Poésie & cinéma (5/6)

Entretien avec Ivar Ch’Vavar. Toutes les contributions poésie & cinéma.

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« L’apparêtre »

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Q : Dirais-tu qu’il y a de la poésie dans le cinéma ? Ou qu’il peut y en avoir, dans certains films, ou dans certains plans ? Qu’est-ce qui fait pour toi la « poésie » du cinéma ?

Il y a de la poésie dans le cinéma comme dans tout. Dans le roman, la musique, le monde, la vie.

La poésie, c’est l’affleurement de l’être, le dévoilement du réel, — l’apparêtre.

Après, on peut prendre « poésie » dans le sens étroit : une sorte de joliesse un peu vague et mystérieuse… Je ne le fais pas.

Il y a la poésie immédiate, qui est là, et la poésie artefact — poème, quatuor à cordes, nature morte… ou film. Non, cette distinction n’est pas pertinente ici : qu’est-ce qui distingue tel tableau de cet arbre du jardin, telle musique de cette criée d’oiseaux ? Et un film se déroule comme le monde… Mais dans le cas d’un texte, il faut passer par les mots.

Un film peut être une poussée de poésie presque continue, ou ne comporter que quelques plans poétiques, voire un seul, ou même juste un détail dans un plan (mais tout ce plan en devient poétique).

Un film est poétique quand il révèle, avec une certaine continuité, quelque chose de l’être.

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Q : Dirais-tu qu’il y a dans ta poésie une forme de cinéma ? Comment, où ça ?

Est-ce qu’il y aurait dans mes poèmes (en supposant qu’ils aient quelque chose à voir avec la poésie, ce qui n’est jamais évident) une forme de cinéma ?

Il y a inévitablement dans ces poèmes une influence du cinéma. Le cinéma — poétique — nous apprend à voir le monde (le réel, l’être affleurant ou apparêtre). Il n’est pas seul à le faire mais lui le fait avec des moyens très puissants.

Un texte poétique (s’il l’est vraiment, poétique, et pas qu’un poème vide de contenu) nous apprend aussi à voir le monde. Mais combien c’est plus difficile pour lui de le faire puisqu’il ne peut se servir que des mots ! Il ne nous met rien immédiatement sous les yeux ; il nous oblige à passer par les mots.

Mais nous avons appris à voir surtout par le film. On a certainement davantage vu d’images que de monde. Un écrivain a la tête pleine d’images cinématographiques, ses neurones en ont stocké des quantités infinies… Et il a le crâne farci des techniques du film, aussi, qu’il a repérées, comprises, ou qu’on lui aura montrées, expliquées, et qui influent sur sa façon de voir mentalement, d’imaginer, et de restituer par les mots sa vision.

— Ma poésie est forcément pleine de cinéma, pleines des formes du cinéma.

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Q : Que cherches-tu dans le cinéma ? Est-ce que c’est comme poète que tu le cherches ? Est-ce le même type de choses que tu cherches dans les livres et dans les tableaux ? Et dans les livres de poèmes ?

Ce que je cherche dans un film ? La poésie du monde, le réel, l’apparêtre. Je ne la cherche comme poète que pour éventuellement piquer au film des trucs qui pourraient me servir dans ma poésie, dans l’élaboration de ma poésie. — Mais je pique aussi bien à la musique, à la peinture, aux différents secteurs de la littérature, y compris même celui qu’on appelle « poésie ».

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