Lirisme (8/8)

par Aurélie Foglia. Lire les autres épisodes.

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la poésie n’est pas
racontable

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intrigue
c’est un fait

le compact de la prose ne me fait pas
l’effet physique des vers

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c’est quelque chose qui fait
quelque chose

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je dis juste

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qu’un poète sert

à s’enrichir

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initie à ce que vous savez

avec son spray

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montre comment

jouir sur une fleur

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se rendre compte

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d’un gravier

depuis votre avion

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c’est chant la poésie

n’a plus ses règles depuis plus d’un siècle

rajeunissant d’être peut-être à force d’être

moins répandue que les mots en général

tu parles sur le tard d’une technique éculée ou plutôt d’un art mis au point du lingus

dans ce goût-là

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sauter dans un roman
en marche représente
un vrai défi

un poème vous pouvez
même emprunter

le marchepied

qui se déplie quand
ça vous chante
sans qu’il décélère

tant il se prête
à l’embarquement

sauvage

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un roman reçoit

sur sa terrasse face à sa piscine donne sur sa mer aux abois de ses chiens précipite sa pluie sur sa piste

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la poésie vous sillonne

entre deux versants importe le lointain au cœur du cœur qu’il se loge ou non dans le torse des choses recueille nos restes mûrs dans sa veste

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tu n’aimes pas

les poètes du tout qui écrivent sans retirer leurs gants

si peu les romanciers qui dilapident la langue

avec des ongles trop longs et aigus pour faire la vaisselle

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elle est-ce moi étions arrivées

en terre aride devant dire la difficulté de lire

l’empreinte même du corps dans son sommeil à vie

la langue pâteuse qui risque sans arrêt d’être broyée

entre les mâchoires parlantes de nos pauvres machines animales

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tournez autour de mes lignes en volutes

vos regards coulés à la naissance s’en retournent

(qui rendra l’agonie de naître quand tout s’est retiré)

j’ai voulu en cours de destruction recharger le monde sans qu’il se dédouble

clouer sur la porte une seconde mon plus beau fantôme sans but

les mots me tombent des mains

décrire déchiffrer me déserte

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ne te penche pas trop
par-dessus la rambarde
en fer forgé pour lancer
dans le noir du vide
tes guerres de conquête

ce ne fut pas un espace disputé
celui d’être si blanc où tant de formes
d’hommes vont se perdre

je sais des endroits sans
terre où fleurissent
des fleuves en arrière

moi-même qui me détourne
me voilà prête à être
ravalée par les lèvres
exsangues des livres

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*

je ne sais pas où je suis tombée

éclaire-moi

il fait dedans entre des parois trop froides pour y rester

vous ne relevez pas

le blanc prend l’énergie rentrée de la neige

je perds mes yeux

j’étends les mains dans le geste gauche d’écrire sans pouvoir vous toucher

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à chaque fois que tu rouvres ton livre a changé

de visage si ce n’est de langue au fil de l’histoire est différente des personnages portent d’autres noms toi-même tu n’es plus le même paysage autour a bougé disparu dans l’intervalle

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il a beau

ton bouquin tenir lieu

de tout pleut des signes arrosent l’œil a soif de ce qui a été vers

é au sein n’y est plus dé

verse des kilos d’idées d’ordures de paperasses se

changent en temps et en heure tu accouches de ton corps de lait et de merde

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les livres vois-tu lisent des tombereaux de livres dans leurs ombres par nature pilleurs fils meurtriers de cimetières

vandalisent les voix anciennes avec quelle dévotion font-ils des feux de papier clarifient les liens

charrient-ils des os dans leurs replis de chair trop claire des échos de cris des choses

lancées à ceux qui sont déjà désormais hors de portée une pluie de plus délave les mots les morts

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monte cette musique sans le son

d’une voix qu’une autre voile ou retenue dans sa couleur froide jusqu’au fond

d’une eau dessus la lumière aura glissé sculpter ce sable

le mot à mot t’enliserait dans le sens du quand

tu veux filant à travers dit te dissoudre sans mal

dans ce volume

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ça ferait un peu écoute comme un chien qui pleure avec des staccatos de perceuses et des bruits de tout qu’on étouffe

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aberrant ce petit cinéma de se plonger

à nu dans la mer d’une mare à sec rentre dans un sac rentre dans la tête

pénètre de silence d’amour sans bruit sans bouger

jamais

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silence

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je tourne un livre

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enregistre des images

défilent des vies

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l’assiste

depuis mon point

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comme si nous y étions

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[Fin]

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