ដោះ         (3/10)

par Christophe Macquet

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[ɗɑh]

(DANS LA NUIT KHMÈRE)

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Nocturne, retour, mère morte. Extrait d’un manuscrit inédit de 108 textes et 108 photographies. Dâh, en khmer, signifie le sein, mais également dénouer (les nœuds qu’on a dans la tête), libérer (il s’agit d’abord d’une libération d’éthanol). [Note de l’auteur]. Lire les précédents épisodes.

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19. Dans la nuit khmère

Dans la nuit khmère
il y a ton père qui
il y a ta mère qu’on
il y a des puissances
dans la nuit khmère
il y a ton frère qui
il y a ta sœur qu’on
il y a des puissances
dans la nuit khmère
il y a ton fils qui
il y a ta fille qu’on
il y a des puissances
dans la nuit khmère
il faut faire attention.

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24. Tu es ma beauté vertébrale

ស្រា (ars)
​ឈាន (absorption)
កម្មដ្ឋាន (attention travaux)

ស្រា (Sara)
​ឈាន (la lune)
កម្មដ្ឋាន (attention transe somnambulique)

ស្រា (tu es le ponton)
​ឈាន (tu es la boule à facettes)
កម្មដ្ឋាន (ne confie pas tes yeux aux corbeaux)

ស្រា (tu es la boule à zéro)
​ឈាន (tu es la caverne)
កម្មដ្ឋាន (tu es la forêt immergée)

ស្រា (tu es la belle heaumière)
​ឈាន (breast offering)
កម្មដ្ឋាន(avec du silicate d’éthyle)

ស្រា (imprègne)
​ឈាន (derrière le pagodon)
កម្មដ្ឋាន (Makara gueule ouverte)

ស្រា (aucun grès n’est signé)
ឈាន (ne crois pas que je me prosterne)
កម្មដ្ឋាន (cette Kâli a le sein coupé)

ស្រា (tu es la pirogue)
ឈាន (le silicate s’hydrolyse)
កម្មដ្ឋាន (tu es la fistule artério-veineuse)

ស្រា (tic-tac)
ឈាន (glossolalie des îles)
កម្មដ្ឋាន (tu te condenses en gel de silice)

ស្រា (tu es ma Dinamène)
ឈាន (le crocodile désobéit)
កម្មដ្ឋាន (tu es minérale et charnelle et tu m’anesthésies)

ស្រា (sous le règne du roi Dagobert)
ឈាន (tu es ma vie ravagée khmère)
កម្មដ្ឋាន (avec soudaine libération d’éthanol)

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31. Fish Roes & Dark Vows – Inde du Sud, 2014

39

Première naissance d’Avine, my lord
l’histoire est connue des marins d’Acrabeucq
(à vérifier)
une naissance extraordinaire
(reprendre éléments du Voyage au centre de la grosse Adèle).

40

Il vagissa, my lord
il vociférut de calme trempé
puis, autour de ce cri, de ce tranglé, de cette ardeur ramouchelinée
fusion, my lord
concentré de fièvre et de dérision
monstère
long rade
anonyme, my lord, il suffit
pour que les masses informes (les externes sans rêve) s’organisent autour de monstère-long-rade
c’est l’axe Avine
si vous voulez
si vous ne voulez pas, my lord, c’est pareil
vous tournerez
vous tournerez jusqu’à ce que cette petite lueur s’éteigne.

41

Mais nous n’en sommes pas là
nous parlons d’une naissance
nous parlions d’une naissance extraordinaire
(reprendre éléments de Metamorphosis of the spat on a suitable cross-linked substrat)
une perspective locale.

On raconte (sur les docks un peu désertés d’Acrabeucq) qu’Avine naquit les yeux ouverts
des yeux gris fond-de-glaise
qui vireront par la suite au bleu fade inquiétant
et puis des cheveux
(bâtard de creux)
beaucoup de cheveux
et roux, tout roux
avec une odeur de beurré
de genêt épineux qui s’échauffe au mois de mai
alors que personne dans la famille n’était roux
et puis il faisait déjà grand dadais
et puis ses pieds
(bâtard d’Anglais)
jamais on ne put lui enfiler les chaussons qu’une voisine lui avait tricotés
(elle avait pourtant prévu large)
et puis un air, comme ça, perdu-mauvais-inspiré-délavé.

42

Que dire encore ?
au même instant, naquit Tino des amours illicites de la levrette du douanier Scocofish et du teckel de Froide-Main, le moulier d’Isbakeurcq
naquit Tino, les yeux ouverts, lui aussi
Tino
ses anguilles d’impatience
son indignation d’être
son éperdu miraflé-zorèd-hurlon-drisseau-gercalé-bortyr-dans-les-dunes
Tino
son éperdu mastar-affrote-ayure-torlante-darzou-bortyr-sous-la-lune
Tino.

On raconte qu’autour de ce premier cri (celui d’Avine) s’évanouit le premier cercle
c’est-à-dire les parents, les médecins, les premiers témoins
sitôt créés
on ne sait rien d’eux
on en restera là, my lord.

Le deuxième cercle, curieusement coupé du premier, c’est la famille d’adoption
enfin, la famille…
c’est Matante, d’un côté
(elle habitait dans une roulotte, square des Ormeaux)
et de l’autre, Pépé Jean-Baptiste
(il habitait dans un blockhaus, sur la falaise).

Ces deux-là se détestaient bruyamment, s’évitaient autant qu’ils pouvaient
mais, quand ça leur prenait, ils disaient à tout le monde qu’ils naviguaient ensemble depuis les débuts
on les savait un peu toqués
ils buvaient tous les deux
ils décidèrent de s’occuper séparément d’Avine
Matante adopta Tino dans le même mouvement, Tino dont personne ne voulait
(les faux teckels mélancoliques ne sont pas très prisés).

Donc, chez Matante, Avine grandit avec Tino
et chez Pépé Jean-Baptiste, avec les deux croisés de berger picard et de setter irlandais, Saadi et Li Po
(Pépé avait des lettres, my lord, il n’avait pas toujours été ce vieil alcoolique vaticinateur qui effrayait les promeneurs égarés).

Il y avait des livres, d’ailleurs, chez Matante, dans un scriban en acajou
c’est les liv’s à Pépé Ratapié, fulminait-elle
mais pas moyen de lui faire dire pourquoi ces livres se trouvaient là, dans la roulotte, et pas à l’intérieur du blockhaus, sur la falaise
surtout qu’elle ne lisait jamais, Matante
elle allait à l’église, à Jésus-Flageolet
elle priait en soufflant très fort
c’était sa manière, disait-elle, d’expirer la frustration des prières à l’avance (je traduis).

43

Il y avait un secret
ce n’est pas normal de passer ses journées, agenouillée, à Jésus-Flageolet
té f’ro miu d’briquer tin manicraqu’ à nounouss ! fulminait Pépé en imitant l’idiome en cul-de-sac de Matante.

Il y avait un secret
église verdie
palplanches rouillées
au bout du quai
en fin de jetée
les eaux clapotent
et pas une clé.

Naquit Avine
té f’ro miu d’briquer tin manicraqu’ à nounouss !
naquit Avine
Avin’, i s’in va, on diro qu’il arvient !
naquit Avine
il a revu son ancêtre jeune homme (je traduis)
naquit Avine
et murgalet
creuser, my lord
racler, my lord
tu ne sais même pas parler.

Creuser
racler
verdie
raideur
chapelle
les algues
et murgalet.

Et Jorézu
et Jarnibald.

Et, donc, Matante vivait à l’ouest du Wireux
(un fleuve côtier assez tranquille)
et Pépé Jean-Baptiste vivait de l’autre côté, mais plus au nord
(au sommet de la pointe qui sépare le port d’Acrabeucq de la baie de Saint-Heaulme).

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[Photographies de Christophe Macquet]

Categories: Dah

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