Chatégré

par Olivier Domerg

.

.

Le Puy de Manse surpris entre les arbres de Chatégré (1710 m), sommet plus élevé que lui d’une centaine de mètres. Malheureusement, plus de lumière ! Le ciel s’est couvert depuis ce matin et le casse-croûte expédié au col de Moissière. Soleil absent, obturation générale : la forme se détache moins. La masse tourne maussade. Elle a tendance à se fondre dans le décor, à se racornir, se raplatir et se ratatiner. À s’enfoncer dans l’atonie, le terne, l’asthénie.

Une même chape, commune, empesée, prédomine, sous le manque. Pinceau du projo confisqué, tout ne repose plus, pour éclairer le relief, souligner les courbes principales, que sur la luminosité diffuse et restreinte, un mercredi 1er novembre, à 14h45.

Luminosité faiblarde, au sein de laquelle, bruns et verts se défaussent, virent au fallacieux, au défoncé, au terre de chienne brouillée. Tandis que les dominantes se fondent ou se perdent dans l’orgie des fauves et des marron, la retape malingre de la couleur taupe. Les creux, les inclinaisons, les sillons marqués, les scarifications, les lignes montantes et descendantes, les inclinations, le dodelinement subtil de la triple cime : tout cela est reconnaissable, identifiable, mais sans l’éclat habituel, sans la crudité des grands pans nus, sans l’âpreté singulière des choses.

.

.

Cependant, les traits qui, ici et là, en incrustation ou saillie, dessinaient la forme du Puy, apparaissent parfois plus clairs, dans des tons jaunâtres ou beiges. Sorte de nouvelle « ligne claire » reprenant à son compte l’enveloppe commune, la définition de l’ensemble.

Pareils pour les contours des contreforts collinaires qui s’y raboutent, hors silhouette et déclivités principales, fondus évidemment dans ce qui fait masse, tirés du même moule, de la même moue ; mais qu’une haie de pins verts et noirs, ou qu’une autre « ligne claire » font ressortir.
______________________________Et, brossant cela d’une façon sommaire, tu n’omets point les affleurements de marnes bleues : taches alvéolaires, notamment dans la verticale du sommet, poinçonnant de leurs empreintes et jalonnant de leur somme, une direction, un axe médian.

.

.

Avant de descendre le chemin forestier, de bifurquer dans la ravine et de remonter en direction de Saint-Philippe, tu effectueras un croquis de ses effleurements et de leurs emplacements schématiques, à l’aplomb de la plus haute bosse,
_____________________________________________________________________et prendras ces notes,
sous couvert du chat tigré du mélézin orange et roux, au-dessus du réservoir oblong, dans le feu froid des couleurs chaudes. Aiguilles piquant le paysage de leurs flammes factices et de leur fauvisme fervent, contre-figuration tangible de leur fulguration intense mais tellement éphémère ! Tu écouteras aussi le « doux bruit du ruisseau », par où s’écoule sans doute le trop-plein du réservoir, renvoyant ironiquement, dans cette écriture, a son absence de réserves.

.

.

.

[ Prose 14 – Chatégré ]
[ Tenir la note, 18 — Coste longue, plaine de Lachaup, 1er novembre ]
[ Chant quatorze —  Sans bouger d’un pouce ]

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s