Graffinel

Par Olivier Domerg

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Reprise, dès l’entrée de Gap ou de ses faubourgs. La vision dite « occasions du lion », par boutade et télescopage d’un lieu, d’un (bri)col(l)age, d’une situation : la forme singulière, la forme forte et caractéristique pour nous qui la traquons, entre deux oriflammes publicitaires que le vent ne cesse d’agiter. Meuglements tout près, pourtant aucun fauve tapi ne sautera sur l’occasion – hormis l’artiste embusqué et prêt à en découdre, (ré)agissant sans rugir, au quart de tour, en se projetant, au-delà des alignements de carrosseries blanches, vers le motif, ou si vous préférez, vers la marque indubitable, le relief marquant : la silhouette pyramidale du Puy.

Même si le loup n’est pas loin, que le sang coule trop souvent au goût des éleveurs, répétons-le, aucun lion ne rugit dans le périmètre, comme au début d’un générique hollywoodien. Pourtant la prédation du silence n’a jamais été aussi violente, aussi permanente ! L’incessant trafic confisque espace, discussions et pensées. Le bruit tue l’intelligence du lieu, viole notre intériorité, nous empêchant d’être, pleinement,
dans ce lieu comme dans d’autres ;
_____________________________________et, pour l’heure, de nous concentrer sur l’articulation « Manse/Rochette » dont nous constatons le mouvement duel et devinons la lointaine géomorphologique.

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Les nuages, qui s’amassent au-dessus, ternissent le Puy. Et, d’une certaine façon, le trahissent. Un camaïeu de gris et marron ténu, dégradé dans sa tenue. À gauche, le versant du col paraît encore plus s’adoucir lorsqu’on se tient, ainsi, à distance.

Si la lumière découpe les choses, un ciel dégagé lui définit leur netteté et leur relief. Toute apparition est donc le fait du jour,
de son enfantement.
______________________De son enchantement.

Si liberté et lumière crue continuent d’aviver le mot Sade, le gris du temps, a contrario, n’en finit plus de tout affadir, figeant le maussade. Ni sévices néanmoins ici, ni inavouables secrets. Ni libertin, ni bacchanales, ni délices !

La blancheur du propos, qui n’est pas sa « candeur », notez-le bien, mais très visiblement sa « pâleur » (pâleur du monde, pâleur du dire, pâleur de disette), ne paraît pas très engageante ni excitante pour une reprise, même si les liens qui nous rattachent au lieu sont indéfectibles et que le désir naît de la forme retrouvée.

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[ Prose, 5 – Du Refuge Napoléon ]
[ Tenir la note, 5 – Graffinel, 15 avril ]
[ Chant cinqFaire syntaxe de tout ]

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