Lirisme, 5

par Aurélie Foglia. Lire les autres épisodes.

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certains soirs éteints

tu ne trouves pas

la force

de monter dans un livre

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approcher ce cheval

rue par la fenêtre

ce fauteuil à bascule

dans la mort

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autre chose qu’une chose est un livre son animal de nuit

fonce ta fenêtre inexistante pénètre tes pièces important sa fuite entre ses pays souples

jette un éclairage occulte ta lampe mord sur ton corps lèche tes doigts brûlent

alimente ta faim lave la langue sans relâche

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*

tu suis

du regard des fantômes plus proches

que ces joggeurs cernent peu

à peu la fontaine leur échappe

du noir et blanc giclent des couleurs n’i

nondent ni ne tachent le passage en terre

tant écrire ne laisse aucune trace

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*

tu n’es pas ça se voit comme ceux qui promènent leurs chiens entre les lignes

d’un pas pas pressé regardent le paysage au musée

des nuages accumulés dans le marbre les formes des Vénus nostalgiques de la jeunesse qu’eurent leurs femmes

une fatigue sans nom les disperse dans les derniers temps

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*

peuplé de bancs

un roman ouvre
à la pause

s’oublie à l’envers

lisible par l’herbe
seule jaunira

faute de lumière

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*

parfois tu me parles de tes lectres avec mélancolie

portent des robes trop amples à manches ballons leurs lèvres blanches te remuent en vain tends-tu

des pièges au vide

sauf que les tranches saignent sur tes mains les mots pleurent à ta place meurent encore une fois

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*

les plus patients des arbres te regardent lire les moineaux t’épient le lac réclame la lenteur des nuages passent sur ton front

le lichen pousse sur tes tibias délèguent ton double à contre-sens la mousse recouvre tes mains ton crâne rien

ne te distrait de ces sentiers sable où tu t’enseve

lis

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*

si tu restes dehors

trop tard tu vas attraper la mort rien

ne sera plus blanc que les mots tombant

dans ta fosse rendront un son étouffé personne

ne retiendra tes larmes déchirant ton récit sera ex

piré quand tu voudras parler il manquera des dents dans ta bouche tu

n’auras pas d’autres vies vissé sur ton banc si silencieux

si tu ne lis pas

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*

toi tu survoles comme un oiseau qui te cognes comme si la vitre n’était pas visible contre moi

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il va pleurer

pleuvoir

pleurer

l’automne dresse la liste des choses tristes

tu as de la peine

à entrer dans ton livre si grand qu’il ne s’ouvre que dans son propre espace

difficile

de t’y promener seul tant la beauté attente

au connu aux contours vite te levant sortir de dehors

te défendre plisser

les yeux les pages claquent de la langue les couleurs lancent leur crépuscule crescendo avant de se taire

pour mieux être

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*

les morts disent-ils relisent toujours les mêmes livres

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*

tu te carres

dans ton squelette

employé aux ressources humaines

la chaise longue te ronge les jambes

ton chien le monde la cheminée ronflent le jour la nuit ronronnent

tout se perd reprend tu ouvres ton frigo un livre une conserve

ton sang les voitures circulent le soleil tourne autour de ton ombre en

visage les gens sans chaleur dans ce petit miroir blanc

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*

bref nous voilà plantés en bord
de mort

au milieu
des choses emportées

à tresser un panier d’os
avec nos images

remontent noyées

.

pourquoi manipuler sans
précaution la mort nous

bombe

j’ai la candeur toxique tu
ne sais pas des fleurs se

respirent

.

on ne dirait pas

t’apercevant tassé sur toi
même le regard vague

quelqu’un

de sourd à ce qui vient
mourir

.

il y a tant de noir dans ces blancs

.

je te connais craignant
de ne pas savoir

m’achever

tu es tuant

de me chercher où je suis
la plus morte

.

laisse

laisse reposer

.

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*

tout à coup tout est nu

.

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être aussi simple et sans rien qu’enlever sa ceinture poser sa crinière sur le rebord du livre et vivre

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À suivre…

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