Tenir la note 16 & 17

par Olivier Domerg

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[ Tenir la note, 16 ]

Au retour d’Ancelle, pris d’une inspiration subite, nous avons quitté la route, laissant la voiture aux Travers, en marge d’un chemin tout ce qu’il y a de plus engageant, sur lequel, répondant à l’invite, nous nous sommes d’ailleurs aussitôt engagés, remontant à pieds jusqu’aux limites d’un pré, bordé de cailloux et de courts feuillus, pour examiner, sous cet angle, ce côté du versant que nous connaissons peu, ou insuffisamment en tout cas, au regard de notre projet. Son accomplissement.

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La montagne paraît plus pentue, en un sens, que de l’autre côté. Les strates déclives s’enchaînent rapidement, donnant l’impression ici d’un étrécissement ; que les choses se compriment et s’accentuent ;
___________________________________peut-être aussi parce que nous sommes au pied du mur, du plein de la masse tombante, devant l’empilement des tills successifs qui précèdent l’abrupte manteau de la butte.
___________________________________________Un groupe de marcheurs est justement en train d’en faire l’ascension, zigzagant devant cette raideur soudaine, coupant bientôt à l’oblique pour rejoindre le sommet.

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Nulles génisses ne s’aventurent ici, elles ne le pourraient d’ailleurs pas, empêchées par la clôture sommitale. L’homme qu’on repère est seul ; et se tient debout, immobile. Ne bouge plus depuis un bon moment, comme s’il était à l’affût, comme s’il observait le vol circulaire de la buse au-dessus, à quelques dizaines de mètres. Vu de loin, témoins involontaires de cet étrange manège, on a le sentiment que l’oiseau et l’homme sont inexplicablement liés ; que l’oiseau tourne autour de ce centre qu’est l’homme qui le fixe, et on ne sait plus qui des deux (re)tient l’autre ; ou, autrement dit, qui abuse d’un pouvoir qu’il n’a pas.

Nulles génisses, certes, mais nuls génies non plus : Que d’horribles et de laborieux (t)rimailleurs !

[ Les Travers, 30 octobre ]

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[ Tenir la note, 17 ]

De retour aux Eyssagnières en fin d’après-midi, vous reprenez vos postes d’observation coutumiers. Manse s’affiche bicolore à cinq heures bien sonnées, deux tiers gris,
____________________________________________________________________________________un tiers vert-jaune,
____________correspondant, sous cet angle, à la bipartition de la casse (sous les deux premières bosses) et de la pente indemne (sous la bosse restante).

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L’ouest, ombreux ce matin, apparaît rutilant ce soir.

_________________________________Vous frottant et confrontant
à lui depuis cinq ans, tu te demandes
quand cesserez-vous de soupeser
_________________________________ses secrètes mensurations ?

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Tu as regagné la chambre au deuxième étage,
l’observes maintenant à travers la fenêtre.
Il se découpe dans le carreau
________________________________le plus à droite
et le plus bas.

Une branche du poirier,
au-dessus, le
frange.

Tableau minimaliste,
tableau modeste,
tableau japonisant.

[ Retour aux Eyssagnières, 30 octobre ]

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[ Prose 13 — Moissière ]
[ Tenir la note, 16 & 17 ]
[ Chant treize — Route des Moutas ]

Un commentaire sur “Tenir la note 16 & 17

  1. Manse vous (re) tiens comme cet homme et cette buse, à distance, en instance. C’est toujours un plaisir de vous lire et de voir Manse et alentours par vos yeux et vos mots.

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