Trois fois rien

par Pierre-Julien Brunet.

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Trois fois elle

1
Celle qui, par hasard,
buvait là un verre, son
cœur – puis ses yeux –
au bord de mes lèvres.

2
Celle qui, consciente
de son vaste pouvoir,
avait tendu son piège
et se rejouait de moi.

3
Celle qui, écartelée
entre chair et pensée,
se retrouvait broyée
dans l’étau de l’être.

Les trois, à égale distance
l’une de l’autre, et de moi.

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Trois vies de chien

Le premier,
à bout portant,
constellé
de plombs,
étoiles
gorgées
de sang,
arrêtées
par les os.

Le deuxième,
pris au piège
des hommes,
rognant sa cuisse
contre la mort,
puis vieillard
boitant, l’œil
pendu à son fil,
recousu encore.

Le troisième,
– elle – dévorée
de vieillesse,
allongée si
calmement,
grouillant
de vers blancs
venus de la nuit
des temps.

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.

Trois silences

Les cris ravalent
des espoirs meurtris
et des noms qui refusent d’être livrés.

La peur du pire, elle,
se répand jusqu’au bruit
de nos entrailles, au corps des disparus.

Face aux armes,
la beauté demeure entière
mais nue, dans la parole donnée et bue.

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