Col de la Rochette, etc.

par Olivier Domerg

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Vous êtes remonté vers le Puy et l’enchantement nourrissant du chantier. Vers cette très belle vision, au débouché, lorsqu’on quitte le couvert des pins, peu après le col de La Rochette.
_______________Le ciel est dégagé, le temps, superbe. Vous stationnez, un bon moment, en haut, très en amont des Moutas, profitant de la vue avant de quitter l’adret. 

Les vaches sont sur Manse, une dizaine en tout, éparses dans la pente où elles pâturent, et ce, jusque sur la crête. Du fait de la distance et de leur taille réduite, elles peinent à se détacher du mélange de vert et de jaune ; tricot de peau du Puy que détricote lentement le troupeau.

Détailler le tracé des sentes et celui des clôtures, à midi, ancienne heure, dans la pleine lumière. Le sillon gris des rus aux creux des vallonnements. Prêter l’oreille au son que fait la bise en soufflant, tout en observant les lignes obliques des pins nichés dans les affaissements ou à la couture des plis, la disposition des clapiers parallèles à la pente et la progression des promeneurs sur le flanc de la montagne. 

Jaunisse et rougeole ont contaminé les rares feuillus, qui, en bas, servent de haies, bordant parcelles, pierriers et murs en partie écroulés. Un agriculteur épand du fumier sur le grand quadrilatère voisin. Sur la gauche, près d’une des maisons implantées à flanc, des chevaux évoluent dans le rectangle modulable de leur pré (Une famille les élève ici depuis quelques années).

Réfugiés dans la voiture pour écrire et déjeuner sur le pouce, on cuit bientôt sous le soleil, de trois quarts arrière, qui tape sur les vitres.

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« Il faut voir Balou », vous dit la patronne de l’établissement lorsqu’on se rencarde auprès d’elle. « Balou, c’est un peu la mémoire du village, il est là tous les jours vers seize heures. » Tu penses au gros ours bonhomme, d’un abord jovial et dansant, du Livre de la jungle. C’était dans un dessin animé, la première fois, qu’enfant, on t’emmena au cinéma, dans une célèbre salle de La Ciotat qui a croupi, longtemps, dans un état d’abandon. Tu avais six ans, peut-être huit. Tu ne savais rien. Tu n’as pas appris grand-chose.

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Profitant de ce passage à Ancelle, on cherchera, explorant le chemin de Lachaup, d’autres perspectives sur le Puy de Manse. Allant même jusqu’à longer le mur d’enceinte du cimetière : « la meilleure vue sur le village » (« – Vous ne manquez pas d’humour, surtout en ce jour de Toussaint » !). 

D’un cimetière l’autre, nous voilà rendu devant celui de Château d’Ancelle, fiché sur un piton que balaye la bise : « Là encore, très belle vue » ! (– « Vous savez que vous êtes tordant » !)

On fait face à Manse, non loin, trois-quatre kilomètres peut-être, et à contre-jour. Coups de feu répétés. Tous les chasseurs sont de sortie, tandis que leurs femmes, sœurs et mères, rendent hommage à leurs morts. « L’homme est un animal à sang chaud », disait Cervantès, à moins que ce ne soit Pancho Vipaldo (– « Un festival » !). 

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C’est dimanche : fumet de grillades et feu de cheminée. Si d’aventure, on quittait notre point de vue et qu’on se retournait, on verrait le très beau panorama sur la plaine, Ancelle et les montagnes qui ferment la vallée derrière nous. 

Mais on ne se retournera pas. On va plutôt s’échiner, tout ce temps, à camper le Puy et son « échine » justement ; son versant le plus bosselé et le plus suggestif : corps allongé, bassin, croupe, épaule — corps de femme reposant sur cette litière forestière.

Tu schématises grossièrement, dans ton carnet, les chairs plantureuses, l’incarnation de Manse, ses bombements, ses bossellements.
__________________________________________________Puis, d’un même mouvement, les teintes assez ténues, à cette distance, mais qui donnent le ton à l’ensemble ; confirmant s’il en était besoin la forme féminine de la montagne, surtout dans ce fort contre-jour et sous ce léger voile qui gomme les éventuelles irrégularités et divergences ;
______________________________________________________________________________tout comme la relative homogénéité des toits d’Ancelle atténue grandement les différences ; le disparate de l’habitat (plus que le mitage) et la dispersion des constructions le long des routes qui partent, quasi en étoile, du centre du bourg (ou de son absence de centre, précisément). 

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En partant, avant de remonter en voiture, de laisser à main droite la station de ski déserte, de franchir le torrent, de retraverser le village pour reprendre la départementale (bordant l’autre extrémité de la plaine et offrant, pareillement, un captivant point de vue),
_____________vous écouterez, un temps, le bruit des trembles plantés le long du chemin qui grimpe au cimetière.

Longs frissonnements des feuilles qu’on rapprochera de l’impétuosité de l’eau claire cavalant sur son lit de roches. 

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[ Col de la Rochette, l’adret ; 
Ancelle, chemin de Lachaup
 ;
Château d’Ancelle, le cimetière ]
[ Tenir la note, 14 & 15 ]
[ Chant douze – La Contre-forme ]

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