Mains positives (1/2)

par Guillaume Métayer

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Salamandre

Il y a encore des mots qui brûlent, comme salamandre. Jetés dans un corsage au fond des corridors, des mots qui courent. Pas juste ceux de feu, tous ceux qui sont restés déchirés dans ta main. Le temps de refroidissement des mots est inconnu. Le deuil, notre dictionnaire favori.

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Course

Puisque tu as choisi une célébrité pour double, je peux te suivre dans ses interviews comme tu courais le long de mon train. J’ai toujours bu l’eau des cactus. Promener l’anneau sans toucher le fil électrique. Se conduire de leurre en leurre. Faire sa propre battue. Il faudrait s’abonner tout de suite aux magazines.

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A4

Je n’ai plus peur des vagues gigantesques de Mestre puisqu’elles tombent au ralenti sur le pont, dans les trains, se mêlent aux immeubles, pénètrent les appartements, en font danser les habitants. Nous visitons leurs collocations, l’une après l’autre C’est donc là qu’elle doit habiter, Brooklyn et bords de mer. C’est fou comme toutes les chambres des jeunes femmes se ressemblent, me dis-je, quand j’aperçois nos deux écritures sur le mur, toute notre histoire sur feuille A4. Il faut l’accepter, nous faisons tous des collages avec les mots des amours mortes. Tu m’aimes encore, tu ne m’aimes plus deviennent bientôt synonymes. Les parallèles se rejoignent, le dé à deux faces n’en a plus qu’une seule. J’en roule si longtemps la pensée en moi après avoir quitté les lieux que je parviens presque à le comprendre, de retour dans le bus des noyés.

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Cinémascope

Le cinéma est l’une de mes manières de ne pas te perdre de vue. Métempsychose dans le mat, bonheur à 24 i/s. Tout le reste n’est que double vie dans ma chambre. Après Irène Jacob, voilà Fanny Ardant. Un jour je te chercherai à travers les compartiments de la pellicule filant dans la forêt. Une femme reparaît. Du Caire la pourpre rose. 

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Aimée et cameos

Nuit d’été dans la rue Leroux, plus d’éclairage. Le taxi ralentit, effrayé, touche des phares deux amoureux qui replongent aussitôt dans le noir. Les mains derrière le dos, Offenbach dans le rétroviseur.

Soir piquant de novembre sur la passerelle, tremplin entre deux rives. En bas, un vieux remonte de la Seine He adored New York city.

Soir de juin strapontin figé dans le ciel de l’Opéra. Porte cochère vermillon, asphalte à peine moucheté. Brassens sans parapluie.

Sandwich-club au passage des Panoramas. Gautier, dans de la toile-à-matelas, suce des flammèches de mayonnaise sur ses doigts. J’arrive bientôt, mon vieux Théo…

Clef de sol accrochée à la portée de la rue perpendiculaire. Concert de chats. Rossini assoupi chez le coiffeur, à côté d’elle sans le savoir.

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[Illustration : Man Ray]

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