Saint-Hilaire, Les Matherons, Perce-Neige

Par Olivier Domerg

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Poursuivant les repérages de la veille, on quitte le promontoire-promenoir de Coste Longue, traversant Saint-Hilaire et Les Matherons en direction de Pont de Frappe, afin de travailler sur ce côté du Puy de Manse, peu accessible, sur lequel on manque de recul, de points d’observation, et, par voie de conséquence, d’images, de notes et d’investigations.

La route suit les gorges où s’enfonce le torrent d’Ancelle. Cette face, que tu t’amuses à qualifier de « cachée », est couverte de prés et de bois, épicéas et mélèzes : deux/trois sortes de verts et de roux, surmontés par la toiture ronde que vous connaissez. Va-et-vient de tracteurs, en pleine phase d’épandage dans les combes qui descendent jusqu’au cours d’eau.

Le Puy, répétons-le, est un animal à carapace bosselée et herbue. Un animal sommeillant, tête posée sur ses pattes de devant. Sur ce versant, hormis le triangle forestier dont tu as déjà parlé, poussent quelques mélèzes isolés. Une colonie plus ou moins rampante de pins courtauds surpique de coutures vertes et foncées le pelage brun-vert, de saison.

Vacarme de l’épandeuse : un rotor entraîne une vis sans fin qui pulvérise le purin sur une large bande. L’engin effectuera autant de passages que l’étendue du champ le nécessite. Sa remorque vidée, il retourne s’approvisionner et revient traiter le restant de la surface à couvrir. Puants, les noirs semis ressortent en lés parallèles sur le fond encore assez vert. La prochaine phase consistera, après un temps de repos approprié, à retourner la terre fumée. 

Les saules, au bas de la combe, annoncent le charivari d’eau claire derrière la douceur inextricable de l’écrin ripisylve. Grondement des voitures grimpant la départementale 514. Chants d’oiseaux et bêlement des troupeaux complètent le tissu sonore de cette matinée, où le ciel, imperceptiblement, commence à pâlir.

Profiter au maximum de la lumière, belle, comme les brebis qu’on entend partout ici, depuis qu’on a débuté. On se dépêche maintenant, alertés par cette soudaine blancheur du ciel qui n’augure rien de bon. 

C’est la face tronquée, escamotée par le brusque dénivelé, l’encaissement des gorges. Tu aimes cette vue que nous avons du coteau ; l’ubac, éminemment serein, et l’air de rien, campagnard, avec cette forêt de reconquête, automnale en dépit d’une majorité sapée de verts sapins. Et, au-dessus, la masse brune, tavelée de vert, musculeuse et tombante, qui semble basculer vers le torrent, au « cul de Manse », qui est aussi, a contrario, car les deux images se superposent, la tête pesante d’une bestiole musculeuse, couchée de tout son long, entre Sauron et Les Vialattes.

[ Saint-Hilaire, Les Matherons :
« Cap à l’ubac », 1er novembre ]

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[ Tenir la note, 20 ]

Une pause au Perce-neige, à onze heures (heure d’hiver), pour le désormais traditionnel café. – « Bonjour ». Il s’installe tout sourire, sifflote très mal Le parapluie de Brassens, jovial, extraverti, complimente la patronne et commente le moindre de ses gestes. – « Fait chaud, hein ? ». – « Remarque, ici, on est toujours bien ». – « Tiens ! J’vais prendre l’Équipe ». Il se calme, un temps, puis reprend son sifflement approximatif. Visiblement, ce n’est pas son truc !

Tu essaies de te concentrer, sans succès, sur une image insolite : le passage, comme l’avant-veille, mais cette fois en sens contraire, du patineur de vitesse, fluide et costaud dans sa combinaison ajustée, musculature fuselée, mollets en proportion, appuyant sur ses roulettes, un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite, un coup à gauche, et, au sortir de la côte, accélérant dans la descente de Saint-Hilaire, puis dans la plaine de Lachaup, qu’il traversera à toute berzingue, traçant sa rectiligne imperturbable, en piochant le bitume de ses bâtons.

L’autre n’a pas lâché le morceau, Brassens en prend pour son grade. – « Paraît qu’ils annoncent de la pluie pour jeudi », dit-il à la patronne, – « c’est dommage, on était bien ». Il est seul au monde, comme beaucoup. Blague avec les nouveaux arrivants. Bâille bruyamment, exagérément. Hèle une connaissance de grossière façon. Et après, tout au long de la journée, ce sifflotement bouffon, ce refrain massacré, se rappellera fâcheusement à vous.

[ Une pause au Perce-Neige, 1er novembre ]

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[Prose 15 – Ode au levant]
[Tenir la note 19, 20 – Saint-Hilaire, Les Matherons ; Perce-Neige]
[Chant 15 – Saint-Philippe]

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