Fable rase

Par Olivier Domerg

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L’intégrité de la vision du Refuge Napoléon :
Le Puy de Manse pris dans son unité occidentale,
Sa complétude,
_________________Dans le bavardage des chasseurs
(Buvard des conversations) ;
Dans la litanie des notes et des dates
(Le temps du chantier, sa longueur, ses atermoiements,
Ses détours, ses accélérations
________________________________Ou condensés soudains) ;
Comme cette ligne de crête,
Dents de scie des allers et retours, ici et autour,
La montagne en ligne de mire,
Tout comme, en fin de matinée, devant la réserve
Georges Serres, dite aussi « des Jaussauds »,
L’eau détournée du Drac alimentant cette retenue
Et ce point de vue sur un Puy devenu
Boisé et apaisé
________________(Cela écrit malgré la ronde bruyante
________________Des voitures qui surviennent, pour le tabac
________________Ou l’apéro — garçons et filles, plus garçons
________________Que filles d’ailleurs).

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Mont, forêt, lac,
Dans cette déclinaison-là, ou dans celle inverse :
Lac, forêt, mont – avec cette impression d’être
Brusquement rendu dans un autre pays
De lacs et de forêts (paysage pyrénéen ou nord-américain ?),
Où Manse émergerait des frondaisons
Qui bordent et surplombent
La berge____————–_______et l’étendue d’eau.

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Mais tu reviens à cette vision que le Puy de Manse
Comble ou emplit — volume intense posé
À quelques encablures,
________________________Et qui, bien en place,
Pèse de sa douceur replète,
De sa presque nudité (herbue,
______________________________Suave et duveteuse).
Fable rase qui vit ici
« Une grande forêt de mélèzes »
Ou des « mines d’or »
______________________Dormantes,
Ou les « sources de la Sorgue lointaine ».

Trois petites mythologies assorties de leur lot
De demi-vérités, spéculations, rêveries
Ou fausse érudition.

Aujourd’hui, la montagne est toute aux troupeaux,
Aux chasseurs et aux randonneurs.
Quoi d’autre ?
Un énorme et monuMENTAL tas
De terre et de cailloux, de roches dures ou tendres,
Tithonique et Crétacé inférieur.

L’esthétique du tas chère
À Philippe G.,
________________Scripturale et sculpturale ;
De compulsions en compilations,
De complexions en complications.

L’immense et massive matière
Lorsqu’on se trouve, ainsi, à son pied.

L’immense forme ondulant triplement,
Loin au-dessus de ses socles
Géologiques et de ses ceintures morainiques ;
Au-dessus de ses abords de fermes et champs,
De feuillus et pins sylvestres.

Et réaffirmant cela, ne rien dire d’autre que l’évidence
D’une cardinale présence,
____________________________Sondée de part en part, intégralement,
Comme on observait, tout à l’heure,
Du côté plus abrupt et sévère
Donnant sur La Rochette,
_________________________________________Ces flancs rebondis
___________________________Introduisant
Les premières pentes
_________________________________________Du Puy.

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[Prose,  10 — Vers le col de Serre La Faye]
[Tenir la note, 10 — Le col, terrasse face au motif, 17 avril]
[Chant dix — Fable rase ]

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