search doth finde
His stolne stuff sold, must lose or buy it again,
The Sonne of glory came downe, and was slain,
Us whom he had made, and Satan stolne, to unbinde.
‘Twas much, that man was made like God before,
But, that God should be made like man, much more.

Veux-tu aimer Dieu comme il t’aime ? Alors digère,
Âme, cette méditation ravigotante :
Comment Dieu l’Esprit-sain, au Ciel maître des anges,
Bâtit son temple à l’intérieur de ta poitrine.
Le Père ayant un Fils extrêmement béni,
Continuant de l’avoir — n’ayant pas commencé —
A daigné t’adopter comme co-héritier
De gloire et de repos éternel du Sabbath.
Tel l’homme détroussé qui, ayant cherché trouve
Ses biens volés vendus, les perd ou les rachète,
Son Fils glorieux nous vint et fut assassiné
Pour nous (faits par lui, pris par Satan) délivrer.
C’est fort, l’homme créé à l’image de Dieu,
Mais que Dieu se soit fait homme, l’est beaucoup plus.

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