Un chant d’adieu (2/2)

par Denise Riley.
Traduit de l’anglais (G-B) par Guillaume Condello. Lire le premier épisode.

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XII

O âme joyeuse, en partance, j’essaie de capter
Ton appel par-delà l’éloignement
Bien que ta voix soit pleine d’échos,

Peut-être brouillée par le bruit
Qui me traverse – ou bien est-ce
Toi qui orchestres cela maintenant,

Toi qui rirais à l’idée
Que tu chanterais en moi
Et me dicterais gentiment ce chant.

Ce n’est pas comme t’entendre vivre.
C’est ce que tu dis en moi,
Gai, affirmatif, à propos de ce qui reste.

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XIII

J’avance doucement, à plat ventre, vers le bord de la falaise
Puis scrute la mer déchiquetée
Là où, casques d’ivoire, les crânes des fous de Bassan,
S’écrasent en petits plumets de blanc
Pour vivifier l’après-midi languide –
Au bout de mes doigts se pressent les épis
Et les calices parcheminés d’Armérie maritime fanées
Que les hommes appellent œillet marin – de sorte que je peux jouir,
Dans l’isolement naturel, d’une joie étudiée.
Et je n’inventerai pas ce hochement de tête :
« Elle est encore partie se balader, c’est bon signe,
Elle a dû réussir à surmonter la chose maintenant »

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XIV

Confusion gris-brun du soir qui chancelle
Et finit en nuit marine. Et pourtant encore une
Nuit, un autre jour, la nuit encore et encore.
J’ai tellement envie de te rejoindre.

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XV

Les inconvénients du suicide sont évidents
En plus de causer bien du tracas
Aux vivants qui sont attachés à nous
Nous pourrions nous rater
Nous pourrions être piégés pour l’éternité
Oublieux l’un de l’autre
L’un criant Où es-tu, mon enfant
L’autre appelant Mère

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XVI

Mort, tiens-moi compagnie
Toi qui brûles comme le titane
Compressé du pâle
Incendie de survivre seule.

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XVII

Suspendu dans la lumière impitoyable
La mouette inclinée stoppe ses cercles
La mer vitreuse n’est que vagues durcies
Les eaux se penchent dans l’air brillant
Mais ne s’écrasent pas et retiennent leur arc
Bandé par les cordes glauques
De leurs muscles luisants. Tout ce qui
Devrait couler est scellé, en équilibre
Dans une implacable immobilité. Réuni hors
Du temps, arrêté en chute libre.

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XVIII

Il s’agit d’un chant de résurrection.
Si jamais il était bien entendu
Les morts pourraient se précipiter chez eux
Impatients de repasser leurs pantalons.

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XIX

Elle prend différentes voix pour faire l’endeuillée
Parce que le but de ce discours est de t’aiguillonner
Au retour dans mon troupeau, à portée
De mes oreilles épuisées ; t’arracher une réponse
En trouvant un dispositif, n’importe lequel, pour déchiqueter
Les ombres qui s’épaississent entre moi et toi, mon fils
Désormais étrangement sans réponse, toi qui étais
D’une compagnie si facile, si fiable,
Ne te laisseras-tu pas convoquer une fois de plus
Par la musique, caracolante et entortillée en dix
Modes mièvres, que je te joue sur ma flute de roseau ?
– Toujours pas ? Alors laisse-moi reposer, mon chéri.

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XX

Mes sœurs, ma mère,
Pleurez de sombres larmes pour moi
Je dérive en cendres légères
Au fond des mers du sud
Oh, ne me laisse pas, mère,
Dans une tombe inquiète
La poussière de mes os est un corail léger
Sous les vagues agitées

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