Le Grand hasard légendaire (2/2)

par Julien Boutonnier. Lire le premier épisode.

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Tous les cardiologues affirment qu’une source jogge. Pourtant, a-t-on vu pareilles veines calmes au berceau du Nil ? Je réponds que peu suffit dès lors qu’aux artères la fuite est versée. Mais que fabrique donc Michael Douglas ?

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Il tiendrait à cœur au Cousin Cachalot de rendre les harmoniques d’où l’on serait. C’est du moins ce qu’a prétendu Klaus Daimler durant la conférence houleuse du dix-huit octobre dernier. Je juge pour ma part qu’on ne trouvera pas à la fin d’une phrase les os de ceux qu’on allonge, aussi grammairiens soient-ils. Tel quel, comment dire autrement l’enjeu d’une attirance dans la trachée du soir ?

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Il arrive qu’en début d’après-midi, alors que je m’apprête à ne pas faire grand-chose de ma vie, je conçoive qu’une course à l’enfance aurait somme toute la mort pour musculature. J’écoute la lucarne imprégnée des voix, cette rumeur en pente sur le fond d’un ciel nuageux ; et puis, peu à peu, la lente racine du soir parmi les récits. 

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En vain cherché-je le sommeil. Peine perdue ! Entre les dates une mâchoire a cassé ! L’image pliée dans l’insistance d’une annonce broie ma bouche. Place au carillon blanc à bout de nerfs ! Place !

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De quelque façon que je formule n’importe quelle question, j’en reviens toujours à cet énoncé selon lequel une amorce ne trouve pas de rapport... Autrement dit, je constate qu’une interrogation est une verrière qui se tait dans mes poumons. Alors, je sors me promener dans les champs jusqu’à ce que j’ajoute, au moment opportun, comme pour moi-même : …à l’unisson du calque qui constelle.

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Jean-Jacques Rousseau n’affirme pas que désespérer de l’air est une manière de voir. Doit-on en conclure quoi que ce soit ? Et si les fosses communes étaient l’uniforme des jours, comment devrions-nous orienter nos existences ? Montaigne a pensé la nécessité d’une enfance pour l’émargement de l’eau. Mais il ne l’a pas écrit. Pourquoi ?

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Chaque fois que je regarde un cadavre allongé dans la chambre froide, ou même que je me prends simplement à l’imaginer, je constate qu’un corps possède les formules d’usage. C’est à vrai dire une lente déflagration sans ponctuation ni berges qui fait le vide et me présente au silence. Au bout de quelques minutes, j’entends dans ma voix s’effondrer les séracs. Comme un crissement de pneu dans un épisode de Starsky et Hutch.

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Il est de coutume qu’avec l’âge on en vienne à penser qu’une caresse suspend la numération de soi. Cette trêve comptable serait une invitation à poser la joue de guerre lasse. Ne nous appartient-il pas cependant, passé quarante ans, de ne plus méconnaître l’inéluctabilité de cette réalité selon laquelle, même après le silence, humide reste une terre ?

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Force est de constater qu’au fil des jours passe une eau après l’autre, que nul ne saurait relier de façon pérenne. C’est que les ombres nous sont rendues par fragments de sommeil, ni plus ni moins, quand bien même nous nous faufilions par l’entrebâillement d’un groupe nominal, ou pas. 

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