Habiter à Dité, 3

par Guillaume Condello. Lire les épisodes précédents

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Retour route. Au loin, vois : la plaine où tu déboules,
Boues toxiques, fumées des usines – ravage
Sans carnage ? Vers l’Est c’est un mur qui s’écroule,

A l’Ouest, rien. Et partout c’est un seul paysage
Nu. Des machines anonymes y travaillent.
Labourent les sillons, imposent quadrillages,

Planifications, ou non. Dans la grisaille
Des champs, courbées, tu vois les figures à l’ouvrage
Recommencé. Tu fuis la vue de la racaille

Mais ils sont là, dans le rétro, dans ton sillage :
Ta caisse, rabot noir, décroche de l’asphalte
Des copeaux de nuit ; sur le bord, les ombres age

Nouillées les ramassent. Dans leurs mains de basalte
Grouillent les déchets que tu laisses : leur nourri
Ture céleste, tes restes. Fais une halte :

Ils sont à ta fenêtre. Et de leurs dents pourries
Ils laissent sortir une langue inconnue : dites,
Vous, ce qui vous vaut d’être là, quelle rouerie

Vous commîtes, hein, dites ? Alors toi : Evite
Le sujet, moi je ne fais que passer, le temps
De visiter. Du ciel alors se précipite

Une voix sans bouche, qui fait mouche pourtant :
Après la guerre, vois : autour de toi, partout,
Retournée, la terre ou glèbe, percée des ten

Tacules, ou obus, tombereaux de gros trous :
Les tombes béantes d’où ressortent les langues
Des morts. Causent toujours. Echo puant des sou

Venirs : en ossements, en images exsangues,
En nuages de gaz joliment orangés
A semer le fruit juteux de la mort, sa mangue

Amère de jus noirs sur les enfants langés
De frais – quarante années après, dans l’eau souillée –
La guerre est terminée ? pour eux, rien n’a changé.

Comme un seau d’eau salie qu’un bâton a touillé
Sur ta face tournée ne restent que des traits
Vagues – vaguelettes, clapotis embrouillés.

Ecoute. Des gorges des tranchées on extrait
Le cri : le bruit monte, comme croît et éclot,
Blanche, la fleur du chlore aux champs noirs – sous l’engrais

Des morts. Chante ton chant du déshonneur, lento,
Presto : pour dire à qui l’entendra si jamais.
Un avion, en éclair, referme le manteau

Du ciel. Dedans, pressées, entassées, des armées
D’employés, voyageurs à larguer sur la plage
Du paradis. Tu notes les mots proclamés

Par quel maître – sinon de l’éternel saccage
La leçon : aux mines arrachée, c’est la terre
A exploiter, à transformer, en recyclage

Infini. Pour tuer, soigner : rien ne se perd
Tout se transforme. Et toi – mais d’une autre manière.
Et souviens-toi, après la guerre, encor la guerre.

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