Soif, 1

par Rodrigo Dela Peña Jr. Traduit de l’anglais (Philippines) par François Coudray.

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[Le corps enregistre]

Le corps enregistre pour le garder ferme

et fort, comme la bouche doit retenir

qui elle a embrassé ou quoi elle a promis.

Sur le corps les doigts cherchent les failles

grattant là où ça démange, ça démange. Si je ne suis

qu’anatomie, alors je suis heureux d’être sans mot,

de toucher et d’être touché par la gentillesse, les mains

d’étrangers. Au réveil, le moi est de retour dans le corps,

machine branlante qui doit manger, boire, chier.

Qu’est chaque jour si ce n’est le mouvement d’une chose

à faire, vers une autre chose à faire ? Liste d’appétits.

Je suis lourd de désir, ancré par le désir. 

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[The body holds an archive]

The body holds an archive to keep it steady

and steadfast, how the mouth must remember

who it kissed or what has been promised. 

The fingers reach for the body’s crevices

scratching the itch, the itch, the itch. If all I am

is anatomy, then I am content to be wordless,

to touch and be touched by kindness, the hands

of strangers. Waking, the self is back to the body,

rickety machine that needs to eat, to drink, to shit. 

What is each day but a movement from something

to do to another thing to do? Appetite’s checklist. 

I am weighted, I am anchored by desire. 

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[Quoi que je fasse je me retrouve]

Quoi que je fasse je me retrouve dans l’obscurité d’un dédale,

minotaure fouissant bouches, bras, jambes – poitrines,

bites. Nuit de peau : ni serviette ni sous-vêtement.

Rien que la chose nue de la chair, qui glisse, se colle

contre une autre, vers une autre.

Je ne te vois que comme silhouette, contour

de la faim qui bat mon plexus solaire.

Et quoi que je fasse, nous ne cessons de répéter en silence

ce rituel, mon regard au miroir de ton regard

anonyme. Les heures passent et s’entassent comme mouchoirs de papier,

essuie-foutre jetés dans un coin. Muscle 

tendineux, minet coupe soignée ou daddy tbm. O goûte, et puis vois…

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[Somehow I find myself]

Somehow I find myself in the darkness of a maze,

a minotaur rooting for mouths and limbs, chests

and pricks. Skin night: no towel or underwear.

Only the bare fact of the flesh, sliding, pressing

against one another, towards one another.

I see you only as a silhouette, outline

of the hunger that riddles my solar plexus. 

And somehow this is a ritual we keep repeating

in silence, my gaze mirrored by your anonymous

gaze. The hours accrue as tissue paper heaped

in a corner, discarded as cum rags. Sinewy 

muscle, crewcut twink, hung daddy. O taste and see—

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..

[illustration : Pompeo Batoni]

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