Les poires d’Orietta

.

.

Dans le dos de la maison / Devant le tronc du poirier / Fraîcheur du petit matin / Ciel chargé, croassements / Vif éveil d’oiseaux divers / Levé du soleil bientôt / Tout près du Mont Colombis.

Le Puy m’était apparu
Par le velux du deuxième,
Avec un grand boa blanc
Sur le cou, les épaules.

Il ne subsistait plus tard / Qu’une brume assez basse / Recouvrant toute la ligne / Des cols, de Bayard et Manse.

Corvus concerto : « kroa » !
La montagne s’est mise à
Grisonner, à charbonner :
Elle était d’un gris profond.

D’un gris qualifié « de plomb » / La forme s’était figée / Presque sans angle et sans trait / Massive et ramassée / Ramenée à son idée / Sur le « seuil surélevé / Qui sépare le Champsaur / Du si long sillon de Gap ».

Elle bornait, à l’autre bord,
De son monumental terreau,
Pyramidal vu d’ici,
Deux espaces découpés

Dans le lait du ciel livide / Les chaises, la table blanche / La nature verdoyante / Les poires pourrissantes / Roulant dans l’herbe du champ / Les oiseaux partout, partout / À l’orée du terrain / Dans les arbres, les taillis.

.

.

Voir le Puy à travers l’anse
Que dessine la branche
Recourbée du poirier :
L’identité remarquable

Reconnaissable entre toute / Du fait de son crénelé / De systole ondulée / Vague imitation de vague / Triple bosse érotique / (Et non pas hérétique / De par sa croix sommitale).

Logo, oui, en quelque sorte
À une et trois dimensions
Logo et logos puisqu’il
Faut préciser la chose.

Une île, replaçons-là / Sans nulle logomachie / Dans l’ordre géographique / De son bel isolement / Île pas plus éveillée / Qu’elle n’était tout à l’heure /

Bloc sombre, d’une matière
Quasi unie : sans le
Luxe des demi-teintes,
Du dessin, des empreintes,

De toutes ces nuances / Qui, d’habitude, font Manse / En complexifient l’aspect / Enrichissent le propos / Sans les singularités / Qui font de cette montagne / Un sujet à part entière.

Butte, gour d’ombres pleines ;
Forme soudain réifiée,
Éminemment ramassée
Et simplifiée à l’extrême.

Soc couronnant les pentes / Douces et orientales / Qui s’étagent depuis Gap / Et s’étalent à son pied / Dans une continuité / À la fois réelle et / Fictive, puisqu’en partie / Créée ou reconstruite / Par l’écart, la distance.

Le Puy, tel que sur son socle,
Vautré, montagne avachie
Dans l’indistinction, le manque,
Le « blanchoiement » Volo dit.

Becquetées par les moineaux / Les poires dégringolent / S’écrabouillent sur le sol / Excitent le vol fiévreux / Des guêpes, l’avidité / On les retrouvera bien / Tôt côte à côte et en tas / Dans la brouette d’Orietta / La belle et la blette ensemble / Confondues dans le compost.

.

.

[Prose, 9 — La Pinée]
[Tenir la note, 9 — Gap, Rue Condorcet, 16 avril, 18h10]
[Chant neuf — Les poires d’Orietta ]

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s