Empirique fossile, 6

par Marie de Quatrebarbes. Lire ici tous les épisodes

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Nous parlons de marées potentielles, d’invasions, nous parlons d’un cycle qui ne parvient pas à fermer sa boucle. Sous l’eau, tout se complique. La tendance d’un astre à sortir de son égoïsme, à partager ses doutes, étalant chaque état de son âme devant le plus petit des êtres, cette vocation d’écoute communiquée à tout ce qui l’entoure, malheureusement reste inaccessible à la pensée. Nous sommes de nature craintive, nos cerveaux poussent sans tuteur. Il faut du temps pour se nourrir. Il faut se tenir à distance des récifs pour éviter de se blesser toujours aux mêmes pointes. Creusons plutôt des voies de secours là où tout semble perdu, dans le fond. Admettons que l’immobilité est notre seule stratégie. Mieux vaut s’enfoncer dans l’identique que risquer la noyade dans les eaux troubles de la nouveauté. Si nous pouvions respirer le même air toujours, y étouffer et renaître successivement à nous-même, nous verrions qu’il n’y a pas de différence entre notre voisin et nous. Comme il n’y a pas de différence entre les deux faces longuement martelées d’une feuille de laurier. Ma main se tourne vers le soleil : elle a deux côtés qui se ressemblent sans se connaître, pourtant chacun se supporte. Autre point à considérer : quoi que l’on fasse, nous serons débusqués. Nous ne pouvons croire qu’en notre absence les choses continuent d’exister. Pourtant elles y parviennent et passent brillamment l’examen de notre dissolution. D’une manière ou d’une autre, l’eau cassera nos volontés et elle aura raison. L’expérience ne nous apprend rien sur nous-même, à peine nous permet-elle en fin de compte de voguer de façon plus souple. Il n’y a pas d’eau dormante, mais des stases indescriptibles qui prennent le pas sur nous. Ne soyons pas naïfs, il faut se résoudre à cette dépendance, il faut aimer le mal qui nous dévore. Et lorsque nous serons arrivés au bout de l’épreuve, touchant à cet état d’indifférence où nous barbotons sans but, lorsque l’idée même de trajectoire aura perdu son sens, nous verrons revenir l’inquiétude.

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À suivre…

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