Manse (village), Forest-St-Julien, Les Peyres, Les Simons, Serre du Laus, 16 avril

Par Olivier Domerg

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Se laisser glisser vers Manse, le village qui en porte le nom. Deux-trois lacets pentus clivant la forêt, un pont dans l’espace dégagé, des maisons de part et d’autre ; puis, alignés sur la seule rue : salle polyvalente, église, mairie, foyer (ici, « en saison », dit un panneau d’information, « départs de randonnées pour le Puy de Manse »). Poursuivre jusqu’à Forest-St-Julien, bourgade principale. Brièvement, dans une percée, apercevoir la crête du Puy soudain découpée. C’est tout ce qu’on verra ensuite, encaissé que l’on est, de l’unique et pastorale montagne, point culminant pourtant de la commune.

Prendre du champ. Rechercher des points de vue inédits en visitant les hameaux voisins et en suivant les petites routes, voilà le programme que nous nous concoctons à l’instant. De Manse, remontant vers Les Peyres et les Simons, on traverse, à l’ubac, un magnifique bois de fayards, fauve encore et tapissés d’automne aux pieds (raison morte et pourrissante de la saison)[1].

Après Les Simons, aviser d’autres lieux-dits : Les Vernes, Les Vialattes ou encore le javanophile Espitallier, le plus alpin des quatre. On trouvera bien une citation de Jules ou d’Alexandre à glisser subrepticement dans le chantier en cours. Simon, Verne, Vialatte, Espitallier : drôles de points cardinaux, le travail de terrain s’annonce plus compliqué que prévu. Et Simon, maître incontesté d’une prose enveloppante et sidérante, met la barre très haut.

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Entrevoir le nord de la montagne, entre Les Peyres (Pères ou Pairs ?) et les Simon(s) (Saint ou Claude ?). Le nord incarnant le côté étriqué, sacrifié ; le côté indécis et, d’une certaine façon, mal défini, de Manse. Le nord manquant de recul, d’une vision large et claire, d’une mise à distance du motif. Trop vite flanqué de ces gorges creusées par le torrent d’Ancelle ; c’est-à-dire d’un dénivelé de trois cents mètres au moins, rompant les contreforts placides et les formes souples du Puy, et ce, malgré le palier de Serre du Laus.

Poser l’équation : plus d’arbres = plus d’oiseaux, tandis que la Photographe, appareil en mains, arpente un chemin de terre. Observer qu’ici, sur ses arrières, entre éboulis et mamelon de queue, la pente n’est pas de même facture. Le versant semble damé et taluté, présentant des marques de croissance régulières ; sans doute les crêtes des tills plaqués contre le flanc de la montagne. Aux trois bosses coutumières, s’est adjointe une quatrième, plus petite, qui n’est visible que de ce côté ou bien d’Ancelle. 

Placé dans ce contexte, ce till est espiègle. Comme son synonyme, il désigne ces « amas de débris minéraux » issus des « deux premiers stades de retrait de glaciation de Würm », dûment rossés, rabattus et tassés par les mouvements de terrains, polis et arrondis ensuite par l’érosion, le TEMPS LONG.

Fort bucolisme de l’endroit. Chants d’oiseaux partout — étagés, pluriels, foisonnants. Une cacophonie constante, experte, nullement choquante à l’oreille. Des trilles, glissandi, roucoulements, gazouillis, sifflements, enchaînés ou concurrents, sur plusieurs fréquences, plusieurs tons, plusieurs séquences. L’un d’entre eux, en sourdine et en continu, se détache comme une basse. Il fait beau. C’est le printemps. 

L’expression « Pays des
Merveilles » déboule, à cliché
Rebattu ! Heureux qui
comme Alice a fait.
Foutaises !

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Un arrêt au bord de la D414, après les Simons, face au Serre du Laus. Aboiements déclenchés par notre irruption. Remontant du village de Manse, on s’est peu à peu rapproché du Puy par l’arrière, ce côté pentu, cette « chute de rien » que j’emprunte à dessein. Coup de crayon rapide esquissant, à son extrémité, la brusque retombée du massif. Et gros plan sur la pente, et cette ligne électrique qui en biffe la face. 

Avant de repartir vers le Refuge N. et de coucher la note finale : « cerisier en fleurs », nippone ni mauvaise, repérer une faille à mi-hauteur qui s’inscrit dans la longueur : début d’encaissement, de passage ou de défilé, rappelant à bien des égards, mais il faudra le vérifier, celui observé à l’opposé, au pied de la casse, suffisamment intrigant en tout cas pour y revenir un de ces quatre et y grimper.

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[1] (L’humus, qui en résulte, en sait quelque chose :
« Pourriture égale nourriture », n’est-ce pas !
L’épais foullis de feuilles décomposées
Fomentera la terre, ici, recomposée.
– « Postulez-vous le « naturel » de ce compost
Où pointez-vous le mystère dont le sol est la clef ? »
– Me lance, Vinclair, auquel cet ajout renvoie.)

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[ Prose, 7  La Mansuétude ]
[ Tenir la note, 7  Manse (village), Forest-St-Julien, Les Peyres, Les Simons, Serre du Laus, 16 avril ]
[ Chant sept — Dévisager Manse]

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