Blanca & Arnautz (4/4)

par Brice Bonfanti

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CHANT XXVI

BLANCA & ARNAUTZ

qui s’asservit au joug du livre de l’Amour

OCCITANIE

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Ce chant fait partie du troisième cycle des Chants d’utopie à paraître au printemps 2021. L’enregistrement des poèmes lus par l’auteur est accessible par un lien fourni avec leur titre. Lire la première livraison, la deuxième et la troisième.

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NONE AMBULE (lecture par l’auteur)

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Un palimpseste de mille ans, c’est bien long.
Pour traverser l’hiver fondons, refondons
le Consistori del Gai Saber, mythique
qui soit différent de celui historique,
source à mémoire à venir, qu’épouse
Clamença, unique épouse inépousée
des troubadours, trouveurs d’or, de l’Oc, du Oui.
Clamença ! légende, mais aussi légendée :
elle légende notre image du monde,
nous offrant de le lire, le chanter, l’élire ;
et elle-même, qui nous aime, est légendée :
son image est lisible, son âge éligible :
son âge d’or, nous l’élisons au lieu d’or.
La légende rend lisible l’illisible.
La légende rend visible l’invisible.
Les mévoyants, méconnaissants, mécréants
médisent : que jamais on ne trouva la trace
de Clamença le père, Lucius, de lumière.
Mais la lumière ne laisse pas sa trace !
Par la lumière nous voyons, sans sa trace.
Nous voulons être comme elle, notre modèle !
Pas comme vous, qui laissez trace sur trace,
trace de néant sur trace de néant.
Nous souhaitons voir, nous, notre mère en lumière,
loin de votre néant, vos étrons, trop grands,
qui nous emmerdent, vos ténèbres qui nous perdent.
Pour traverser l’hiver fondons, refondons
les Jeux Floraux, pour nos poèmes oraux
qui seront le bourgeon de notre jardin,
notre paradis, pillé par on-sait-qui ;
qui seront le bourgeon, qui accouchera,
au printemps qui attend, dans bien trois cents ans,
de notre premier temps, du jardin de joie.
Un palimpseste de mille ans, c’est bien long.
Nous aurons un printemps de plus de mille ans !

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DÉCIME AMBULE (lecture par l’auteur)

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Le prêcheur de platanes, personne, personne !
ne vient l’écouter – seulement les platanes.
Il dit : « Personne, personne ! ne vient m’écouter.
Que les platanes d’oc se lèvent, tous se lèvent !
Que les platanes d’oc, levés, l’Oc relèvent !
Que les platanes brisent la malvestat,
la mauvaiseté de roma et paris !
Que les platanes brisent la cobeitat,
la convoitise de roma et paris ! »
Soudainement, se rassemblent de tous temps :
Poètes, Trobadors, Poétesses, Trobairitz,
Bonnes Dames et Bons Hommes, Spirituels,
Camisards, Franciscains, Tuchins, Demoiselles,
Maquisards, Tard-Avisés ou dits Crocquants,
Communards, Premiers Socialistes, Utopistes.
Soudainement, toute facette du temps
retrouve les autres facettes du temps
pour dévoiler un seul esprit, hors du temps,
de liberté, un seul souffle, libre animé.
Tous les temps sont présents, jusqu’au saut, qui change
le présent, libéré des scories gênant
sa naissance de source, de source présence.
Tous attaquèrent l’ennemi porte-mort,
fils de perpétuité, pas d’éternité.
Tous attaquèrent le gros thanatophore,
à coups de prophéties, de paroles – d’esprit.
Soudainement, tous les corps animés d’oc
prophétisent, se font corps prophétiques d’oc,
tous les corps se soulèvent, parlent d’avenir,
depuis l’avenir, font parler l’avenir,
tous les corps combattus, battus, abattus
par roma paronyme de mort l’arôme,
par paris purée de purin purpurin.
Jour et nuit, pendant la veille et le sommeil,
en transe ! ensommeillés, en danse ! éveillés,
en transe ! ___________en danse !___________,
les corps d’oc prophétisent, et les corps d’oc disent :
« La tyrannie des cloaques de mort grise
va mourir parmi nous, va mourir par nous ;
et les états, ces tas d’états de cacade
et pissat, qui nous empissent, nous encacadent,
seront bouleversés, renversés, dressés
en leur contraire : d’égouts en pure rivière.
Vous ! esclaves de la force, de la puissance,
de l’entropie automate, processionnaire,
présidents, parasitiques résidents
hors-sol, suppositoires des capitaux
hors-sol, capitonnés d’abstraits machinaux,
suppôts des chrématistiques, automatiques,
rois du monde, valets du principe du monde,
du faux principe, du faux prince de l’immonde :
Pissez vos larmes amères, puissants amers,
pouvoirs soumis à l’armé pouvoir amer
qui malévole contrôle, vérole, nos vies
prises dans votre dédale, létal, fécal,
qui étale nos chairs vivifiantes, vivantes,
comme de viles viandes sur vos étals.
Pissez puissants, vos puissances amères
vont tomber, sont tombées, déjà, à nos pieds.
La liberté de l’esprit avive en nous
la liberté, par l’esprit, eau vive en nous,
et nous nous propageons, faibles, en incendie
et nous nous soulevons, et nous abaissons
le caquet des menteurs jusqu’à terre, sous terre.
Nos inspirations ressuscitent le souffle
eucalyptique d’eutopie prophétique. »
Les fous du Centre, en sacrée folie, recentrent
l’Occitanie, plus excentrée par les leurres
des malempires du pire, centrifugeurs.

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POSTAMBULE (lecture par l’auteur)

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Le regard est tout, et le regard fait tout.
Le regard, s’il est changé, change son tout.
Et voici l’ordre célestiel, qui ordonne
le désordre terrestre inversé au ciel,
désordonné par les suppôts de la force
de pesanteur, les causateurs de divorce.
Et voici l’ordre célestiel, qui ordonne
au désordre terrestre inversé au ciel
de s’ordonner : d’image, de lui ressembler.

Mille ans de palimpseste cessent enfin.
Notre effacement n’a duré que mille ans.
La mer de verre congelait, pétrifiait.
Nous l’avons dégelée, la mer routinière,
notre eau vive fixée d’être répétée,
notre eau vive fixée d’être mortifiée.
Fondu le verre, rendue sa motion de mer
par nos cœurs têtus, la mer redevenue
d’eau pure, de source : notre mer est une source,
une infinie, qui anime, protège, délivre,
ne dévore pas : les multiples finis.
Notre mer est un cycle, un maternel cycle,
notre mer à la fois source et mer, ici !

Voici l’empire du pire qui s’inverse
dans le monde à l’endroit, roma convertie,
retournée en Amor, la mort convertie.
Et la ville mondiale, urbi et orbi,
la malignante, écorchante, et possédante
vile ville d’étroite réalité,
l’uniformisante et l’uniformisée,
retournée en sylvilles, mille et mille et mille
fédérées, chacune à l’âme personnelle,
toutes unifiées, formant l’âme commune
formée par leur âme commune : la Commune
tournée vers Amour. En avant vers toujours !

Plus aucune ville capitale, de tête :
plus que des sylvilles capitales, des têtes.
Chaque Commune, sylvillisée, a sa tête,
est une tête, faite de têtes, est en tête,
de la tête aux pieds, reliée à ses pieds.

Chaque nous minuscule découvre un pont
qui le lie à chaque autre nous minuscule,
coforme, en archipel, un Nous majuscule.
Tout nous découvre un pont commun en partage
avec tout autre nous, l’essentiel en partage,
et des accidentels, aussi, en partage.
Et nous redevenons, avec d’autres nous,
coformant un métanous, métanoïaque,
l’humus secret de nos nouvelles forêts,
l’humus secret de forêts archénoïaques,
nos forêts de la nouvelle connaissance,
du fondement, en avant, de renaissance.

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APONDON

Tout vient au Point, pour qui sait espérer sans attendre. Il y a tout à espérer, rien à attendre. Au début dans le temps carrément signifie une forme carrée ; rondement, ronde. L’espérance alchimique opérant, vient le temps transmuté où à l’œuvre, et carrément et rondement prennent même bon sens : de façon décidée, complète, franche et directe, sans détours, nette. Le carré et le rond aboutissent, coïncident, au même Point : quadrature du cercle, opérée dans le temps travaillé d’espérance, sans attente. Mais le temps est partant, il part ; l’éternité est arrivante, elle arrive à chaque instant, maintenant : éternitemps.

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AUX SIMPLES D’ESPRIT

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