La boîte à proverbes, 3

par Laurent Albarracin et Jean-Daniel Botta. Lire tous les épisodes

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On lit son trépas dans les reliefs de son repas. Si tu trouves une clef à molette dans ta crème anglaise, c’est que les œufs étaient pourris.

La clef à omelette : celui qui mélange la généalogie des poulets aura son langage inversé.

On ne fait pas d’œuf miroir sans casser sept ans de malheur.

Le miroir nous rend plus familier. Devant le miroir se trouve le chouchou de la planète. Dans le miroir l’âme est un distributeur de liqueur.

Le miroir est un court de tennis dissymétrique : on envoie une balle et c’est le joueur qui revient en sautant le filet.

Le joueur de la ressemblance s’approche et dit « Je vais vider ta joue pour y mettre des trucs à moi. » 

Et il recrache une molaire de ping-pong.

En mai il grêle des molaires d’apôtres.

C’est le Christ qui les boxe avec sa parole véritable.

Le Christ est le marionnettiste des molaires. Les racines des dents sont reliées aux mains du Christ. 

Les dents sont des osselets dans la main de la bouche. Les phalanges sont des quenottes dans la bouche de la main.

Boucher les trous de la main du Christ avec de la mie de pain. Toute la mie c’est le manque dans la main du Christ.

Avec la mie de pain du Christ, le diable sauce le plat des souffrances humaines. Il y trouve un goût de clou de girofle.

Dans la poignée de main du Christ le trou c’est pour évacuer la triche. Sans ça, tu ne peux pas commencer ta journée avec le diable.

La droite, la gauche, la triche. La triche est la troisième main au tour de bonneteau des mains.

L’élu est le cleptomane des mains.

Voler sans se faire prendre, c’est se cacher dans ses propres ailes, s’enlever de ses propres ailes.

Voler un œuf est aussi inattendu qu’avoir des ailes.

Qui vole une mouche en tient une couche.

On attrape une mouche en jetant le filet des lignes de sa main.

On rend folle une mouche en lui jetant le filet des lignes du court de tennis de la main.

Les mouches, utilisez l’humour pour les nourrir ou bien laissez-les chronométrer votre suicide.

Les mouches vrombissent comme des aiguilles désordonnées attendant l’heure de votre cadavre.

Le QI du cadavre fascine les mouches, le QI de gentleman du cadavre. Tendre et reposé le cadavre dort sur l’os de seiche de la joue.

D’un geste absent, le mort écarte les mouches de ses pensées : il leur jette l’encre de sa queue de cheval.

La virtuosité du cadavre est d’apparaître comme le greffier de la prolifération.

Faire une acrobatie sans bouger le petit doigt, voilà l’acrobatie suprême.

Le petit doigt est le chef d’orchestre de l’immobilité. Le chef d’orchestre de la prière d’immobilité.

Je n’obéis qu’à mon petit doigt, à l’œil et à la baguette du sourcier.

Je n’obéis qu’à l’entêtement du pou. Au coup monté de l’immobilité.

Le pou tète le crâne pour s’entêter. Le pou s’entête à sucer le lait de sang de l’œuf du crâne.

Les poux aiment le plancher inégal de la pensée.

La pensée est un plancher des vaches pourri. Avec leurs gros sabots, les poux font des trous dans la pensée, des trous si grands que parfois un pou s’y casse une patte de vache.

Toute personne reçoit de la pensée par le meurtre du plancher. Le pou griffonne la matière grise. L’homme grisonne sur le plancher, l’homme est un podium d’anonymat pour le pou.

On rase gratis au podium égalitaire. L’homme roule pied au plancher et tête au plafond. L’homme roule le nez sur le pare-brise et les oreilles dehors comme des rétroviseurs.

Mettre toute la confiance de l’orbite de la terre dans la routine de sa tête. Quitter le pays en casant d’un coup d’œil au rétroviseur tous les États d’Amérique dans la lune.

D’un coup d’œil, frapper l’univers.

D’un coup d’œil, frapper l’univers, cerné par l’absentéisme abrupt d’une fosse d’orchestre.

D’un coup d’œil, embrasser le théâtre de l’univers jusque dans les abîmes de l’orchestre. D’un coup d’œil, taper dans le mille et dans les extérieurs de la cible.

Le système solaire est une cible qui fait tourner ses frondes.

Le système solaire est un trou de balle qui fait tournoyer ses fronces.

Il y a un anus dans la tempe. Un anus de chevreuil. Quand on tire, le chevreuil détale à travers la chute du jeu de cartes des tempes.

Le fusil vous suppose un anus partout sur le corps. Le suppositoire est une balle qui se diffuse lentement, quelque chose comme la tisane d’un coup de feu.

Une balle lente rajeunit. Une balle lente augmente la déflagration biographique.

Personne ne veut de la balle de ping-pong : on se la refile comme une patate chauffée à blanc.

Cette balle représente la volonté de la lune. Jouer au ping-pong c’est le réflexe de renvoyer l’état immédiat d’être dans la lune.

Jouer négligemment au ping-pong comme on fait des vagues avec son état d’âme.

La table de ping-pong indique le niveau de la crue. La table de ping-pong est le buffet à volonté de l’inondation.

Le flotteur de la lune n’est jamais redescendu du déluge.

La lune c’est un gros selfie. La lune a une addiction au vertige de se reconnaitre. Personne ne déloge la lune de sa ressemblance. 

Sur la qualité des puits où se mirer, la lune n’est pas regardante : dans tous on peut faire la fine bouche.

Le puits c’est là où viennent boire les fusées.

La girafe est la rampe de lancement de la lune.

Le compte à rebours dans le cou de la girafe déplie verticalement ses chiffres d’envol. Les girafes sont des télescopes avec des cils de femme de ménage.

La girafe est graduée avec les taches de la lune. Qui les frotte y rêve.

La girafe est le phare des oiseaux somnambules.

L’oiseau fait du somnambulisme éveillé. L’oiseau fait du funambulisme sans fil.

Téléphoner par syllabes funambules. Énorme confiance des oiseaux dans les fils de téléphérique de l’alphabet.

Un peu de poil d’hirondelle est pris aux fils barbelés du téléphone. C’est le printemps qui ne passe pas.

Le barbelé c’est la chair de poule de la vache. Barbelé : varicelle de fil à linge. Barbelé pour emballer la terre avec le bandeau de migraine du Christ.

Si les oiseaux étaient des herbivores, ils iraient facilement d’arbre en arbre se nourrir de feuillage, un peu comme des girafes dont les pattes et le cou auraient beaucoup raccourci. Mais ils seraient encore trop lourds pour se poser sur les branches et le ciel serait obscurci par les vaches.

D’arbre en arbre vont les flammes et la girafe est un périscope pour regarder dans le feu. Si la tête de la girafe est une ancre jetée dans le feu alors le reste de sa vie sera la fin du feu. Si le cou de la girafe est un raccourci, les vaches iront d’elles-mêmes prier dans les flammes.

Pendant l’incendie, l’hydre du feu envoie des colibris de flammes aux arbres. Les colibris sont des fragments de girafe et des lettres à la poste, des messagers qui sont aussi le message. Les colibris portent une goutte d’essence dans leur bec qu’ils déposent dans la grande bouche d’incendie de l’alphabet.

On entre dans l’incendie avec ses lettres, il faut entrer dans le feu pour poster un poème. Les poèmes colibrisent le feu. Le feu, le colibri et le poème s’attirent en faisant de même avec le réel.

Jeter un proverbe dans la boîte aux lettres des mots comme on expédie une tranche de jambon.

Se jeter dans le vide par la jambe bleue du jambon, lancer les tranches une à une pour atterrir quelque part.

Hacher la jambe avec un couteau stroboscopique. Marcher en jetant devant soi les steaks de la semelle.

Avoir un sac-à-dos de jambon de soi-même. Être le kamikaze du rendez-vous de sa viande comme le pilote volontaire du cochon. L’apparition, il s’agit d’une tempête de cochon entre le jean et le squelette.

La chair fut soufflée dans les boyaux d’un orgue de barbaque.

La chair permet aux gens d’avoir des courbes plus récentes que le cochon.

Elle avait des courbes si généreuses qu’elle pouvait y prendre des virages. Tout est bon dans le cochon et tout est meilleur ailleurs.

Les courbes mènent à une butte de buée. Ailleurs c’est aussi des courbes. Les courbes mènent à la falaise : la falaise est une interruption au niveau du genre, les seins et la bite y tombent à pic.

La seule falaise est au bord des yeux : sous l’aile, le précipice est aussi doux qu’une plaine.

On peut s’essuyer les yeux avec une plaine mais c’est de l’éboulis au bord de l’œil que naquirent les statues.

(à suivre)

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