Blanca & Arnautz (3/4)

par Brice Bonfanti

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CHANT XXVI

BLANCA & ARNAUTZ

qui s’asservit au joug du livre de l’Amour

OCCITANIE

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Ce chant fait partie du troisième cycle des Chants d’utopie à paraître au printemps 2021. L’enregistrement des poèmes lus par l’auteur est accessible par un lien fourni avec leur titre. Lire la première livraison et la deuxième.

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SIXTE AMBULE

Bien avant, digne de l’éternel présent,
sur nos places, douces d’Oc, prédique Dominique
fasciné par la verve dite hérétique,
comme une Bonne Dame, un Bon Homme : tout doux.
Le dialogue entre doux est ferme mais doux.
Ce Bien d’avant est hors d’ici, maintenant,
car à sa mort, son sillon s’emplit de morts,
de moisissures qui torturent, en son nom.
L’inquisition, après la prédication :
roma pond l’inique fion, exprès ici
pour la mort, contre la vie d’Occitanie.
L’inquisition a ses archives, œufs pourris
de la merdonité statistique, à tics
bureaucratiques, recensements fatidiques,
fatals qui clouent, qui en faux destin écrouent.
Ils se disent communauté des brebis,
et ils nous disent communauté des loups ?
Mais a-t-on jamais vu des brebis traquer,
persécuter, et mettre au bûcher : des loups ?
roma inverse, l’inverse roma inverse.
Dulcia crie : On ne m’a pas hérétiquée !
Navarra, Mabilia, filles de Blanca,
finissent leur vie infinie au bûcher.
Gailharda fille de Garsenda, aussi.
Geralda, suppliciée ; Esclarmonda non,
mais son fils Aimery, pendu étranglé
avec tous ses chevaliers, assiégés : si.
Pour rome, la femme n’est l’égale de l’homme
que devant le bûcher, le pal au rectum,
l’infecte question à réponse imposée.
Dulcia crie : On ne m’a pas hérétiquée !
Après l’inquisition, double : l’inquisition :
paris pond : son université, infâme,
à Tolosa soumise de corps, pas d’âme.
Cette université pullule d’unis
envers ciel et terre : les universitaires,
ennemis du ciel autant que de la terre,
qui traquent, braquent, craquent, attaquent : le moindre faux pas
bien surnaturel, qu’ils ne comprennent pas.
Vos professeurs au sort mauvais de sorbonne,
hâbleurs, blablateurs, sophistiqueurs sans cœur,
sont des orfèvres du néant dominant.
Vous niez tout visage, du cœur paysage.

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SEPTIME AMBULE (lecture par l’auteur)

L’Occitan est le cœur d’Occident, mais c’est
le cœur jamais occis ; quand l’Occident, lui,
en s’occisant le cœur, s’est occis – eh oui.
L’Occitan, occis de l’Occident, poursuit
sa vie ailleurs, nulle part, en tout, par tout :
L’Occitan est l’utopie de l’Occident.
Mais occis, l’Occident a pourri zombie ;
même occis, l’occis n’a cessé de cader,
choir, décader, déchoir – occidécadant :
occise cadence d’occidécadence
depuis la fausse renaissance, la vraie mort
de l’Occitanie, l’utopie en topie
faite utopie sans topie, tapie, à tort,
dans l’ombre mauvaise d’empires du pire,
deux malempires parisien et romain
qui vont de mal en pire, font de mal en pire.
En occidécadent, tout a décadé,
l’Occident parti à l’ouest, à la renverse,
a chuté dans sa chute, plus équilibré
sans son ami, son Orient, désorienté.
La Méditerranée, au milieu des terres,
la mer du milieu, la mer intermédiaire,
notre mer à nous tous, à laquelle ouvrait
l’Occitanie, pont des mélanges amis,
et pont d’harmonie et pont de symphonie
du soleil levant jusqu’au soleil couchant,
la Méditerranée, sujet vif, actif,
a été traitée en objet mort, passif ;
a été harassée esquintée, forcée.
La Méditerranée, notre lieu commun
de notre vie commune, nos vies en commun,
rêve des œuvres de nos fleuves : notre mer,
de beau berceau en laid tombeau, inversée,
a été inondée de corps morts noyés,
rêve de rive interrompu, révolu,
rêve de rive amie de la rive amie.
Et depuis la fausse renaissance, la vraie
malenaissance de l’occidécadence,
les zombies chercheront à faire zombie
la terre entière, tous les peuples de la terre,
faire contre eux comme contre l’Occitan :
tout aplatir comme leur tout plat français,
tout mortifier comme leur morte roma.
Ils porteront partout le cauchemar pâle
de l’homme blanc comme les os qu’ils exhalent
– pas comme la colombe de Montsegur
qui porte un rameau de la montagne sûre.
Comme ailleurs les marrons, comme ailleurs les jaunes :
les marrons merdeux cancellant ceux radieux ;
les jaunes pisseux, celant ceux soleilleux.
Tous auront en horreur le blanc de terreur
et tous oublieront les couleurs du blanc autre
de notre paix occitane qui unit,
différencie : juifs, chrétiens, sarrasins, autres.
Notre paix est d’Albi, d’albumine, d’albâtre.
Notre paix d’aube est de commencement, blanche
comme la Matriarche Blanca, et blanche
des couleurs accueillies dans sa lueur d’âtre.

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OCTAVE AMBULE (lecture par l’auteur)

Les garrigues d’oc au soleil chaud et sec
paysagent la culture en mosaïque,
en reliefs collineux, reliefs montagneux.
Notre lutte ordinaire, à nous paysans
du pays qui cultivons notre pays,
est bien centrée contre un pouvoir excentré
qu’on ne voit que par ses effets, ses méfaits :
le mouvement contre l’état, à l’arrêt ;
les paysans contre les non paysans,
qui du pays contre qui hors du pays
nous voudrait tous asservis – mais tous les autres
hors du pays, venant amis au pays
sont accueillis, cordialement, en amis.
Nous sommes tous indigènes d’un lieudit.
Nous sommes nous indigènes du lieu d’Oc ;
l’allogène ami vivant ici, aussi ;
qui naît dans l’Oc est indigène de l’Oc ;
qui naît dans le Oui, indigène du Oui.
Si nous refusons de nous confondre, nous fondre
à l’uniforme morgue morne, aux létaux,
nous voulons pondre, pondons : des contes oraux,
vivants par la vivante voix, pour répondre
aux contes oraux venus d’autres pays,
pour former, de Commune en Commune, un monde
commun, dans notre monde à nous tous commun,
pour correspondre, les contes oraux voyagent
et transportent la centrale, totale, Amour
à nous tous commune, de Commune en Commune.
Notre sagesse narrative, normative,
de la norme d’Amour majuscule, hors-norme,
va et vient depuis l’Oural à Gibraltar,
et au-delà, reva, revient tôt ou tard
nourrie, changée, approfondie, allégée !
Chaque Commune est un monde microcosme,
partie du dialogue, du monde macrocosme !

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