La Mansuétude

Par Olivier Domerg

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Onze heures. Le Puy de Manse est à nouveau pris dans le nuage : sous la nappe mouvante et le froid piquant. Au lieu-dit les Jaussauds, petit hameau, campagne et réservoir d’eau, tu hésiteras à prendre (l’évanescence de) la forme d’assaut.

La molle stagnation de la montagne ne contredit pas le fantomatique propos. Poésie est l’autre façon d’aller et venir, de ventiler, de préciser tant et plus ; ou bien, de survoler ; ou encore, de flotter, de flatter, d’horripiler ; et parfois même, au moment où toute tentative semble vaine, d’avance condamnée, où l’on n’attend plus rien, d’ouvrir la voie et de trouver la sienne ; à l’évidence, hors-piste. 

Toute offensive prosaïque se veut démystificatrice, et sans doute, athée. Mais rien n’est moins sûr ! Dieu repousse comme l’herbe du chant. Comme l’herbe des champs.

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[ Quant au « verbe des champs », s’il croît ici ou là,
Tend à proliférer, tu n’y as jamais cru !]

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De Manse, tu déclineras les trois couleurs et les quatre temps. Les quatre temps ou les quatre tons. Ajoutant très vite le soliloque, l’invite, l’article, l’aparté, l’invective, la colère froide, l’écorché rétif, le doctoral allumé, le Bouglione, le Castiglione, l’autochtone septuagénaire, l’épopée furtive, l’érudit pastoral, la confession inversée, le Général-en-campagne, d’autres, que tu tiendras sous le pied, en attendant ton heure.

Devant nos manières de l’écrire et de le photographier, certains voient déjà l’avènement d’une peinture et d’une littérature de Manse. D’autres prophétisant même un futur courant de pensée : « la manséité ? », « la mansuétude ? », ou quelque chose dans ce goût-là. Personne ne songe à sonder la panse des vaches et des moutons, pourtant aux premières loges, puisque vivant sur ses pentes, et se nourrissant en grande partie de sa moisson d’herbe folle et de luzerne.

De ce point de vue, le raccourci entre la panse et la pensée n’est pas qu’une broutade. Vaches et moutons ne pensent peut-être pas que par leur panse, mais par leurs relations et interactions avec le lieu (pâtures, sentes, arbres, points d’eau, ferme, étable, bergerie) et avec les hommes qui s’en occupent, ainsi que par tout ce qui leur sert d’habitat, de repères et d’environnement sensible.

Toujours est-il qu’ils assimilent Manse comme nous ne saurions ni ne pourrions le faire. En paix avec cette montagne qu’ils arpentent et paissent par portions et touffes successives. Montagne qu’ils rumineront longuement, ensuite, comme il se doit, car il n’y a pas d’autres façons de penser.

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[ Prose, 7  La Mansuétude ]
[ Tenir la note, 7  Manse (village), Forest-St-Julien, Les Peyres, Les Simons, Serre du Laus, 16 avril ]
[ Chant sept — Dévisager Manse]

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