Gap, Rue Condorcet

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De retour à Gap, traverser la ville afin de se poster, en haut de la rue Condorcet, au centre de la passerelle ferroviaire qui la prolonge, suivant en cela nos plans et notre repérage matinal. Le motif, baigné dans la lumière de fin d’après-midi, se profile dans l’axe de la voie ferrée. Si Bayard sombre, le Puy de Manse, lui, rutile, tirant son épingle du jour finissant. À cette heure et dans cette orientation, on a l’impression que le grisé de la casse en rehausse l’éclairage. D’un éclat profond, intérieur. Le gris transmuté en pure luminosité, qui aurait pu le parier, à part un Patrick S. ou un Denis B. ? 

Les arbres qui longent la voie, de part et d’autre (et, parmi eux, acacias et marronniers), l’encadrent, et d’une certaine façon, le désignent ; et ce, malgré la barre d’habitations blanche qu’il SURMONTE ou SURPLOMBE dans l’écrasement des plans. Ce qui revient à dire que, obliquant dans sa direction, la tranchée ferroviaire trace court cavale incise droit jusqu’à lui.

Dos contre la rambarde, prendre ces notes de fin d’après-midi, dans l’attente d’un train qui s’inscrirait pile dans le tableau (d’un train qui ne vient pas) ; composant alors l’une de ces photographies d’emblée projetée, prévue, et d’évidence scénarisée ; simultanément stimulée et simulée, en un coup d’œil et « en pensée » ; mais qui, faute de temps et d’avoir anticipé les horaires de passage, n’aura pu être réalisée. 

Photographie dont l’existence, riche de sa virtualité, ne fait pourtant aucun doute, et que nous ne cessons, tous deux, de regarder advenir, se produire et reproduire, telle que nous la voyons, telle que nous l’avons vue, avant même de la prendre, avant même qu’elle ne soit prise, dans cet espace semi-urbain mais déjà montagnard dont elle cristalliserait l’idée : 

__________________________________________________Le Puy de Manse que le soleil tombant illumine et que le vecteur de la voie ferrée introduit. 

Et que dire alors du panorama sur lequel il ouvre, plein feu, derrière, dessus, partout, au-delà de la cote des mille six cents mètres ?

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[Prose, 9 — La Pinée]
[Tenir la note, 9 — Gap, Rue Condorcet, 16 avril, 18h10]
[Chant neuf — Les poires d’Orietta]

 

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