Champ d’Ancelle / Les Travers

Par Olivier Domerg

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__________Au pied de Manse, disons, d’un autre Manse, plus paysan, plus travaillé au corps et au champ. Grande parcelle labourée dont le dessin général, nullement orthogonal, mais, bien au contraire, circonscrit à un quasi arc de cercle, épouse, courbes, rondeurs et dénivelés des flancs morainiques. Limites terre/herbe bien nettes, voire, tranchées :
__________terre marron,
__________herbe verte du chemin.

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En bordure de champ ou de chemin souvent, y a des alignements de feuillus bourgeonnant !!!!!!!!!!!!! Arbres qui, l’été, procurent aux bêtes ombre et abri. On sent l’air vif sur la peau nue : mains, poignets, cou, nuque.
____________________________________________La CROIX penche, tu en jurerais ! Tu parles de cette grande croix plantée justement au croisement, dans l’axe de la crête, que l’on regarde ici à l’envers, dans le sens NORD-SUD et de cette perspective moins connue
_________________________________________________________________________________________(on voit clairement les trois bosses, mais comme à rebours).

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Les champs, sur ce versant, sont entrecoupés de vestiges de haies, d’infimes clapiers et de clôtures montantes. Le terrain bombé, rebiquant et recourbé, se distribue selon les pentes. De loin, cela crée une structuration en lacets.

Grimper le Puy de Manse, par degrés, dans ces sortes d’atterrissements qui précèdent le pied du versant, en empruntant ce très beau chemin, frangé de pierriers, de quelques pylônes et d’un brûlis de ronces ;
___________________________________chemin qui vire bientôt, contourne la parcelle au moment où le tracteur débouche.

« Le tracteur, ne vous en ai-je pas déjà parlé ? » On l’entendait sans le voir. On le situait plus bas et plus à droite, vers la ferme Espitallier.
____________________________________________________Et le voilà, fumant, en haut de l’immense parcelle, répandant on ne sait quel produit ! « Est-il déjà en train d’épandre ? de traiter ? » On ne se retourne pas pour s’en enquérir. On le devance, le distance.
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Le chemin, à cet endroit, desSine un « S » parfait avant de se réduire à une Sente. On s’éloigne encore, gravit un bout de chemin creux, entre lisière et enclos. Une très belle vue s’offre soudain, agreste, inattendue, entre les clôtures et la crête. Cela tient, comme souvent, au cadre général, à un rapport de formes, à un jeu de couleurs et proportions.

Quelque chose se passe dans le rapproché des éléments, leur interposition ou leur conjonction. Quelque chose se noue dans le resserrement du visible. Quelque chose a lieu ou a eu lieu. Les conditions d’une émulsion, d’une émotion, dans notre relation paysagère.

C’est au moment où l’on constate celle-ci, où l’on s’interroge sur ce qui la motive, qu’un fait survient, redoublant la question du lieu : un flash roux détale à cent mètres puis s’arrête. Un autre détale à son tour. Des renardeaux ? Non, deux marmottes, bientôt dressées sur un monticule, en alerte, museaux pointés vers la vallée, têtes mobiles, humant l’air remontant — étonnantes.

Extrêmement fugitif, cet épisode animalier vous laisse perplexe. A-t-on bien vu ce que l’on a vu ou cru voir ? Est-on victime d’une confusion, ou pis encore, d’une hallucination ?

Pour ce que l’on croit savoir, pas de marmottes notablement signalées dans ce secteur (les contrepentes du Puy). Et rien ne pourra trancher cette question, pas même de se déplacer vers l’endroit où on les vit.

On sait ce qu’il en est des animaux, entendez, des « animaux sauvages » : plus on s’en approche, plus ils s’enfuient, se planquent, s’éclipsent. La Fontaine, ou mieux, Ésope, en aurait tiré le substrat d’une fable bien sentie.

Heureusement pour les marmottes, pour n’être pas chasseur, nous sommes encore moins moralistes !
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À mi-pente, deux à trois cents mètres au-dessus d’Espitallier, une fois le soleil revenu, vous ferez halte, assis sur le talus, observant le manège criard des corbeaux qui détonnent face à la ronde silencieuse des oiseaux de proie.

Que les uns, plus nombreux, n’évoluent pas à la même hauteur que les autres, vous n’en tirerez pas non plus de conclusions sur l’effet de bande, la propagation du son, l’embuscade carnassière, ou encore, sur le caractère noble ou aérien d’un volatile au regard d’un autre.

C’est plus tard, parvenus sur le rehaut, ce court replat qui marque le début du second contrefort à l’escarpement plus prononcé, que vous repenserez l’épisode « marmottes » :
___________Observer. Faire silence. Identifier la forme qui vient de s’immobiliser, debout, tendue, caractéristique, jaugeant la plaine ou le lacis de pentes, surveillant de loin la progression des travaux agricoles.

Mais vous aurez beau chercher, scruter le moindre relief, la moindre motte, la moindre différence de teinte trahissant un pelage ou une silhouette, vous ne les reverrez pas, ne les reverrez plus, faisant alors demi-tour, coupant dans la pente et obliquant bientôt vers le creux pour te rejoindre.

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[ Prose, 8  Romette ]
[ Tenir la note, 8 Champ d’Ancelle / Les Travers, 16 avril ]
[ chant huit dit « de l’Adrech » — Recommence ]

 

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