Romette

Par Olivier Domerg

.

.

Curieusement, repartant de mes notes, que je mets au propre dans l’ordre où elles ont été prises, je revois et revis nos différents séjours ici et aux alentours du Puy. C’est une sensation curieuse, quelques années ou mois après, de se replonger dans le quotidien, les menus faits et gestes, les questionnements, les déplacements, les découvertes ; de remettre ses pas dans ses pas ; de voir comment les éléments, presque fortuitement et parfois intuitivement, se mettent en place et se complètent ; d’assister aux avancées et reculs de ce qui prend souvent la forme d’un parcours ou d’une enquête.

Quant à Manse, des années après ce qui nous a conduit à nous y intéresser de près, nous restons, à chaque fois que nous le redécouvrons, intrigués ; et cette impression, régulièrement renouvelée, motive en bonne partie notre travail, notre désir d’en savoir plus et de poursuivre. Réfutant, d’avance, le scepticisme qui ne manquera pas de nous être opposé quant au choix de cette montagne, et quant à son intérêt, nous répondrons, dussions-nous nous attirer des remarques supplémentaires, que c’est elle qui nous a choisis, et que si le consumérisme triomphant dans lequel nous nous débattons, vu la force de sa propagande et de sa domination, n’est qu’un vulgaire et spectaculaire « tissu de mensonges », nous revendiquons que Manse ne le soit pas, qu’il ne soit pas même un songe, et, bien au contraire, qu’il soit pour chacun de nous, une leçon — ajoutons : « de choses », tout de go ; voyant en elles, comme d’autres avant nous, une qualité et une modestie suffisantes pour que nous nous y penchions, et allant même jusqu’à affirmer, par effet-miroir et en retour, qu’elles nous en diront beaucoup sur qui nous sommes et sur ce qui nous agit.

Pas de MANsonges, donc, mais au réveil : le poirier ; Chaillol poudré comme un vieux beau émergeant d’une salle de bain ; la version Automne live de la colline de Puymaure intercalée, les tons chauds du piano dans les feuilles. De la mélancolie qui n’en est pas, juste un retour au monde tel qu’il est et se présente dans la très belle lumière matinale. La prairie détrempée. La fraîcheur, les senteurs, les couleurs vives. Les vaches qui s’activent déjà depuis l’aube, se frottant le dos et les flancs contre le tronc de l’arbre, en passant.
.
.

Sur la route de Romette, la révélation de la forme simplifiée, nullement “insignifiante” comme le suggérait, une auditrice, hier soir, à la bibliothèque. L’élévation et la révélation de la forme, pleine, intègre,
moulée dans sa moue coutumière,
______________________________________– sa moue ou mollesse, qui est en fait « une rondeur douce », étonnante aux vus de ce qui se dresse et se déchire non loin derrière (les montagnes hautes
et acérées du Champsaur) –
______________________________en « pleine lumière », telle que nous pouvons l’admirer, debout, sur le bas-côté récemment stabilisé où nous avons stationné et où nous resterons un moment,
frappés une fois de plus par l’évidence
de son surgissement ;

Et par la végétation ramenée, de loin, au pelage pastel jaune-vert qui l’enceint, et, en dessous du premier cercle, du premier socle, à l’étage forestier qui, de ce côté, l’enserre.

Frappés, de même, par la beauté ondulante des trois bosses, mutines à leur façon ; latines dans leur danse immobile et chaloupée, en d’autres termes, dans leur transe visible ;
_________m’amenant à répondre à une autre objection, qu’il n’y a pas, de notre part et surtout de notre point de vue, d’extrapolation ou d’exagération, mais qu’il y a là où la montagne et la langue vous mènent, d’un même ensemble ; déduction faite des perceptions, des plans d’attaque et des situations :
_____________________________________________________la forme seule, incidente, réapparue, détachée de son binôme napoléonien, dans cet angle qui la libère de toute dépendance : poids, attelage, tandem.

.
.
On finit pas traverser Romette. Avant de s’arrêter, à nouveau, à la sortie du village, afin de prendre quelques vues et de rendre compte. Autre troupeau, cloches bringuebalantes, chat qui s’aventure sur la chaussée pour venir se frotter aux jambes de B., quémandant des caresses.

« Quelle belle journée ! », dit-elle. Se déplaçant latéralement, on est plus très loin de la Rochette, que je rapproche aussi sec, pour la rime et la presque homonymie, de Romette ;
___________que l’on quitte bientôt, en glissant à flanc, dans l’axe des crêtes morainiques — énorme talutage naturel généré jadis par le retrait du glacier, arasant blocs fragments gravats qu’il avait charrié jusque-là ; qui se tassèrent et se figèrent ensuite pour constituer cette sorte de support, sur lequel le Puy de Manse semble (re)poser.

On oblique alors, sous le Chapeau, par la route d’Embrun, recherchant une nouvelle fois ce travelling pertinent, quant à Manse et à notre traque du motif, nous conduisant cahin-caha jusqu’au relais EDF et à ses bâtiments attenants ; ensemble d’une laideur saisissante dans ce contexte.

.

.

.

[ Prose, 8  Romette ]
[ Tenir la note, 8 Champ d’Ancelle / Les Travers, 16 avril ]
[ chant huit dit « de l’Adrech » — Recommence ]

.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s