Les éditions ZA

présentées par leur instigateur. Le site des éditions 

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Les éditions ZA ce sont trois collections comme trois espaces de recherches autour des écritures, des recherches plastiques et du fonds public. Ces trois axes nous permettront, nous l’espérons, de grandes joies. Aucun genre n’est banni. Au contraire nous souhaitons nous amuser peut-être à brouiller les pistes et en tous les cas à faire des propositions qui sauront susciter curiosité et intérêt.

Nous fonctionnerons par livraison. C’est-à-dire qu’une à deux fois par an nous ferons paraître en même temps entre trois et cinq ouvrages dans le cadre des trois collections. L’esthétique des livres tout comme celle du site se veulent sobres voire minimales. Les couvertures ne changeront pas. Seul un menu détail, un point par exemple en quatrième de couverture viendra indiquer le numéro dans la collection. Les deux collections de textes (Collection Texte et Collection Domaine Public) sont au format 11,5 x 17, 5 cm, la collection Image est au format 17 x 22 cm. Donc un format poche pour le texte dans l’idée de livres que l’on peut avoir avec soi facilement et un format qui laisse l’espace aux images. Dans ce dernier cas, nous souhaitons au maximum que seules les œuvres soient présentes (avec les éventuelles informations techniques). Une préface de Pierre Chopinaud (merci à lui) existe cependant comme une exception de départ pour le livre Interruptions de Justin Delareux.  Nous souhaitons publier des livres avec le moins d’informations possibles. C’est paradoxal avec l’idée même de vouloir vendre des livres. Mais d’un point vue esthétique ce sont, nous le croyons de beaux objets. Nous voulons que leur apparence soit sobre parce que nous savons que ce qu’ils contiennent est ce qui doit retenir toute l’attention. Ce qu’ils contiennent est un trésor. Nous voulons des livres discrets et bruyants à la fois.

Ces éditions ce sont pour nous une occasion que nous nous sommes créée de travailler sans prendre réellement en compte l’ensemble des contraintes liées habituellement à ce genre d’aventures. C’est aussi une sorte de prise de risque puisqu’il sera très probablement difficile d’attirer les potentiels lecteurs et encore plus de les fidéliser puisque tout particulièrement pour les textes, ils pourront être de genres très variés. Cette première livraison est dirons-nous une livraison « Poésie ». Claude Minière (que vous avez ici-même accueilli avec ce texte), Liliane Giraudon et Justin Delareux sont des poètes. Et le texte d’Henri Barbusse relève pour nous aussi de l’écriture d’un poète.

Il s’agit de petits tirages entre 100 et 150 exemplaires. Nous n’acceptons pas les manuscrits. Nous cherchons et avons déjà beaucoup d’idées pour les prochaines livraisons. Nous espérons mener à bien la prochaine livraison avant le mois de juillet 2021. Nous sommes déjà au travail. 

Si les éditions ZA voient le jour maintenant et sous cette forme c’est probablement parce que nos expériences passées liées à l’édition de poésie contemporaine bien que souvent enthousiasmantes ne sont pas rémunératrices, prennent beaucoup de temps et parfois ramènent à des réalités de l’entre-soi, de l’hypocrisie bien pensante, de l’engagement dans la convention. Nous voulons créer un espace qui soit pour nous simple et évident. Sans nous détourner de la poésie, d’ailleurs nous commençons avec elle, nous souhaitons tout en nous faisant plaisir faire plaisir à celles et ceux qui pourront s’intéresser à nos parutions. Quant nous écrivons plaisir, nous voulons parler du plaisir de la découverte, de la réflexion. D’un plaisir qui ne vient pas de la satisfaction simple d’un désir. Les éditions ZA ne viennent pas satisfaire un désir. Elles sont un moyen ou une façon de dire et de faire sans arrogance ni discours « pédagogique ». D’ailleurs, nous parlons un peu trop, ici. L’idée pour nous étant de laisser les livres le faire et de notre côté être silencieux. C’est une fois encore un paradoxe qui ne sera pas simple à vivre. Il sera difficile de faire connaître ce travail sans en parler ou sans le montrer. Nous n’avons pas d’autres prétentions que de proposer des ouvrages de qualité (comme tous les éditeurs nous direz-vous) mais sans discours, sans commentaires, sans explication. L’objet et son contenu devant faire leur chemin commun grâce à leurs qualités particulières. Donc nous essayons ici d’initier un élan, une impulsion à ZA pour qu’elles soient le plus autonomes possible. C’est-à-dire que nous espérons créer une certaine curiosité chez quelques personnes qui sauront accompagner ZA chacune à sa façon. En en parlant, en achetant les livres etc. Peut-être 150 exemplaires est-ce trop ? Nous nous adapterons. Certaines réalités nous font croire qui si nous parvenons déjà à ce que ces premiers tirages soient épuisés en deux ou trois ans ce serait une réussite. Nous ne nous faisons pas d’illusion et notre démarche avec sa part minimale se situe entre l’édition classique et disons des pratiques plus souterraines. Nous croyons aux écrits, aux images. Nous essayons de partager une envie. Nous faisons des propositions qui peut-être seront acceptées par celles et ceux qui en auront connaissance. Et ZA est pour nous une aventure joyeuse.

C’est donc dans la joie que nous avons travaillé avec Liliane Giraudon, Claude Minière et Justin Delareux. Nous profitons de l’occasion pour les remercier. Ils et elle nous ont fait confiance. Dans la joie aussi que nous avons préparé le livre Jésus d’Henri Barbusse. Commencer la Collection Domaine Public avec ce texte était très important. Non seulement parce que cela fait déjà longtemps que ce texte nous accompagne mais aussi parce qu’il sait être d’une intelligence sans faille ni stylistique ni intellectuelle. Jésus, c’est l’évangile selon Jésus et c’est écrit comme un évangile. C’est d’une beauté rare dans l’écriture et dans la conviction. Certains ont dit qu’il s’agissait d’une version marxiste de l’histoire du Christ. Ce Jésus est assurément communiste (resterait à nous entendre sur le sens que l’on peut donner à cet adjectif) mais c’est aussi comme nous l’a écrit Claude Minière un remarquable ouvrage d’aggiornamento. Donc, ici, un texte, comme on dit, très d’actualité et qui fait chaud au cœur avec des fulgurances qui réconcilient avec l’écriture et l’idée politique. 

Henri Barbusse est connu pour son livre Le feu. Il est journaliste, il est engagé, il est écrivain. Il est mort en 1935 après être né en 1872. Des collèges portent son nom, des rues aussi. C’est pour nous avec Jésus un grand poète.

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Deux extraits :

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1. — La Bonne nouvelle de Jésus, fils de Marie.

2. — Il y eut un homme nommé Matthieu, et un, nommé Jean, qui, dit-on, le virent et qui en parlèrent. Il y eut Luc et Marc qui, dit-on, en entendirent parler par Simon Pierre, et en parlèrent. Il y en eut d’autres, qui en parlèrent, après l’avoir vu, ou sans l’avoir vu. Les paroles restent ; mais les choses ne sont pas certaines.

3. — Maintenant, c’est lui qui parle à travers le monde de paroles qui furent dites sur lui.

4. — Car il n’y a qu’une vérité, et elle nous appartient à tous.

5. — Tous les matins je m’éveille dans le petit coin de la maison, où l’on m’a mis pour dormir, parce que je suis un enfant.

6. — Je suis souvent, en me réveillant, mêlé aux nuages d’un rêve, et je me dis : Voyons, qui suis-je ?

7. — Alors, les nuages noirs du rêve deviennent clairs au milieu : c’est la petite fenêtre carrée qui se crée, par laquelle on voit le village énorme. Mes yeux fabriquent les choses. Dans la chambre qui est à côté de celle où je suis, et qui est plus grande que celle où je suis, je vois ma mère qui nettoie l’âtre, à genoux. Je suis Jésus fils de Marie.

8. — Si je vois ma mère sur la terre de l’autre chambre, c’est qu’il n’y a pas de porte. Chez nous, c’est si petit qu’elle m’entendrait en ce moment, même si je lui parlais bas. Mais je ne bouge pas avant d’être beaucoup réveillé. Ni avant de voir chacune des bosses de notre gros mur gris, et la lourde cruche rouge assise sur le  rebord de la fenêtre. Ni de compter mes vêtements posés sur le coffre.

9. — Je ne peux pas aller dehors comme je le voudrais, maintenant que le matin m’a fait renaître, parce que je suis menuisier à côté de mon père. À peine ai-je fini de manger, et il y a encore dans l’air le bruit fait ensemble par l’écuelle et par moi, que je vais travailler à côté de mon père. C’est dans une cour. Mon père me dit : Tiens, fais ceci ou cela, comme moi. Alors, ce qu’il fait facilement et bien, moi je le fais durement et mal, et il en sera ainsi tant que je n’aurai pas sa grandeur.

(ce sont les premières lignes du texte. Chapitre premier)

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68. — Je dis : Il n’y a que deux seules vérités humaines : chacun, et tous.

69. — Aucun pauvre de la terre n’est étranger à un autre pauvre de la terre.

70. — Si la pauvre vérité pouvait parler, que dirait-elle ?

71. — Je suis une sans-patrie.

72. — Isaïe a crié, m’écriai-je : Je te fais rayon des nations ainsi parle Iahyéh ; au méprisé des hommes ; à l’esclave des dominateurs.

73. — Et les prophètes qui ont avoué l’Éternel ont étendu la Loi sur le monde entier.

74. — Qui oserait, après eux, la rapetisser,

75. — Et donner toutes sortes de noms étrangers et ennemis, à la vérité ?

76. — Tes vrais ennemis, ceux que tu dois vaincre un jour, ce sont les riches, et les puissants.

77. — Ceux-là sont tes étrangers.

78. — Ceux qui récoltent là où ils n’ont pas semé, et chargent les épaules des autres de fardeaux qu’ils ne voudraient même pas toucher du doigt, et qui ont dans les pans de leurs robes le sang des âmes des innocents.

79. — On donne à celui qui a et il a encore davantage, mais à celui qui n’a pas, on ôte même ce qu’il a.

80. — Et la désolation fondra sur le désolé.

81. — Mais ceux qui ne travaillent pas n’ont pas le droit de manger.

82. — Malheur à vous qui bâtissez vos palais avec la sueur des autres ! a dit Hénoch.

83. — Et l’argent, s’il vit et s’il enfante, est un monstre.

(extrait du chapitre XXX, vers la fin du texte) 

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