Trois sonnets du cru

[Corps à corps] par Laurent Albarracin

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Trois sonnets du cru
ou les voyages du sédentaire

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Quauqua res sòna en quauqu’un luec. Un monde es mòrt. ’N òme. Un pais. ’Na maison.

Quelque chose sonne quelque part. Un monde est mort. Un homme. Un pays. Une maison.

Marcelle Delpastre (Paroles pour cette terre)

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I

Au village du Mayne, au bourg de Saint-Clément
Il reste debout deux trois fermettes anciennes,
Vestiges miséreux qui vaillamment soutiennent
L’assaut contemporain de ses lotissements.

Quelle ancre et à quel fond tient ce pays de Tulle ?
Et pourquoi ne part-il vers les lointains modernes ?
C’est sa géographie toujours un peu humaine
Qui le retient à lui comme par des scrupules.

Il y a au pays d’assez nombreux chemins
Dont l’un est paraît-il d’un temps gallo-romain.
C’est celui qui descend du village de Mante

Tout droit sur le ruisseau dénommé le Brezou.
Dans sa pente glissante empierrée de cailloux,
Je songe quelquefois aux époques dormantes.

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II

Le relais Télécom dresse au Puy des Ferrières
Sa rouge tour hertzienne aux multiples antennes
Mais ne vous fiez pas à ce totem moderne,
L’occupation des sols n’y date pas d’hier.

Il paraît qu’on y trouve au moment des labours
Des haches, des outils nés au Néolithique.
Ils n’étaient pas idiots nos chers préhistoriques,
Ils savaient que gît là, abondante alentour,

Une roche très dure appelée éclogite.
Sa matrice gris-vert constituée d’amphibole
Est semée de grenats roses dont l’auréole

Sombre est composée de hornblende et d’ilménite.
Par le jeu sous pression des ondes hercyniennes,
Géologiquement la Terre a fait des siennes.

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III

à Alexis Longuet

Au lieu-dit les Bois noirs, commune de Chanteix,
Un dénommé Vignal, alias Michel des Bois,
Par la maréchaussée se trouva aux abois,
Acculé, pourchassé, il mourut tué. L’ex-

Postier à Paris, là venu après la guerre,
Jusqu’en cinquante et un a vécu en ermite,
Comme un homme sauvage échappé nu d’un mythe
Ou d’un conte, barbu, chevelu, vêtu guère

Que de haillons miteux et mangeant des châtaignes,
Glanant quelques épis et les fruits du verger.
Je dis, afin que sa mémoire soit vengée,

Cet homme libre, avant qu’un fusil ne l’atteigne,
Vécut en bonne entente avec le voisinage.
D’une vieille personne on eut le témoignage.

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